Traite philosophique et experimental de matiere medicale et de therapeutique / par G. A. Giacomini.
- Date:
- 1873
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Credit: Traite philosophique et experimental de matiere medicale et de therapeutique / par G. A. Giacomini. Source: Wellcome Collection.
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![]es fabricants de tabac, lesquels éprou- vent souvent une toux opiniâtre et des tremblements dans les membres (13). Un ami du docteur Chomel, en flairant du tabac d’Espagne, tomba en défaillance et son corps s’est couvert de sueur froide ( 14). Ce sont là des effets dynamiques en opposition avec les premiers; ils sont la conséquence de l’absorption de quelques parcelles de nicotiane. Les différentes espèces de tabacoffrentdeseffets soit dy- namiques, soit physico-chimiques fort variables. Toujours cependant l’inten- sité de l’un de ces effets est en raison inverse de celle de l’autre. Ces diffé- rences dépendent principalement du cli- mat que la plante habite, du terrain où elle végète, de la manière de la prépa- rer, de l’état plus ou moins avancé de sécheresse, etc. On comprend que si la poudre de tabac n’est pas humide, la pituitaire ne peut l’absorber; alors il n’y a pas d’effets dynamiques, et il agit seu- lement mécaniquement en chatouillant la muqueuse, et vice versa s’il est fine- ment pulvérisé et un peu humide. La fermentation influe aussi beaucoup sur la nature de l’action du tabac, car elle développe des principes salins nouveaux qui irritent les narines et qui donnent lieu à des effets dynamiques divers. J’ai observé qu’à conditions égales la pou- dre fermentée chatouille, il est vrai, et irrite vivement les narines, mais pro- duit moins d’effet sur l’encéphale. On peut s’en convaincre en se servant com- parativement de la poudre de feuilles non fermentées et de celle de feuilles fermentées, au même degré d’humidité. L’action mécanique ou irritante du ta- bac chez les fumeurs est excessivement faible; on pourrait presque la regarder comme nulle. On se tromperait si on voulait s’expliquer ce fait par la saliva- tion abondante qu’éprouvent les fu- meurs.Si on réfléchit qu’en tenant entre les dents un fétu de paille, ou un caillou dans la bouche, la salive est sécrétée en abondance, on doit déduire que le sur- croît de sécrétion qui a lieu chez les fumeurs tient à la présence du corps étranger dans les dents. Effectivement on n’éprouve pas de la salivation abon- dante lorsqu’on a l’habitude de tenir la (13) De moi bis artif. Dialr. Yen., 1743. (14) Roques, Ph)lngr., inédic , t. i, p. 216. 549 pipe ou le cigare au bout des lèvres. La fumée de tabac n’est pas du tout irri- tante; je ne cesserai de le répéter, puis- que je vois plusieurs personnes en in- spireràplcinspoumonssans en éprouver la moindre toux, ni la moindre irrita- tion à la gorge; et moi-même qui ai une aversion très-prononcée pour la fumée de tabac, je me suis trouvé dans un cabaret où l’air était fortement imprégné de va- peurs de nicotiane, et j’y ai respiré pen- dant quelque temps sans autre gêne que l’aversion particulière pour ce parfum. Il en est autrement lorsque la vapeur de la nicotiane est absorbée. De la langueur générale, de l’engourdissement, un trou- ble dans les idées frappent celui qui pour la première fois inspire ou se trouve enveloppé d’une fumée de tabac. Il éprouve de la pesanteur à la tête, des vertiges, il chancelle, pâlit, a de fré- quentes envies d’uriner, des nausées, des douleurs à l’estomac, une faiblesse générale, du froid à la peau, des sueurs vers le front. Ces phénomènes sont les avant-coureurs du vomissement, qui s’effectue sans aucun soulagement des autres symptômes. On ne doit pas en accuser la salive qu’on aurait pu avaler, car la même chose a lieu aux personnes renfermées dans des chambres closes, même aux meilleurs fumeurs qui y res- tent comme simples spectateurs. Ces symptômes peuvent empirer au point de donner lieu à la défaillance, à l’assou- pissement, à l’asphyxie, et même à la mort, On connaît le fait relatif aux deux frères, dont parle Helwing, qui mouru- rent dans un état léthargique pour avoir vidé en fumant, l’un dix-sept, l’autre dix-huit pipes de tabac (15). Ceux qui chiquent en éprouvent des effets mécanico-irritatifs très-prononcés, savoir : une copieuse salivation, de la chaleur dans la bouche, et quelquefois même une inflammation aux gencives, au gosier, à la langue. Les effets dyna- miques en sont fortlégers, si l’on n’avale pas la salive; dans les cas contraires, on éprouverait les mêmes effets que si on prenait la nicotiane par bouche. — Les petites doses de feuilles ou de suc de la nicotiane par bouche augmentent la sé- crétion de l’urine. Mais pour peu que la dose soit élevée, la pupille se dilate, il survient de l’obscurcissement dans la vue, des vertiges, et une tendance à l’as- (15) Observ. pliys. méd., p. 45.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b21985728_0563.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


