Ethnographie du Tonkin septentrional / rédigée sur l'ordre de M.P. Beau par le commandant E. Lunet de Lajonquière ; d'après les études des administrateurs civils et militaires des provinces septentrionales.
- Étienne Lunet de Lajonquière
- Date:
- 1906
Licence: In copyright
Credit: Ethnographie du Tonkin septentrional / rédigée sur l'ordre de M.P. Beau par le commandant E. Lunet de Lajonquière ; d'après les études des administrateurs civils et militaires des provinces septentrionales. Source: Wellcome Collection.
409/452 (page 351)
![Le cortège se met ensuite en roule. En tête marche le l'hày-mo, brandissant d’une main son sabre et de l’autre une sonnette, afin d’éloigner les esprits malfaisants. Derrière lui, viennent des porteurs de bannières sur lesquelles sont tracées en caractères chinois des sentences parallèles [câu-ddi] en l’honneur du défunt. Elles encadrent un brancard sur lequel, dans une réduction de mai- son en papier, on porte un brûle-parfum. C’est là que l’âme du défunt s’est retirée. Une pièce d’étoffe relie cette table au cercueil. Au dessous d’elle, le fils aîné du mort marche à reculons, les mains jointes, la face inclinée devant le cercueil. De part et d’autre se tiennent les proches. Les filles, les femmes et les brus du défunt se couchent derrière le Thày-mo, de telle sorte que le cercueil et son cortège, ainsi que tous les assistants passent au-dessus d’elles, après quoi elles se relèvent et vont se replacer plus loin sur le chemin qui conduit au lieu de sépul- ture. Elles font ainsi jusqu’à ce qu’on arrive à destination. Les enfants mâles du mort ont pris des vêtements blancs sans ourlets, ils ont laissé leurs cheveux dénoués et épars sur leurs épaules, ils ont sur la tête une couronne de paille et une pièce d’étoffe blanche qui retombe sur leur dos. Les femmes, les filles, les brus sont vêtues de même, mais u’ont pas de couronne. La pièce d’étoffe qui recouvre leur tête est en forme de capuce grossièrement taillée. Une autre pièce d’étoffe blanche carrée est cousue au dos de leur vêtement. Près de la fosse, deux autels ont été improvisés, l'un en l’honneur des mânes du mort, l’autre dédié au génie de la terre. Au milieu des lamentations, le Thay-mo prie l’un de ne pas tourmenter les vivants, l’autre de le conserver en paix. Lorsque la fosse est recouverte, on dépose un bol de riz et on pique trois bâtonnets d’encens sur le tertre. Une pierre est ensuite placée à la tête, une autre aux pieds. Près de la pierre de tête, on a enfoui aussi une jarre dont le goulot affleure ; si par la suite elle est remplie par les eaux de pluie, c’est que le tombeau est bien situé et que la famille jouira de toutes sortes de félicités. Trois jours après l’ensevelissement, les parents viennent en pèleri-](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b24884881_0411.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)