Oeuvres completes de Jean de La Fontaine : avec des notes et une nouvelle notice sur sa vie / par M. C.-A. Walckenaer.
- Jean de La Fontaine
- Date:
- 1840
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Credit: Oeuvres completes de Jean de La Fontaine : avec des notes et une nouvelle notice sur sa vie / par M. C.-A. Walckenaer. Source: Wellcome Collection.
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![Ni de vertu ni d’exemple vulgaire , Qui de par vous et de par votre p&re Avez acquis l’amour de tous les cceurs, Digne heritier d un peuple de vainqueurs, Ecoutez-moi: qu’un moment de contrainte Tienne votre ame attentive & ma plainte: Sur mon malheur daignez vous arreter; En ce temps-ci c’est beaucoup d’ecouter. La sotte peur d’importuner un prince, Vice non pas de cour, mais de province , Comme Phebus est mauvais courtisan, M’avait lie la voix jusqu’a present: Une autre peur A son tour me domine, Et j’ai chasse cette honte enfanline; Je parle enfin , et fais parler encor, Non mon merite, il n’est pas assez fort, Mais mon seul z61e et sa ferveur constante , Car tout heros de cela se contenle ; Puis, pour toucher un prince genereux , C’est bien assez que l’on soit malheureux. Je le suis done, graces a \'bcurie\ Et ne suis pas seul de ma confferie \ Un partisan nous mine tout net: Ce partisan c’est la Vallee Cornay. Dessous sa griffe il faut que chacun danse; D’autre Antechrist je ne connais en France: Homme ruse, Janus a double front, L’un de rigueur, l’autre ik composer prompt. Les distinguer n’est pas chose facile ; L’un aprtis l'autre ils exercent ma bile : Quand la Vallee, en se faisant prier, Dit qn’il me vent manger tout le dernier , Cornay poursuit; et quand Cornay retarde, A la Vallee il me faut prendre garde. Prince, je ris, mais ce n’est qu’en ces vers. L’ennui me vient de mille endroits divers, Du parlement, des aides, de la cliambre3, march a sur les traces de ces grands capitaines, et s’acquit en peu de temps une grande reputation. Son fils Godefroy-Mau- rice.auquel cette dpitre est adressde, se distingua aussi dans les combats; et les louanges donnees ici par notre poete sont des vdrites hlstoriques. 4 La Fontaine, dans des actes, av^it pris, a l’exemple de scs ancctres, la qualitd d'delayer; ce qui n etait pas permis, a moins de faire preuve de noblesse. Le fisc dirigea contre lui des pour- suites, et en son absence un arret rendu par ddfaut le condainna a deux mille francs damende. 11 s'adressa au due de Bouillon, comme 4 son protecteur naturel, puisqu'il etait seigneur de Chdteau-Thierry. * Les poursuites contre ccux qui usurpaient le titre de nobles se continuerent et se renouveldrent avec plus d’activitd encore en 1666. ainsi qu'on le voitpar un passage de la Muse daupliine de Subligny, vlngt-cinquidmesemaine, 1667, in-12, p. 233. ’ La chambre de 1'Arsenal instruisait alors le proecs de Fou- quet. Du lieu fameux ' par le sept de septembre*, De la Bastille8, et puis flu Limosin Il me viendra des Indes a la fin. Je ne dis pas qu’il soit juste qu’on voie Le nom de noble a toutes gens en proie; C’est un abus, il faut le prevenir, Et sans pitie les coupables punir; 11 le faut, dis-je, et c’est oil nous en sommes : Mais le moins fier, mais le moins vain des hommes, Qui n’a jamais pretendu s’appuyer Du vain honneur de ce mol d’ecuyer, Qui rit de ceux qui veulent le parailre5, Qui ne Test point, qui n’a point voulu l’elre; C’est ce qui rend mon esprit etonne. Avec cela je me vois condamne, Mais par defaut. J’elais lors en Champagne, Dormant, rfivant, allant par la eampagne , Mon procureur dessus quelque autre point8, Et ne songeant tk moi ni peu ni point, Tant il croyail que l’affaire etait bonne. On l’a surpris; que Dieu le lui pardonne ! Il est bon homme, habile, et mon ami, Sait tous les tours;. mais il s’est endormi. Thomas Bousseau7 n’en a pas fait de meme , 4 Nantes. 2 C’esi lejour oil M. Foil que t futarretd. (Note de la main de la Fontaine, dcrite en marge 4 cold de ce vers.) File n'en est pas moins iuexacte. C’est le 3 septembre que Fouquet fut arretd a Nantes. Voyez les Conclusions de srs defenses, 1668, in-18, p. 261; sa requete presentee au parlement le 19 juillet 1662; la lettre de Louis XIV 4 la reinc mere , en date du 3 sep- tembre 1661 (OEuvres de Louis XIV, t. V, p. 32), et les regis- tres de la Bastille. (Mdmoires historiqiies sur la Bastille., 1789, in-8, t. I, p. 26.) 3 Pellisson, l'ami intime de la Fontaine, et premier cornmis de Fouquet, avait dtd arretd en meme temps que le surinten- dant, et conduit 4 la Bastille dans le mois de septembre 1661. Il n'en sortit que quatre ans apres.(Voyez les OEuvres diverses de M. Pellisson, 1.1, p. 91.) 1 Madame Fouquet avait dtd conduite 4 Limoges. (Voyez OEuvres de Louis XIV, t. V, p. 52.) Un acte recu par Blaise, notaire royal, le 27 octobre 1661, visd dans une sentence du Chatelet, endate du 23 ddeembre 1661, constate la presence de la femme du surintendant a Limoges a la fin de!66i. {Xole communiqude d I’dditeur par M. de Monmerque.) 6 Vab. Paretre, dans le manuscrit, par licence podtique, et pour rimer aux yeux comme aux oreilles. 11 y a un grand nombre d'exempiesde meme nature dans notre auteur. * C’est-4-dire, mon procureur dtait dessus quelque autre point, on trouve dans la Fontaine d'assez frdquents excmplcs de ccs sortes d'ellipses, peu d'accord avec les regies ordinaires de la grammaire. Ainsi dans la fable xxvi du tivre v III il a dit : Ces gens ftalcnt les fous, Deniocrltu le sage. Le mot dlait se trouve encore ici sous-entendu. ] 7 Me Bousseau , procureur au parlement de Paris, occupait I pour les traitants qui, ayant affermd les tailles, avaient droit aux amendes prononcdcs contre ceux qui cberchaient 4 se soustraire au payement de cet impdt. On le voit par la ddclaralion du 8 janvier 1661, oil il est dit que Mc‘ Bousseau et du Caution seronl tenus de metlrc au greffe un dtat signd d'eux, contenaut les](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28269834_0557.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)