Volume 2
Dictionnaire etymologique de la langue françoise / par M. Ménage, avec les Origines françoises de M. de Caseneuve, les additions du R.P. Jacob, et de M. Simon de Valhebert, le discours du R.P. Besnier sur la science des etymologies, et le vocabulaire hagiologique de M. l'abbé Chastelain.
- Gilles Ménage
- Date:
- 1750
Licence: Public Domain Mark
Credit: Dictionnaire etymologique de la langue françoise / par M. Ménage, avec les Origines françoises de M. de Caseneuve, les additions du R.P. Jacob, et de M. Simon de Valhebert, le discours du R.P. Besnier sur la science des etymologies, et le vocabulaire hagiologique de M. l'abbé Chastelain. Source: Wellcome Collection.
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![niere : Latum, lata , lataftrum, laftrum , lastra* Pour moi , je crois toujours que l’Efpagnol laftre, 8c l’Italien laftra, 8c le François left , viennent de lapis. Lapis, lapidis , lapidafter, lafter , lastre , lastra. Laftrum, laftum , lest. Voyez mes Ori¬ gines Italiennes au mot laflra. f Du fubftantif left, on a fait le verbe lefter. Lefter un vaijfeau. Les Allemans difent laft , pour dire une charge j omis. M. Lest. Quelle néceffité d’aller chercher l’éty¬ mologie de left dans des mots Grecs ou Latins qui n’y ont aucun rapport, ou du moins qu’un rapport fort éloigné , tandis qu’il s’en préfente une toute naturelle dans le mot Alleman laft , qui fignifie charge, fardeau , 8c que M. Ménage rapporte lui- même ? * LESTE. Nous appelions ainfi ce qui eft agen¬ cé avec beaucoup d’art : comme, un homme lefte j c’eft-à-dire veftu avec beaucoup d'art & d'agence¬ ment. Ce mot vient de l’ancien Teudefque lifte, qui fignifie art. Kéron en fon Gloftaire Latin-Teu- difque : Ars, lifte ; artis, lish j artifices , liftara. Cafencuve. Leste. Propre en habits. Ce mot eft de dif¬ ficile origine. M. de Cafeneuve croit avec quel¬ que forte d’apparence qu’il a été fait de l’ancien Alleman lifte, qui fignifie art. Ce qu’il prouve par cet endroit du Gloftaire Latin-Tudefque de Ké¬ ron , Moine de S. Gai : Ars , lifte j artis , lish j artifices, liftara: ajoutant , que nous appelions un homme lefte , un homme qui eft vêtu avec art. M. Leste, propre. En Bas-Breton , lafte. Huet. Leste. Ce mot eft tiré de l’Italien lefto, 8c nous n’en avons point qui y réponde. Les Italiens difent un foldat lefto, à qui il ne manque rien ni en fa perfonne ni en fon équipage pour fe bien em¬ ployer en fon devoir ; 8c ainfi de toute autre cho¬ ie qui a comme fa perfeétion pour être expéditi¬ ve en ce à quoi elle eft propre. Brantôme , Horrv* mes illuftres François, tome 4. page 8z. J'avois confeillé a Monfieur de Stroz.c.e de nous tenir en ce lieu ou il fut fait ce grand carnage, afin e/u’aujji-toft la mine jouée nous fujftons plusprefts & leftes pour al¬ ler d l'ajfaut. On voit par ce partage , que lefte ne fignifie pas propre en habits , comme le veut M. Ménage, mais bien ce qu’emporte l’Italien lefto, qui fe dit de celui à qui il ne manque rien , ni en fa perfonne , ni en fon équipage , pour être en état de faire fon devoir. Voyez auffi le même Brantô¬ me , page 12 1. du même volume. Le Duchat. LESTER un vaijfeau. Dans les Langues de Balfe-Bretagne & de Galle , lefte fignifie un navi¬ re. Huet. Lester. Je le dérive de l’Alleman laft , charge, fardeau ; d’où vient left de navire. Cette étymologie ne foufFre aucune difficulté. * L’ESTRADE: comme quand on dit, bat¬ tre l’eftrade. De l’Italien ftrada , fait du Latin Jha- ta , qui fe trouve pour chemin , rue. Les Glofes an¬ ciennes : Mùèfpftoç, Jlrata, Les Empereurs Honorius 8c Theodofe , en la Loi 4. au Code de Privilegiis domûs yîuguftœ : aibftt, ut nos inftruéliones via pu¬ blica , & pontium , ftratarumque opéra titulis ma- gnorum Principum dedicata , inter fordida munera numeremus. Sur lequel endroit, Cujas a fait cette Note : Stratam dicit, cjuod Galli pavé. Cospit pof- tea quolibet via ftrata dicîÿ ut BcksiXikwi , tit. 3. T^y <y.ru «cfwv çptxrcc aiwiçala.]. Et tit. 3. T? çps/Tçt Xpri~ aa.pKi'joç. Et tit. 7. Kcctsi uUkoç tus çpaTotj. Voyez Tome IL Meurfius 8c M. du Cange , dans leurs Glofiaires Grecs. M. LESTRIGON S. Nom d’un peuple barba¬ re 8c très-cruel , qui habitoit la ville de Formies en Campanie. Pline, qui en parle liv. ni. ch. 5. dit qu’ils étoient anthropophages. Aulegelle , liv. 1 5. chap. 21. les faits fils de Neptune , comme les Cyclopes, c’eft-à-dire que c’étoient des gens de mer, des Pirates. Il y avoir auffi en Sicile des Lef- trygons , appelles par les anciens Leontini, à caufe de leur férocité, qui les rendoit femblables à des lions. Homere Odyf. liv. xi. dit que les Leftry- gons étoient femblables à des Géans, 8c non pas à des hommes : OoiTcoy ’upSrtfxot Aa.içrpvyonç y «Moç Mvpioiy an àyJpsMvy loinoaiç ol-Xu ylyowi. On dérive le nom de Leftrygon de p>ü üiV laifeh taref, qui fignihe lion dévorant : wh laifeh en Ebreu 8c iY>V lait h en Chaldéen , lion : p'yotarek^y participe du verbe Chaldéen pnta teraft, qui veut dire mordre , ronger , dévorer. Cette étymologie eft affez heureufement trouvée 5 8c le nom de Lef- trygons , pris dans ce fens-là , convient , pour la lignification , avec celui de Leontini, qu’on don- noit auffi à ces hommes féroces. Il eft bon de re¬ marquer en 'partant , que le Grec A?ç,dont les Poe tes fe fervent au lieu de *ê'«y, lion, reifemble extrêmement à l’Ebreu laifeh ou lais , fup- pofé qu’il n’en ait pas été fait. * 1 LE T- LETHARGIE. Maladie. Du GrecAnQupylx, ou XtiOapyoç, fait de AhÔw oblivitj , 8c d'àpyoç, dit pour dipyoç , ignavus , iners , ou d’dpyf , celer 3 comme qui diroit, maladie qui jette dans l’oubli 8c l’inaction, ou maladie qui jette promptement dans l’oubli. * LE TON. Cuivre mêlé avec de la calamine. Lat. aurichalcurn. Du Grec Ixarpév. la«tPgv , Ixa- Tcy, Ixa,Twy, elato, elatonis , latone, laton , 8c leton ; car on difoit 8c on écrivoit autrefois la¬ ton : 8c ce mot eft encore en ufage aujourd’hui en pkfieurs endroits. Et les Efpagnols écrivent 8c prononcent ce mot de la forte. iyarpiZ; fe trouve en cette fignification dans Héfychius : ixcerpift : 0 Tpnlw tïïuçwaiy s^«y tS aiS'upa asrapà, to/ç /uuTctfXtZtnv. Les Efpagnols difent oro de lata , pour dire de l'or faux. Ce qui donne fujet de croire que laton, ou léton y peut avoir été formé de latum. Latum, la¬ to y latonis y latone, laton, leton. Oro de lata, c’eft lata lamina aurichalci. Les Italiens difent ottone, par le retranchement de l’L : comme en ufeignuolo y de lufeiniolus j 8c en onv.o, de lyn- cius. M. Leton. En langue de Galle, latuum. Huet. L E T RIN ou léteri. C'eft ainfi qu’on appel- loit la chaire où fè dit le Sermon. Le Roman de Guillaume au court nez au Couronnement Loys : Uns -Archcvefcjues eft el letrin montré Qui fermonna a la Chreftienté. Et le Maréchal de Ville-Hardouin liv. 1. parlant de Dandule , Duc de Venife, qui monta fur la Chaire de PEglife S. Marc pour haranguer au Peu¬ ple : Le bon Dux de VeniJe, qui molt ere fage & pros , monta el leteri , & parla au peuple. Aimoin livre 5. De Geftis Francorum, chapitre 3 3. le nom- P](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30456459_0002_0123.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)
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