Un médecin philosophe, Charles Bouchard : son oeuvre & son temps, 1837-1915.
- Paul Le Gendre
- Date:
- 1924
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Credit: Un médecin philosophe, Charles Bouchard : son oeuvre & son temps, 1837-1915. Source: Wellcome Collection.
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![]a veille d’être dévoilée par le génial chercheur qui, cette année même, communiquait à l’Académie des Sciences la cause vivante des fermentations lactique et butyrique) ; et déjà Béhier emploie cette image destinée à devenir si banale par sa vérité même : « Une même graine ne germe pas et ne lève pas de la même manière dans des terrains différents... Les singulières transformations, (pic la culture intelligente des animaux et des végétaux nous montre tous les jours, sont des preuves irrécusables de l’influence du milieu ambiant sur le développement des germes qui lui sont confiés. Autant d’organisations différentes, autant de terrains pathologiques diffé¬ rents. » Il y avait dans l’enseignement de Béhier des vues de sagesse pra¬ tique. Il blâme les maîtres qui, simplifiant et schématisant trop, pré¬ sentent aux élèves « la pratique de la médecine comme très simple : les enseignements si aplanis valent des mécomptes à ceux qui les ont reçus ; il ne faut rien cacher des incertitudes et même des Impossi¬ bilités. » « Il ne faut pas placer les hypothèses au rang de vérités établies sous peine « d’endormir » la science ; ne pas laisser l’imagination sans contrôle ; elle peut marcher devant le bon sens, mais il ne faut jamais ôter à cette folle du logis les lisières par lesquelles la raison règle, dirige et contient sa marche. L’imagination remue les idées, elle les agite ; le bon sens les crible et les épure. C’est aux pieds de la clinique que viennent expirer les opinions aventureuses et les hypothèses incapables de démonstration. » Béhier se montre en avance sur beaucoup des maîtres de ce temps en disant : « Gardez-vous bien de négliger les sciences naturelles, qui prêtent à la clinique et à la thérapeu¬ tique de précieuses notions. Ne négligez pas la chimie et les renseignements qu’elle peut fournir. » Il reproche à Graves et à Trousseau d’avoir critiqué injustement l’intervention de cette science dans les questions médicales. (( Là encore, il y a pour beaucoup une querelle de mots. Les chimistes qui sont intervenus dans l’étude de la médecine n’ont pas nié et ne nient pas la vie plus qu’ils ne nient l’existence des forces en chimie pure. Ils ont seulement voulu démontrer le fait incontestable que dans l’organisme il s’accomplit des actes qui dérivent des lois ordinaires de la chimie, tout en s’ac¬ complissant chez un être vivant. Sans les travaux chimiques, que saurions-nous de la digestion, des dyspepsies, de l’albu¬ minurie, de la glycosurie ? » Par de telles suggestions, Bouchard se trouva encouragé](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b29825350_0055.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


