Déclaration des abuz et tromperies que font les apoticaires : fort utile et nécessaire à ung chacun studieux et curieux de sa santé / composée par maistre Lisset Benancio (Sébastien Colin).
- Sébastien Colin
- Date:
- 1901
Licence: In copyright
Credit: Déclaration des abuz et tromperies que font les apoticaires : fort utile et nécessaire à ung chacun studieux et curieux de sa santé / composée par maistre Lisset Benancio (Sébastien Colin). Source: Wellcome Collection.
86/128 (page 54)
![J’advisay que ce bon maistre faisoit au contraire et qu'il jec- toitles elles des cantharides. Voyant le péril auquel il mettoit le pauvre malade pour lequel avoit ordonné le médecin, je luy demanday (1) pourquoy il ne faisoit selon l’ordonnance du médecin. Il ne me sceut rendre responce autre, sinon que ce n’estoit la coustume d’user des elles des cantharides, comme si nous failloit reigler selon une coustume tellement aliénée (2) de raison, de laquelle s’en ensuyt le plus souvent la mort. Je laisse à panser au lecteur combien d’hommes meurent l’année par le moyen de ces sophistiqueurs et corrupteurs de la vraye medecine et forme de justement préparer les choses subtilles pour le corps humain ! Et leur est permis de se mesler de l’estât duquel ilz n’ont aucune cognoissance (3), plus tost qu’à ceux qui de leurs premiers ans sont versez en bonnes lettres et par grands labeurs sont parvenuz à la cog- noissance des choses naturelles, veu qu’il n’y a rien tant selon nature que de garder l’individu ; par mesme raison, il n’y a rien tant contre nature que de le perdre ; et sont ceulx enne- mys de nature et homicides d’eulx mesmes, qui scientement se commettent à l’ignorance d’autruy. Nous en voyons plusieurs au jourd’huy langoureux et valé- tudinaires pour seullement se estre confié aux apoticaires en la cure de la colique, laquelle ilz n’estiment rien, et usent, sans appeller le médecin, d’electuaires fortz,préparez avecque de la scammonée, thurbit (4) et collocynthe. Davantage vous trouverez des apoticaires, lesquelz en une dissenterie, de leur privée authorité (5) (si authorité se doibt dire d’eulx), bailleront medecine laxative et bien fort corrosive, encore (6) que l’opinion de ceulx qui baillent du reubarbe torréfié en une dissenterie n’est pas grandement approuvée, et se disent ensuivir les anciens ; mais ilz sont bien trompez, car nul des anciens, voyre mesme Avicenne, ne usa de reubarbe pour esmouvoir le ventre, ce qui n’est merveille, car le reubarbe des anciens est grandement different de celluy duquel nous usons communément. La raison pour laquelle il ne fault user de medecine laxative en une colique est parce que les méde- cines purgatives, par la vertu attractive laquelle elles ont, (1) Ed. 1, demandé. (2) Ed. 1, aliéné ; éd. 2, aliéné. (3) La médecine. (4) Ed. 1, thurbit% ; éd. 2, turbit (5) Ed. ], Authorité (6) Ed. 1, encorent ; éd. 2, encores.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b24862666_0086.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)