Volume 2
Lettres de Gui Patin / Nouvelle édition augmentée de lettres inédites, précédée d'une notice biographique, accompagnée de remarques scientifiques, historiques, philosophiques et littéraires, par J.-H. Reveillé-Parise.
- Guy Patin
- Date:
- 1846
Licence: Public Domain Mark
Credit: Lettres de Gui Patin / Nouvelle édition augmentée de lettres inédites, précédée d'une notice biographique, accompagnée de remarques scientifiques, historiques, philosophiques et littéraires, par J.-H. Reveillé-Parise. Source: Wellcome Collection.
605/620 page 595
![premier ministre. Qu’a cela pras il devienne pape ; mais je n’en ai pas trop bonne opinion. Le jeudi 7 septembre, tout Paris a été en une féte fort so- lennelle. Le roi a été au palais y faire déclarer sa majorité. Toute la’cour étoit merveilleusement brave et leste , et iln’y eut jamais tant de peuple par les rues ni tant de réjouissances. Dieu en bénisse la suite pour le repos des honnétes gens ! Nous avons ici malade un méchant fripon de notre métier , qui est M. Elie Beda des Fougerais , mais je ne puis croire qu’il en meure. Il donne souvent de l’antimoine, mais il n’en prendra pas pour lui. I] semble que Dieu laisse vivre les char- latans plus longtemps que les autres, pour voir s’ils s’amen- deront (1); néanmoins il pourroit bien prendre celui-ci en toute assurance , sans attendre de lui aucune conversion, car il est tout-a-fait hors d’espoir d’amendement. Je ne crois pas qu'il y ait sur la terre un charlatan plus déterminé et plus perverti que ce malheureux chimiste, boiteux des deux cétés comme Vulcain, qui tue plus de monde avec son antimoine que trois hommes de bien n’en sauvent avec les remédes ordi- naires. Je pense que si cet homme croyoit qu'il y etit au monde un plus grand charlatan que lui, il tacheroit de le faire em- poisonner. Il a dans sa pochette de la poudre blanche , de la rouge et de la jaune. Il guérit toutes sortes de maladies et se fourre partout. Ceux qui ne le connoissent point l’admirent ; les autres le détestent et s’en moquent. Mais c’est assez parlé de cet homme qui n’en vaut pas la peine. On dit que la Man. cini, femme du duc de Mercceur et niéce de Mazarin, est ici quelque part cachée dans un monastére, et le petit Mancini , son frére, chez le comte de Harcourt. S’il est vrai, il faut avouer que ces petits bilboquets de la fortune sont bien malheureux, et quils se mettent en grand danger d’étre ici assommés, vu (4) La plupart néanmoins meurent dans Vimpénitence finale. 11 en sera ainsi tant que les médecins , véritablement unis , n’abandonneront pas Pesprit de boutique pour le vrai, pour Phonorable esprit de corps.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b33486645_0002_0605.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


