Copy 1, Volume 1
Portraits et histoire des hommes utiles, hommes et femmes de tous pays et de toutes conditions, qui ont acquis des droits à la reconnaissance des hommes.
- Société Montyon et Franklin (Paris, France)
- Date:
- [1834-1841]
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Credit: Portraits et histoire des hommes utiles, hommes et femmes de tous pays et de toutes conditions, qui ont acquis des droits à la reconnaissance des hommes. Source: Wellcome Collection.
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![duc de Penthièvre, il suffira de dire que le bois de chauffage donné poul¬ ies pauvres dans le seul duché d’Au¬ male , se montait annuellement à qua- tre cent cinquante-cinq cordes, et douze mille sept cents fagots, valant alors environ cinq mille cent-soixan- te-neuf francs. Tous les ans, au mois de novembre, douze cent soixante li¬ vres étaient distribuées auxvieillards de Chateauvillain, deux mille deux cent cinq livres aux vieillards de Ram¬ bouillet , etc. Tandis que la princesse de Lamballe avait son prie-dieu sous un dais dans le chœur de Saint-Eustache , le prince se plaçait au banc de l’œuvre, confondu avec les marguilliers : il aimait à cor¬ respondre avec les curés. Je l’ai plus d'une fois vu, suivi de Florian, qui lui était attaché en qualité de gen¬ tilhomme, visiter le curé de Saint- Eustache, M. Poupart, confesseur du roi et de la reine. Le duc contri¬ buait beaucoup à l’entretien et au re¬ nouvellement des grands magasins de linge et d’objets mobiliers, éta¬ blis dans la paroisse, et que le pasteur faisait sans cesse distribuer aux fem¬ mes en couche, aux malades et aux nécessiteux. Il y avait des secours en argent distribués à domicile; des se¬ cours annuels accordés à Caraccioli et autres écrivains; des pensions faites au chevalier de Scoraille, enseigne de vaisseau, au sourd-muet qui passait pour appartenir à la famille de Solar. La haute mission de l’Abbé de l’Épée eût été stérile sans les secours dont le duc ne cessa de l’aider. Il fit construire, à grands frais, l’é¬ cluse de Tréport, la halle de Gisors, plusieurs églises communales, les hô¬ pitaux de Crécy, des Andelys, et il transforma en hospice son joli château de Saint-Just près de Vernon. On le vit souvent servir lui-même les pauvres, les vieillards, les infirmes, dans lés hospices qu’il avait fondés. Il disait un jour à un de ses préposés au château d’Eu : «Lemarquant, avez-vous lu quel¬ que part que les cultivateurs fussent obligés de nourrir les lièvres de leur seigneur? » Lemarquant, devinant la pensée du prince, répondit : que le code des chasses, comme on l’en ten¬ dait, ne lui paraissait pas être le code de la raison. Le prince sourit et ajouta : «Je pense comme vous; comportez- vous en conséquence relativement aux chasses. » Jamais prince ne fut plus populaire. Pendant le jubilé de 1776, il suivait la procession de Saint-Eustache, lorsque les femmes de la halle du Marché-neuf l’entourèrent, pour lui exprimer leur attachement et leur vénération : « Mes¬ dames, leur dit-il, dans l’ordre de la religion, et devant Dieu, je suis votre frère, et autrement, je serai toujours votre ami. » Un jour, on lui annonça Monsieur Carlin : c’était le célèbre arlequin de la comédie italienne. D’un côté furent des paroles affables; de l’autre des manières à-la-fois respectueuses et en¬ jouées : « Nous ne nous rencontrons guère, M. Carlin. — Ah ! monseigneur, vous n’avez pas besoin de nous autres. Votre spectacle, c’est de chercher des malheureux, et de les secourir. » Pen¬ dant cette singulière visite, le nonce du pape (Doria) fut introduit; il se pla¬ ça à côté de Carlin : «Vous ne dites rienà votre voisin, monsieurlenonce ! —Je n’ai pas l’honneur de le connaître, —Comment, vous ne connaissez pas ur compatriote, M. Carlin?» et aussitô le nonce, lui tendant la main avec joie «Nous ne pouvions, monsieur, nou rencontrer en meilleur lieu. » Ainsi les grands talens et la bonne renom mée rapprochaient les distances, et 1 révolution se faisait dans les esprit long-temps avant de se montrer armé sous les remparts de la Bastille. CarliS avait une grâce à demander au duc dH Penthièvre; il lui remit un placet écrH d’un style aussi plaisant que respecl tueux; et, sur-le-champ, sa demandH fut accordée. Louis XV avait désiré l’acquisitiol de Rambouillet pour les plaisirs de chasse. Mais Rambouillet était le beW ceau du duc de Penthièvre, sa résH dence favorite : là se trouvaient ll>j tombes de son père, de sa mère, de l| femme et de ses enfans. Le roi ne von lut pas exiger du prince up trop grand sacrifice. Louis XVI, non moins pal]](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b29328822_0001_0136.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


