Volume 1
Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques / par Messieurs Andral [and others].
- Date:
- 1837
Licence: Public Domain Mark
Credit: Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques / par Messieurs Andral [and others]. Source: Wellcome Collection.
Provider: This material has been provided by King’s College London. The original may be consulted at King’s College London.
884/910 page 890
![Celte espèce d'entropion cesse ordinairement avec l'afiection dont il dépend. Mais il existe un entropion permanent dont la cause la plus ordinaire est le raccourcissement du bord libre des paupières, par l'effet de cicatrices d'ulcéra- tions produites par les inflammations chroniques de ce bord , et surtout par les inflammations scrofuleuses, lesquelles se propagent au cartilage tarse, allèrent sa texture et sa forme, et le courbent en dedans eu lui faisant éprouver une sorte de racornissement. Dans ces cas, le boi d libre de la paupière renversée est dur , rouge , épais , calleux ; il présente çh et là des inégalités dues à des enfoncemeus qui corres- pondent aux ulcérations ou aux cicatrices qui ont succédé à celles-ci ; et, lors- que I on lire en dehors la peau de îa paupière, il ne se redresse que diHicde- raent, ou même point. Quelquefois encore, la maladie qui nous occupe reconnaît pour cause un allongement ou un boursouflement accompagné de relâchement de la peau de la paupière, et quelquefois aussi un racornissement ou une rétraction de la muqueuse qui revêt sa face interne, et qui dépend de la cicatrice d'une perte de substance, ou de quelque autre état morbide qui a donné une certaine rigidité à son tissu. On le voit aussi dépendre d'un commencement de paralysie des muscles ; enfin, dans quelques cas, l'entropion est dû au développement de tumeurs de natures diverses dans l'épaisseur de la paupière. Quelle qu'en soit la cause , l'entropion , même passager, peut avoir , lorsque l'on n'y remédie pas , des résultats fâcheux par rapport à l'œil ; parce que les cils qui garnissent le bord libre de la paupière se trouvent en contact avec la surface antérieure de cet organe , et y déterminent une irritation des plus vio- lentes, qui peut amener la perforation de la cornée , ou des inflammations qui se terminent par la perte de sa transparence. Il constitue une des causes les plus communes d'insuccès après l'opération de la cataracte; et c'est lui, qui, dans beaucoup de cas , fait toute la gravité de certaines ophlhalmies. Il présente alors cette particularité, que , déterminé par l'irritation , il devient à son tour la cause d'une irritation plus forte, par laquelle il est entretenu et qu'il entretient. Mais c'est surtout l'entropion permanent qui peut avoir les conséquences les plus graves et toujours pour la mcme cause , c'est-à dire à cause du renverse- ment des cils ( trichiasis) sur l'œil ; renversement qui occasionne une irrilalion continue , laquelle peut déterminer toutes les dégénérations dont la cornée est susceptible. Il est donc de la plus haute importance de remédier à une affection qui peut avoir des suites si fâcheuses. Le traitement vaille , en général, comme la cause à laquelle la maladie doit être attribuée. Traitement. L'entropion pasager cesse , avons-nous dit, avec la cause qui lui a donné naissance. C'est donc en détruisant cette cause, c'est-à-dire, en mettant en usage les moyens les plus propres à faire cesser les ophthalmies très douloureuses, que l'on parvient à remédier au renversement de la paupière. On peut cependant employer avec avantage un moyen direct de redresser la paupière, et, par conséquent, de soustraire le surcroit d'irritation ajouté à l'in- llammation de la conjonctive par l'action des cils sur cette membrane ; ce moyen consiste en une bandelette de dyachylum gommé , dont une extrémité, de la largeur de la paupière et taillée obliquement en croissant, est appliquée sur le voile membraneux près de son bord , tandis que son corps est étendu sur les parties voisines. Il faut dire, toutefois, que, quand la cause du renverse- ment est très-active, quand , par exemple, l'irritation et la douleur sont très- intenses, ce moyen ne jouit pas toujours de toute l'eflicacité désirable. Quant au traitement de l'entropion permanent, il se compose de plusieurs procédés opératoires. Ces procédés sont : l'emploi de bandelettes agglutinatives, l'incision de la commissure externe des paupières , l'irritation de la peau de la paupière, sa destruction, et l'incision du cartilage tarse. Les bandelettes, que l'on fait avec le taffetas dit d'Angleterre, et que l'on applique en les croisant, au nombre de deux ou trois, sur la paupière qui tend à se renverser, ont plusieurs fois réussi entre les mains de M. Demours, qui assure avoir guéri par ce moyen, dans l'espace de vingt jours, plusieurs entropions dus à une cause peu grave, telle qu'un relâchement peu considé- rable de la peau de la paupière, accompagné d'un légér œdème sous-cutané. On sent, en effet, qu'un moyen si peu actif ne peut guère réussir que dans des cas analogues à celui-ci. L'incision de la commissure externe des paupières, mise en usage par M. Wardrop, réussit quelquefois , dans les mêmes circonstances , à redresser la paupière renversée ; mais cette méthode est généralement considérée comme peu efficace. L'irritation de la peau de la paupière , au moyen de frictions faites avec le liniment ammoniacal, le baume de Fioraventi, la teinture de cantharides, etc., est encore un moyen doué de peu d'efficacité, et qui ne convient que dans les cas où il y a renversement léger par relâchement de la peau ou par un com- mencement de paralysie des muscles, ainsi que cela arrive sourent chez les individus fort avancés en âge, et chez lesquels on cherche , à cause de cette circonstance, plutôt à pallier qu'à combattre véritablement la maladie. La méthode la plus efficace, et qui convient également au relâchement ex- cessif de la peau, à la rétraction de la membrane muqueuse, à la déformation, par suite de cicatrices , du bord de cartilage tarse, et aux paralysies incom- plètes des muscles palpébraux, c'est la destruction de la peau de la paupière, qui corrige le renversement et par l'excitation qu'elle transmet aux parties contractiles, et surtout parce que , la cicatrice de la perte de substance qui en résulte ne pouvant se guérir que par le rapprocheraeul de ses bords, il résulte de l'opération une cicatrice d'une certaine étroitesse qui ramène en dehors le bord de la paupière qui se renverse en dedans. On exécute cette destruction de plusieurs manières. Le plus ancien procédé est celui de Celse, qui consiste à saisir la peau de la paupière avec une pince, à la soulever pour lui faire former un pli transversal proportionné à la perte de substance que l'on veut faire, c'est-à-dire à l'éten- due et à l'intensité du renversement, et à enlever le pli d'un coup de ciseaux. Bastish déterminait la gangrènedu pli de la peau au moyen de la compression qu'il exerçait sur lui à l'aide d'une machine. M. Demours a substitué à cette machine une anse de fil d'archal dans laquelle il passe le pli cutané et qu'il tord ensuite par ses deux extrémités. Enfin, on a essayé la cautérisation que l'on a pratiquée de plusieurs ma- nières. Helling, Quadri et plusieurs autres se sont servis de l'acide sulfurique. Pour l'appliquer, on commence par coller, au-dessous du point que l'on veut cautériser, une bandelette agglulinative qui garantit les parties placées au-dessous de ce point de l'action du caustique. Puis , à l'aide d'un morceau de bois , on étend sur la peau de la paupière une goutte d'acide sulfurique con- centré , avec laquelle on recouvre une surface ovalairc transversalement d'une étendue en longueur et en largeur proportionnée au renversement. Au bout de huit à dix secondes, on essuie la peau pour enlever toute la portion d'acide non combinée. Quelquefois celte seule application suffit pour déterminer une rétraction de la peau assez considérable pour redresser les cils ; alors l'opération est terminée. Dans le cas contraire, on applique sur le même point une nouvelle goutte d'a- cide, dont on recouvre une surface un peu plus étendue , et l'on réitère l'opé- ration jusqu'à ce que l'on ait obtenu uue rétraction de la peau suffisante pour opérer le redressement des cils. Quadri conseille , lorsque les cils commencent à s'écarter du globe de l'œil, de les rassembler en trois ou quatre faisceaux, autour de chacun desquels on noue un fil de soie , que l'on fixe ensuite au front ou à la joue , afin d'aider au redressement du bord de la paupière ; mais il faut peu compter sur ce moyen , parce que les bulbes des cils, irrités par le tiraillement, ne tardent point à suppurer, et alors les cils cèdent au moindre effort de traction. Quoi qu'il en soit, après la chute des escarres, les plaies se cicatrisent en atti- rant leurs bords vers leur centre, avec toute la force dont l'on sait que sont douées les plaies résultant de brûlures au quatrième degré; et l'on conçoit que cette circonstance favorise singulièrement le redressement de la paupière déviée. C'est de la même manière qu'agit la cautérisation à l'aide du fer rouge ; car I on a été jusqu'à proposer ce moyen, malgré le danger auquel il expose de brûler le globe de l'œil par la propagation de la chaleur à travers la mince épaisseur de la paupière. Ware l'a même appliqué directement sur le muscle élévateur de la paupière, préalablement mis à découvert, dans un cas d'entropion par relâchement de ce muscle; et il a réussi à en déterminer la rétraction. De tous ces procédés, l'excision pure et simple de la peau me parait le meil- leur, parce qu'il est beaucoup plus simple, plus prompt, moins douloureux, et tout aussi efficace quand on enlève un lambeau de tégument d'une étendue suflisante pour suppléer à la faiblesse comparative de la tendance au rappro- chement , moindre après les plaies avec perte de substance simple qu'après les brûlures. Mais , pour être efficace , il faut que ce procédé soit convenablement appli- qué, c'est-à-dire qu'il ne doit être employé que dans les cas où, avant l'o- pération, le doigt appliqué sur la paupière peut la ramener à sa direction naturelle. On est convenu généralement de regarder comme incurables les entropions assez considérables pour ne pouvoir être corrigés momentanément par l'appli- cation du doigt, et, par conséquent, tous ceux, entre autres , dans lesquels le cartilage tarse est fortement courbé sur lui-même. Dans plusieurs cas de ce genre, M. Saunders a remédié à la maladie en ex- tirpant la presque totalité du cartilage tarse de la paupière supérieure. Pour faire cette opération , il commence par glisser , au-dessous de la paupière, une plaque de corne en forme de cuiller arrondie, dont la face concave regardait le globe oculaire, et dont la face convexe soutenait le voile membraneux, qu'elle sert à tendre convenablement ; cela fait, il incise les téguraens et le muscle orbiculaire parallèlement au bord de la paupière, immédiatement an ' dessus de la racine des cils , relève, en le disséquant, le lambeau formé par ces parties jusqu'au niveau du bord supérieur du cartilage tarse, divise la con- jonctive le long de ce bord, et coupe le cartilage sur les côtes et près de son bord palpébral en ayant soin de ménager les points lacrymaux. Après l'opéra- tion , la plaie devient ordinairement le siège de fongosités , qu'il faut réprimer à l'aide de nilrate d'argent et quelquefois enlever avec l'instrument tranchant. Je u'ai jamais vu faire cette opération, mais elle me paraît délicate et surtout douloureuse. Privant la paupière du cartilage qui la tend et la soutient, elle doit remplacer la difformité résultant du renversement de la ])aupière par une difformité d'une autre nâture , et qui n'a sur la première que l'avantage de n'ê- tre point compliquée de déviation des cils. Mais comme on peut remédier à cette déviation par des procédés tout aussi sûrs et plus simples , je pense que , dans le cas dont il s'agit, il vaudrait mieux, pour le malade, remédier seule- ment au Trichiasis , par une des opérations qui seront indiquées quand il sera question de cette maladie, que de cherchera remédiera l'entropion par celle que je viens de décrire. L'opération du trichiasis est encore sourent la seule qu'il convienne d'op-](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b21298634_0001_0886.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


