Oeuvres completes de Jean de La Fontaine : avec des notes et une nouvelle notice sur sa vie / par M. C.-A. Walckenaer.
- Jean de La Fontaine
- Date:
- 1840
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Credit: Oeuvres completes de Jean de La Fontaine : avec des notes et une nouvelle notice sur sa vie / par M. C.-A. Walckenaer. Source: Wellcome Collection.
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![leur appartement etleurs niches, 1’Apollon et le Bacchus ' emportent le prix , au gout des savants : ce fut toutefois Mercure que je consi- derai davantage, a cause de ces hirondelles qui sont si simples que de lui confier leurs petits, tout larron qu’il est: lisez cet endroil des Pro- menades de Richelieu2; il m’a semble beau, aussi bien que la description de ces deux cap- tifs3 dont M. Desmarests dit que l’un porte ses chaines patiemment, l’autre avec force et con- trainte. On les a places en lieu remarquable, c’est-a-dire a l’endroit du grand degre, l’un d’un cole du vestibule , l’autre de l’autre; ce qui est une espece de consolation pour ces mar- bres, dont Michel-Ange pouvait faire deuxem- pereurs. L’un toutefois de son destin soupire, L’autre parait uu peu moins mutine. Heureux captifs l si cela se peut dire D’un marbre dur et d’un hommc enchaind. Je ne voudrais etre ni l’un ni l’autre Pour embellir un sejour si charmant : En d’autres cas, votre sexe et le ndt.re De l'un des deux se pique dgalement. Nous nous piquons d’etre esclaves des dames; Vons vous piquez d’etre marbres pour nous; Mais c’esl en vers, oil les fers et les flammes Sont fort commons, et u'ont ricn que de doux. Pardonnez-moi cette petite digression; il m’est impossible de tomber sur ce mot d’es- clave sans m’arreter : que voulez-vous? chacun aimea parler de son melier, ceci soit dit loute- fois sans vous faire tort. Pour revenir a nos deux captifs, je pense bien qu’il y a eu autre- fois des t sclaves de votre fagon qu’on a eslimes; mais ils auraient de la peine a valoir autant que ceux-ci. On dit qu'il ne se peut rien voir de plus excellent, et qu’en ces statues Michel- la croyait l'ouvrage de Praxit61e( voyez p. 22). C'est probablc- ment celle dont la Fontaine parte ici. Vignier ( p. 2Sct 49) nomme aussi dans sa liste deux statues de Faustine. 1 Vignier fait mention de trois statues d’Apollon, p. 12, 25 et 42, etde trois statues de Bacchus, p. 27, 43, 46. Mais le Bacchus dont la Fontaine parle en cet endroit fut transports depuis par le marechal de Richelieu dans son hotel 4 Paris. Il a passe depuis dans la collection du Musde royal, et a dtd gravd dans la grande collection de Laurent sous la denomination de 1iacchus-Richelieu. 1 Ce passage forme le commencement de la quatrieme pro- menade . p. 22. • Premiere promenade, p. 3. Ange a surpasse non-seulement les sculpteurs j»L modernes, mais aussi beaucoup de chosesdes anciens. 11 y a un endroit qui n’est quasi qu’e- bauche, soit que ia mort, ne pouvant souffrjr 1 1 accomplisscment d’un ouvrage qui devait 6tre immortel, ail arrele Michel-Ange en cet en- droit-la , soil que ce grand personnage l’ait fait j a dcssein, et afin que la posterite reconnut que personne n’est capable de loucher a une ligure if apres lui. De quelque fagon que cela soit, je«f' n’en estime que davantage ces deux captifs, et i je tiens que 1’ouvrier tire autant de gloire de ce qui leur manque que de ce qu’il leur a donne de plus accompli. Qu'on ne se plaigne pas que fa chose ail dtd Imparfaite trouvee: Le prix en est plus grand, l’auteur plus regretld Que s’il l’eut achevee (. {Sil N lj>l Au lieu de monter aux chambres par le grand J j, degre, comme nous devions, en etant si pro--j ches, nous nous laissames conduire par la con- ] cierge; ce qui nous fit perdre l’occasion de le :l voir, et il n’en fut fait nulle mention. M. de ?j Chateauneuf lui-meme , qui 1’avait vu, ne seel souvinl pas d’en parler. ' l De quoi je ne lui sais aucunement bon grd : Car d’autres gens m’ont dit qu’ils avaient admire Ce degre, Et qu’il est de marbre jaspd a. Pour moi, ce n’est ni le marbre ni le jaspe • que je regrette, mais les antiques qui sont au haut; parliculierement ce favori de l’empereur Adrien, Antinoiis,qui dans sa statue coniestait de beaule et de bonne mine contre Apollon, I avec cette difference pourtant que celui-ci au- rait fair d’un dieu, et l’autre d’un homme3. Je ne m’amuserai point a vous decrire les di- 1 vers enrichissements ni les meubles de ce pa- j lais. Ce qui s’en peut dire de beau, M. Desma- resls l’a dit: puis nous n’eumes quasi pas le loisir de considerer ces choses, l’heure el la • 1 Ces deux statues, donndes par Robert Strozzi 4 Francois I0', et par celui-ci au connetable de Montmorency, qui les avail mises 4 Ecouen, et ensuite acquises par le cardinal, appar- tiennent actuellement au Musee royal de Paris. Madame de Montpensier en fait aussi mention dans ses Mdtnoires, 1637 > t. XI, p. 386 dc l'ddition de Petitot. > Desmarests en parle, p. 53. 5 Vignier en fait mention, p. 30.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28269834_0642.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)