Médecine et santé à Mayotte et dans sa région du XIXe siècle à nos jours / une production du Service éducatif des Archives départementales de Mayotte ; dossier pédagogique réalisé par Patrick Boissel ; coordonné par Latufat Abdoul-Kader.
- Mayotte. Archives départementales. Service éducatif.
- Date:
- 2013
Licence: In copyright
Credit: Médecine et santé à Mayotte et dans sa région du XIXe siècle à nos jours / une production du Service éducatif des Archives départementales de Mayotte ; dossier pédagogique réalisé par Patrick Boissel ; coordonné par Latufat Abdoul-Kader. Source: Wellcome Collection.
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![au On lave les yeux avec une décoction de liane de maso ny amboa gara. On applique sur le pourtour de l'œil une pâte composée de racines de safran pilées avec du sel. On instille dans l'oreille douloureuse quelques gouttes provenant des feuilles, légèrement brunies sur feu de bois et pilées, d’une herbe grasse appelée miaoini. On enduit le membre douloureux avec de la pâte de safran et des feuilles pilées de l’arbre miemba (?) ; on recouvre le tout avec des feuilles entières du même arbre u’on maintient à l’aide d’attelles en bois. Le remède est à base de décoctions de feuilles (a/iapana (eucalyptus), moukinini, tamarinier) ou de fumigation (menthe poivrée, feuilles de mandarinier bouillies) ; la préparation est ensuite réduite en pâte pour masser le corps du malade. Cigarettes de feuilles d’eucalyptus ; absorption de feuilles de chipiha lindje (liane rappelant le liseron) écrasées et délayées dans l’eau, de graines de baobab délayées également ; décoction de chivoundzé, mastication de feuilles de paraovy cru, friction de chioula maiji. se soustraire à l'action de nos médecins pour re- courir à celle du sorcier. » 58 À l'inverse, le Docteur Martial Henry évoque Sa collaboration avec la médecine traditionnelle : « Je préfère dire médecine moderne ou la méde- cine scientifique plutôt que la médecine occidentale parce que [...] tout le monde y à par- ticipé, il n'y a pas que les Occidentaux. [...] Je disais donc : ‘Attention, ne touchez pas à une frac- ture ouverte. Parce que s’il y a une plaie, une infection va s'installer et la personne va mourir d'infection, de gangrène.” /...]. On S’entendait bien avec Mcolo Mainti (un rebouteux de W'tsan- avec fracture avec une plaie, il disait : “N faut aller voir le docteur, moi je ne touche pas.” J y avait une dame qui s'appelait Moizaza. Elle est de Acoua, mais elle habitait M'tsapéré [...] C'était une accoucheuse traditionnelle. Quand j'étais médecin à Mamoudzou dans les années 1966-1966, je l'ai recrutée à Mamoudzou parce qu'elle était la cheftaine des accoucheuses. [...] Je l’ai recrutée à l'hôpital. Elle aidait la sage- femme Kamaria Assane. [...] Elle allait expliquer qu'il faut désinfecter, Se laver les mains, mettre un peu d'alcool dans les mains et ensuite lors- que l'enfant sort, couper le cordon. Donc on a mis un peu d'hygiène. On l'avait recrutée ! On la payait au mois ! Elle faisait les tournées pour expliquer aux autres accoucheuses. » 5° se Alfred Gevrey, dans son “Essai sur les Comores”, rapporte les éléments suivants sur la médecine traditionnelle à Mayotte: « Quand ils n'ont pas recours aux sorciers, dans leurs mala- dies, ils s'adressent à des empiriques dont les pratiques ont des origines raisonnées, mais ceux qui sont aujourd’hui dépositaires des recettes seraient bien embarrassés pour les expliquer. On ne connaît pas au juste la composition des breuvages ou des emplâtres qu'ils ordonnent dans certains cas; ils font des ventouses par succion avec une corne de bœuf percée et les carifient, connaissent l'emploi des attelles bri- sées pour les fractures, cautérisent les ulcères avec le sulfate de cuivre ou des applications à base végétale, et crépissent les varioleux d’une pâte de composition inconnue. Les maladies internes et locales se traitent par l'application d’une pâte jaune sur la partie du corps où siège le mal. » 50 Dans une enquête sur le droit à la santé parue en 1993, la journaliste Hélène Mac Luckie évoque la médecine traditionnelle ainsi que quelques remèdes (voir encart ci-contre). « La méthode de prévention était le talisman (hirizi) et la méthode curative la plus spectaculaire, un cérémonial Stéréotypé pour exorciser le démon à l’origine du mal [...] qui guérissait selon les rites bantous et malgaches en ayant recours Dans un article précédent publié en 1992, le même auteur explique ce que sont les exorcis- mes médicaux: « /} s'agit d’une cure libératrice pour le malade se trouvant possédé ou infesté par un esprit qu'il faut exorciser. D'une manière générale, la parade contre les méfaits des esprits est le “dalao” (remède). Si le mal est déjà fait, on organise une cérémonie exorciste, le “rumbu” {rite de possession). On appelle l'esprit, on tente de l’apaiser car il y a peut-être eu transgression involontaire des règles de cohabi- tation. On le dissuade de continuer à tourmenter le possédé et on le prie de s’en aller en y mettant les formes. »?](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b3222297x_0093.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)