Volume 1
Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques / par Messieurs Andral [and others].
- Date:
- 1837
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Credit: Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques / par Messieurs Andral [and others]. Source: Wellcome Collection.
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![dans les ramifications veineuses qui lui succèdent? s'épanche-t-il même dans les aréoles si nombreuses et si amples de l'organe? Ces questions sont difficiles à résoudre, bien que nous soyons cependant portés à admettre les deux dernières explications plutôt que la première. Quoi qu'il en soit, lorsque la stimulation est épuisée, ou que l'organe a rempli sa fonction, les vaisseaux de retour l'emportent sur ceux d'affluence, le liquide accumulé dans la partie reprend sa route , le tissu tuméfié se vide et revient aux caractères que nous lui avons d'abord assignés. Les propriétés anatomiques, et jusqu'à un certain pointles phénomènes phy- siologiques dont il vient d être question, se rencontrent dans les corps érectiles anormaux. Ceux-ci ont été décrits sous le nom de fongus liématodes, à'inflam- nation spongieuse, de cancer mou , de fongus saii^nant, de sarcome médullaire, A'anémsme par anastomose, dans les écrits de Hey , de S. Cooper, d'Aber- nethy, de John Kell, de MM. Boyer , Breschet et autres. Ces dénominations , variées selon le caprice des observateurs, plutôt que fon- dées sur la structure des parties altérées , ne sont propres qu'à jeter de la con- fusion dans les esprits, et à faire réunir, comme analogues, des affections très-dissemblables. M. Maunoir, un des premiers, établit, une distinction judi- cieuse entre le fongus hématode ou sanguin , et le fongus médullaire ou cancer fongueux, distinction que M. Hervez de Chégoin a reproduite dans un excellent Mémoire (Journal hebdomadaire de Médecine pratique, t. 2 ), mais en réser- vant le mot de fongus hématode pour désigner la variété concéreuse de la mala- die , et en donnant aux productions simplement vasculaires le nom de tumeurs fongueuses sanguines. Quant à nous , prenant pour point de départ la similitude organique, et rap- prochant, autant que possible, les tissus anormaux ou morbides de leurs ana- logues dans l'état de santé, nous conservons aux productions dont il s'agit le nom de tumeurs érectiles, parce que, entre tous ceux qu'on a tenté de leur donner, il est celui qui retrace l'idée la plus exacte de la structure du tissu qui les forme. Elles se composent, efTeclivement, d'un réseau vasculaire, développé à l'excès , et qui semble avoir pris la place des autres élémens organiques dé- posés dans la trame celluleuse de nos tissus, comme la fibrine pour les muscles, la gélatine pour les tendons, les aponévroses ou les os , l'albumine pour le cer- veau, etc. Quel que soit le degré d'extension que ces tumeurs acquièrent, ja- mais elles ne renferment de matière étrangère au système capillaire sanguin. On n'y rencontre , en aucun cas, ni tissu fibreux , ni substances squirreuse ou cérébriforme, et, par ce fait seul, elles se distingueut de la manière la plus tranchée du fongus médullaire (Maunoir), et du fongus hématode ( Hervez de Chégoin ), qui ne sont que des cancers mous , avec prédominance des vaisseaux sanguins dans leur texture, et disposition aux hémorrhagies à leur surface. Dans les tumeurs érectiles , l'organisation est simple , et seulement vasculaire ; dans les fongus cancéreux , elle est compliquée, en ce sens, que les vaisseaux capillaires sont ramifiés dans une substance molle, pulpeuse, jaunâtre, évidem- ment cérébriforme. ( Foyez Cancer et Fongus.) Les tumeurs érectiles sont susceptibles de se développer dans tous les tissus qui constituent l'organisme animal. On les observe plus souvent, toutefois, à la peau, dans le tissu cellulaire sous-cutané, et la substance spongieuse des extré- mités des os longs, que partout ailleurs. A la peau, elles sont fréquemment con. géniales, et forment ces plaques si variées de formes et de coloration, que l'on connaît sous le nom de ncei'i materni. Lorsqu'elles existent dans le tissu cutané, les productions érectiles présentent ordinairement des tumeurs , tantôt saillantes comme la fraise ou la mûre , tan- tôt à peine élevées au-dessus du niveau des parties voisines, rougeàtres-ou bru- nâtres à leur surface , presque toujours granulées comme les fruits dont il vient d'être question , et dans beaucoup de cas recouvertes ou hérissées de poils plus ou moins nombreux et rudes. Leur base occupe toute l'épaisseur du derme, dont la texture normale ne peut être retrouvée dans les endroits qu'elles occu- pent; quelquefois elles pénètrent dans le tissu cellulaire sous-cutané , ou même plus profondément encore. Elles sont, en général, peu consistantes , s'affais- sent sur le doigt qui les presse , et reprennent incontinent leur premier volume, lorsqu'on cesse de les comprimer. Souvent, elles offrent des mouvemens alter- natifs d'expension et de retraite , isochrones aux pulsations artérielles , et qui sont en rapport avec la quantité de sang rouge qu'elles reçoivent ou avec la dis- position plus ou moins artérielle ou veineuse des capillaires qu'elles contien- nent. Si l'on incise leur tissu sur le sujet vivant, il s'en écoule, en nappe, un sang rouge, abondant, difficile à arrêter. Il n'est pas rare, après ces incisions , accidentelles ou faites à dessein , de voir se former sur la plaie un caillot so- lide, qui augmente graduellement de volume, s'organise, refoule et renverse les bords de la division, et devient lui-même le siège d'hémorragies incessaui- ment renouvelées. Au dessous des tumeurs érectiles, saillantes et circonscrites, on trouve presque toujours iin cordon vasculaire volumineux , qui les alimente et dont l'artère se ramifie bientôt à l'infini dans leur tissu. Les plaques éten- dues sont habituellement entourées d'un cercle artériel dilaté, dontles branches les pénètrent par divers points de leur circonférence. Enfin , examinées après ]a mort, les productions qui nous occupent présentent un tissu rouge, spon- gieux , aréolaire, plus ou moins gorgé de sang. Les tumeurs érectiles sous-cutanées forment toujours un relief assez marqué ; elles soulèvent la peau, l'amincissent graduellement, présentent une couleur rose, rouge ou foncée, et quelquefois une sorte de transparence. Leur surface est presque toujours lisse, unie etde'pourvue des productions pileuses indiquées plus haut. 11 est rare qu'elles ne soient pas circonscrites, et assez faciles à déli- miner d'avec les tissus voisins. Comme les tumeurs cutanées proprement dites, elles sont alimentées, ou par une grosse artère qui pénètre leur base, ou par un réseau ou cercle artériel qui entoure leur circonférence. On a observé des tu- meurs de ce genre à la joue , à la nuque , dans la fosse temporale , à l'épaule et sur diverses autres parties du corps. Les tumeurs érectiles des extrémités des os longs se présentent sous la forme d'un gonflement plus ou moins considérable, irrégulier, bosselé; la tumeur offre ordinairement des points solides et des points plus mous , que la pression peut affaisser , et à travers lesquels on sent assez souvent des pulsations ma- nifestes , isochrones aux mouvemens des artères. Dans un cas , observé par M. Lallemand , de Montpellier , le doigt pouvait être enfoncé jusqu'à une grand profondeur , en déplaçant les lames externes de l'os qui faissaient un bruit semblable à celui que détermine le froissement du parchemin. Exami- nés après la mort, les os ainsi altérés avaient leur extrémité articulaire élargie , raréfiée pour ainsi dire , et contenant dans son intérieur un tissu spongieux et vasculaire érectile, semblable à celui qui constitue , dans d'autres organes , les tumeurs du même genre. Seulement , ce tissu était çà et là coupé par des lames ou débris de cloisons osseuses non encore détruites ; ses aréoles étaient ordinairement plus larges que dans les productions sous-cutanées et surtout que dans celles dont la peau est le siège ; enfin il était contenu et renfermé dans une sorte de coque fragile , presque toujours ouverte en divers endroits, et formée par la couche compacte , mince , superficielle et dilatée de la portion d'os malade. Tels sont les caractères observés par MM. Dupuytren , Marjolin, Lallemand et autres. On a rencontré des tumeurs de ce genre dans l'extrémité supérieure du tibia , dans la partie supérieure du fémur, à l'humérus, dans les os du tarse , dans les ligamens articulaixes et jusque dans le tissu diplo'ique des os plats du crâne. Le diagnostic des tumeurs érectiles cutanées est toujours facile. On a le mal sous les yeux , et l'on ne peut que rarement se mépendre sur ses véritables caractères. Mais il n'en est pas de même lorsque la production morbide est recouverte par la peau encore saine , et surtout lorsqu'elle a son siège dans la substance spongieuse des os. Si alors aucune pulsation ne se fait sentir dans la tumeur, il devient souvent difficile de la distinguer du cancer mou et fongueux. Cependant , l'absence de douleurs lancinantes dans son tissu , la fluctuation incertaine qu'on y développe par la pression alternative des doigts , la diminution de son volume sous l'influence des agens compressifs , la coloration fraîche au sujet et la non-existence des symptômes caractéristi- ques de la cachexie cancéreuse, sont autant de circonstances susceptibles de conduire au diagnostic de la maladie. Celui-ci n'offre plus d'obscurité lorsque, d'une part, la tumeur est agitée de mouvemens isochrones à ceux du pouls, et que de l'autre elle reste immobile , se ramollit et diminue de volume par la compression de l'artère principale du membre ou des branches qui pénètrent dans sa substance. Le pronostic des tumeurs érectiles est toujours grave, surtout lorsqu'elles sont accidentelles , soit que des contusions , des piqûres , des distensions ou d'autres violences externes analogues aient provoqué leur développement, siot qu'elles aient apparu spontanément ou sans cause déterminante apprécia- ble , à une époque plus ou moins avancée de la vie du sujet. On assure que celles de ces tumeurs qui sont cutanées et congéniales restent constamment stalionnaires , donnant lieu, par leur saillie et par leur coloration, à des difformités toujours désagréables et quelquefois hideuses , mais sans s'accroître et sans compromettre en aucun temps l'existence des individus. Malgré l'auto- rité des personnes qui professent cette opinion, il serait téméraire peut-être de l'adopter dans son acception générale et absolue. La règle ici ne nous semble pas plus qu'ailleurs à l'abri des exceptions. Quoi qu'il en soit, après être demeurées stalionnaires pendant un temps variable, les tumeurs érectiles superficielles, à l'occasion de nouvelles stimu- lations , ou sans cause connue , deviennent le siège d'un prurit incommode ou d'un fourmillement intérieur, souvent comparé parles malades à la sensation que produirait la marche d'un insecte. Sous l'influence de cet état d'excitation, la tumeur rougit, se gonfle et s'accroît ; après un temps plus ou moins long, la pellicule qui la recouvre s'amincit, se déchire, et du sang s'en écoule. Il est à remarquer que les extensions du tissu morbide ont lieu par paroxysmes souvent très-distincts , et sont précédés d'un éréthisme local qui annonce à l'avance l'afflux sanguin qui se prépare. La tumeur augmente, tantôt en envahissant graduellement les parties voisines auxquelles elle communique en quelque sorte sa propre organisation, tantôt en les refoulant, au contraire , et en restant parfaitement distincte au milieu d'elles. Enfin, arrive une épo- que où le tissu érectile, développé outre mesure, se gerce profondément, et où les hérnonhagies qu'il fournit se rapprochent, deviennent de plus en plus difficiles à arrêter , affaiblissent le malade et entraînent graduellement l'extinc- tion des mouvemens vitaux. Lorsque les tumeurs érectiles sont profondément situées, comme dans l'épais- seur des membres, dans les ligamens articulaires, dans les extrémités spongieuses des os, elles se rapprochent, en augementant de volume, de la peau qu'elles soulè- vent, qu'elles amincissent, qui prend une teinte livide et bleuâtre en s'appliquant sur elle. Cette membrane finit alors par se laisser entrouvrir ou déchirer, et par livrer passage au corps anormal qui la distend, et qui devient, dès cette époque , le siège d hémorrhagies plus ou moins rapidement mortelles. C'est donc par la perte du sang, par la débilité générale, i)icessamment augmentée, qui en résulte , bien plus que par la désorgasation des parties affec- tées , que sont menacés de périr les sujets atteints de tumeurs érectiles. Il est utile de noter, toutefois , que , lorsque ces tumeurs existent pendant long-temps, qu'on les irrite à diverses reprises, qu'on multiplie d'infructeuses tentatives](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b21298634_0001_0900.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


