Médecine et santé à Mayotte et dans sa région du XIXe siècle à nos jours / une production du Service éducatif des Archives départementales de Mayotte ; dossier pédagogique réalisé par Patrick Boissel ; coordonné par Latufat Abdoul-Kader.
- Mayotte. Archives départementales. Service éducatif.
- Date:
- 2013
Licence: In copyright
Credit: Médecine et santé à Mayotte et dans sa région du XIXe siècle à nos jours / une production du Service éducatif des Archives départementales de Mayotte ; dossier pédagogique réalisé par Patrick Boissel ; coordonné par Latufat Abdoul-Kader. Source: Wellcome Collection.
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![dans l'imaginaire européen, l'Afrique est un continent au climat malsain où dominent les fièvres, les maladies étranges : c'est l’image du “tombeau de l'homme blanc”. Les diverses affections des pays chauds éclaircissent les rangs des colons et des soldats qui s'installent dans des colonies réputées pour leur insalubrité et contrecarrent la pénétration européenne sur le continent. Des épidémies meurtrières frappent régulièrement et marquent les esprits : ainsi, de 1878 à 1881, plus de la moi- tié de la population européenne du Sénégal est emportée par une épidémie de fièvre jaune et, en 1895, le corps expéditionnaire envoyé par la France à Madagascar perd 25 hommes au com- bat mais plus de 5 000 par suite des “fièvres”. Mayotte est, de ce point de vue, représentative de cette réalité tropicale. La mauvaise réputation de Mayotte Les témoignages dont nous disposons pré- sentent un tableau assez sombre des conditions de salubrité, en particulier au milieu du XIX° siè- cle. Les débuts de la présence française sont marqués par une forte mortalité. Selon l’auteur d’un traité sur les maladies tropicales, qui reprend les statistiques de l'hôpital de Dzaoudzi, l'année 1849 aurait été particulièrement désastreuse. Sur environ 2 900 admissions, 93 % étaient motivées par le paludisme. || y a 53 décès sur une popula- tion “européenne et assimilée” estimée à 543.2 Près de vingt ans plus tard, Alfred Gevrey, dans son “Essai sur les Comores”, cite longue- ment le docteur Daullé en poste à Nossi-Bé et à Mayotte en 1856-1860 et qui y consacre sa thèse de médecine en 1857 : « Pas plus à Mayotte que dans les autres pays chauds où les maladies pa- ludéennes existent à un degré élevé, l'Européen ne peut songer à jouir longtemps de l'intégrité de sa santé. Les individus des autres races et des autres pays y sont atteints, après un temps plus ou moins long, des mêmes affections. [...] Il n'y * Pour l'ensemble du dossier, l'orthographe des documents originaux cités a été conservée a pas un seul colon ou employé qui ne porte sur sa physionomie l'empreinte des affections vis- cérales consécutives aux fièvres marématiques réitérées. Chez plusieurs, la cachexie est très pro- noncée. Les malheureux, parvenus à cet état, ont encore l'aveugle courage de Se dire acclimatés parce qu'ils ont eu mille fois la fièvre et que Ja fièvre ne les a pas tués ! Voilà ce que c'est que l’acclimatement à Mayotte. La première année se passe facilement, malgré les accès de fièvre souvent nombreux; mais après cela, le sang s'appauvrit, l'intelligence s'use de la même ma- nière que le corps; les travaux sont pénibles, on est alourdi, paresseux, tout ce qu'on fait est empreint de mollesse; les sens sont émoussés ; certaines facultés diminuent d'une manière déplorable, la mémoire surtout; on vit dans une sorte de torpeur; les fonctions de la vie de rela- tions sont embarrassées de la même manière que celle de la vie organique; le mouvement vital est constamment attaqué dans sa Source. [...] Un seul parti reste à prendre: la fuite; encore ne faut-il pas trop attendre, car les remé- des échapperaient contre une constitution ruinée, des viscères atones, des muscles inertes et une innervation ayant perdu son rythme physiologique. »* À la fin du XIX° siècle, un médecin de la Marine estime que « Mayotte est des trois Como- res que nous avons visitées, la plus malsaine, celle où le paludisme fait le plus de victi- mes et où par conséquent l'Européen a le plus de peine à vivre. L'existence serait pour lui plus facile et soumise à moins de chances de des- truction s'il fixait son établissement à Anjouan et à la Grande Comore. »‘ La mortalité à Mayotte dans les années 1860-1890 Les données tirées des documents viennent- elles confirmer cette image ? L'état civil des populations autochtones étant inexistant jusqu’à une date récente, il est quasiment impossible d’avoir une idée précise de la natalité, de la mor- talité, et, a fortiori, des causes de mortalité pour](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b3222297x_0004.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)