Lettres de Pinel : précédées d'une notice plus étendue sur sa vie / par son neveu Casimir Pinel.
- Philippe Pinel
- Date:
- 1859
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Credit: Lettres de Pinel : précédées d'une notice plus étendue sur sa vie / par son neveu Casimir Pinel. Source: Wellcome Collection.
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![— 34 — de la matière : il croyait, au contraire, avec les hommes sensés et avec la plupart des philosophes, qu'un ôire supérieur avait présidé et présidait aux merveilles des mondes comme h nos destinétis ; il ne chercliait pas à pénétrer ce ((ui est impénélrahle, ;i oxpliipier ce (pii ne saurait l'être; il s'im linait luMuhlenicnt devant l'infini, qui ne peut être discuté sans tomber parfois dans un doute peu consolant. Sans être catholique pratiquant, il avait le sentiment religieux que fait naître l'étude des sciences naturelles, (|u'ins|»ire une morale douce, persuasive, tolérante, ennemie du fanatisme et de la superstition, morale sublime qu'on trouve inscrite dans les ouvrages de l'antique philosophie, et surtout dans l'Evangile. Un jour, le célèbre astronome Lalande l'cnconire Pinel, et lui dit : « Je prépare une nouvelle édition du Dictionnaire des athées, où je vous ai consacré un article. — Et moi, lui répondit celui-ci, je vais publier incessamment mon Traité sur la folie, où je vous ré- serve une place. » Pinel était d'une bienveillance et d'une bonté extrêmes; il était incapable d'avoir le moindre sentiment de jalousie ou d'envie contre ses confrères, auxquels il rendait toujours pleine et entière justice; il put parfois oublier de mentionner ([uelques travaux, mais il ne le fit jamais dans des intentions blâmables : sa crili(]ue fut toujours loyale et convenable. Il ne voulut, dans aucune circonstance, répondre à ses rares adversaires, ni permeUre à ses élèves de le faire. Castel, et prin- cipalement Baumes, critiquèrent avec peu de convenance la Noso- grapliie ; il ne s'en offensa point, et ne répondit pas. Quand le savant auteur de la Doctrine pliysiotoriiquc, son ancien élève, l'at- taqua avec violence, et dans des ternuîs indignes d'un médecin qui se respecte, il sourit, leva les épaules, et demanda s'il était pos- sible de soulcnir un système aussi exclusif, que l'obsei'vation et le bon sens repoussaient également, « Laissez-le dire, le temps en fera bientôt justice. » Pinel aurait pu obtenir facilement, comme la plupart de ses amis, quelque grande position politique, soit sous le gouvernement républicain, soit sous le régime impérial ; mais son âme honnête et loyale éprouvait une répugnance invincible à solliciter, et, à plus forte raison, à intriguer; son amour de l'indépendance lui fit même toujours rejet'T les propositions (pii lui furent faites à cet égard. Quant aux places scientili(pies (ju'il occupa, son mérite per- sonnel seul l'y fit parvenir. Lorsqu'il s'agit de nommer le premier médecin de l'Empereur, deux hommes d'un grand savoir, mais d'un caractère tout diffé- rent, furent proposés : c'était Corvisavt et Pinel. Entre ces deux éminents professeurs, rivaux de gloire et de science, mais toujours](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b22272082_0033.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)