Eloges lus dans les séances publiques de l'Académie royale de chirurgie de 1750 à 1792 / par A. Louis ; avec une introduction, des notes et des eclaircissements par E. Fréd. Dubois.
- Antoine Louis
- Date:
- 1859
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Credit: Eloges lus dans les séances publiques de l'Académie royale de chirurgie de 1750 à 1792 / par A. Louis ; avec une introduction, des notes et des eclaircissements par E. Fréd. Dubois. Source: Wellcome Collection.
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![un homme patient qui raisonnait de sang-froid, prêt à avouer ses torts. Les meilleurs amis de Louis sont convenus que, aigri, irrité par les obstacles, son caractère n'était plus le même, qu'alors il n'était pas maître de ses discours. Sans ménagement pour l'expression, il ne donnait pas à entendre qu'un fait rap- porté était faux, qu'une opinion trop légèrement avancée était absurde ; il le disait en propres termes : on était si accoutumé à cette franchise l'épublicaine, à cet excès de sincérité, qu'à peine y faisait-on attention ; et ceux que la veille il avait offen- sés, sans en avoir eu la coupable intention, allaient le voir le lendemain, et en recevaient les témoignages du plus sincère et du plus parfait dévouement. Louis était regardé en général par les chirurgiens et par le plus grand nombre de ses confrères, comme un censeur rigide, pour lequel on avait plus d'estime que d'amitié. On lui repro- chait avec assez de fondement de n'avoir pas cette charité, cette indulgence, qui répand sur les imperfections des hommes un voile qu'on ne gagne jamais à soulever. Sans doute il aurait mieux valu qu'il eût réuni la douceur et la tranquillité d'âme à la vivacité de la pensée, la modération dans l'expression à l'a-mertume de l'apostrophe. Mais si l'on veut se donner la peine de remonter à la source de ces défauts de Louis, on sera bientôt convaincu qu'ils partaient plutôt de son esprit que de son cœur : on verra que le principe en était excusable : il s'indignait avec raison de l'injustice des hommes, jusque dans la distribution de la renommée et des récompenses qu'elle attire. Il n'était plus maître de lui-même quand il apprenait que le nouvel initié avait usurpé la place du savant laborieux, (]uand il voyait les cabales et les intrigues étouffer le mérite modeste, quand enfin, malgré ses avis, ses remontrances, le public, dupe de sa bonne foi, plaçait sa confiance dans des charlatans adroits et rusés qui n'avaient rien à perdre, pas même leur réputation. Était-ce alors pour ses intérêts qu'il s'échauffait? N'était-ce pas pour ceux delà rai.son, pour l'accroissement et l'honneur de l'art qu'il professait?](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b21778292_0538.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)