Volume 1
Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques / par Messieurs Andral [and others].
- Date:
- 1837
Licence: Public Domain Mark
Credit: Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques / par Messieurs Andral [and others]. Source: Wellcome Collection.
Provider: This material has been provided by King’s College London. The original may be consulted at King’s College London.
905/910 page 911
![Il existe une malailie qui, comme l'ergotisme gangreneux , compte au nombre de ses symptômes précurseurs des vertiges , de l'insomnie , l'apathie et l'aflai- bli^sement des sensations. Ces symptômes durent quelquefois assez long-temps, comme dans l'ergotisme gangreneux , avant que d'autres accidens se déclarent. Mais tôt ou tard un sentiment de pesanteur et de lassitude extrême se manifeste dans un membre, et le plus communément dans une extrémité inférieure. A celte sensation succèdent bientôt des douleurs vives , profondes, lancinantes dans la partie, qui ne tarde pas à se refroidir, à se décolorer, à perdre plus ou moins complètement la faculté locomotrice , et tantôt se gontle , tautôt con- ■serve son volume ordinaire. La gangrène s'empare de cette partie ; mais , de même que dans l'ergotisme gangréneux, elle semble procéder de l'intérieur à l'extérieur ; elle attaque d abord quelques orteils , ne fait que des progrès très- lents , gagne successivement le pied, la jambe, puis s'arrête et se circonscrit par un cercle inflammatoire, ou bien se propage et emporte les malades lors- qu'elle gagne le tronc. Les membres gangréiiés se séparent quelquefois spon- tanément et sans hèmorrhagie, comme dans l'ergotisme; et, lorsqu'on les ampute , il n'y a souvent encore aucune artère à lier. Enfin , la saignée du bras est le meilleur moyen d'arrêter les progrès de cette gangrène, et nous verrons plus loin que c'est aussi le plus efficace contre l'ergotisme. Cette maladie , qui offre une telle ressemblance avec l ergotisrae gangréneux , c'est la gangrène dite sénile. Or , je crois avoir prouvé ailleurs ( Nouveaux Eléniens de pathologie médico- chirurgicale, tom. 1, p. 217 et suiv., deuxième édit. ) que la gangrène sénile est l'effet de Vartérile. D'une part, ai-je dit, cette maladie se développe sous l'in- fluence de l'abus des liqueurs spiritueuses , des mets trop excitans, etc. , sub- , stances éminemment pro])res à donner au sang des qualités irritantes. En second lieu , la gangrène y est toujours précédée de douleurs locales plus ou moins fortes , et souvent accompagnée de symptômes généraux de réaction qui annon- cent un travail morbide actif. Troisièmement, le traitement antiphlogislique , et en particulier la saignée générale , est d'une grande elficacité contre cette maladie. Quatrièmement , on trouve presque constamment des traces d'inflam- mation dans les artères des membres qui ont été frappés de cette gangrène. Enfin , ce qui prouve que l'inflammation artérielle est bien la cause et non l'efltt de la gangrène, et ce qui achève en même temps la solution de tout le pro- blème , ce sont les expériences intéressantes de M. Cruveilhier , desquelles il résulte que l'injection d'une substance irritante dans les artères des membres d'un animal, détermine l'inflammalioii de la tunique interne de ces artères , et par suite la gangrène des parties auxquelles elles se distribuent. Donc l'ana- logie entre la gangrène sénile et l'ergotisme gangréneux étant parfaite , et la plupart des preuves qui démontrent la nature de la première, étant applicables à celui-ci, je conclus que l'ergotisme gangreneux est l'effet d'une artérite par empoisonnement du sang. Mais l'ergotisme cnnvnlsif, me dira-t on , dépend-il donc aussi d'une inflam- mation artérielle ? Si ce n'est que le premier degré de la maladie , sa nature ne saurait différer ; et cependant comment se rendre compte dans cette opinion des symptômes cérébraux qui le caractérisent ? , Je pourrais répondre que l'ergot se composant de deux parties , savoir l'ergot proprement dit ou l'ovaire du grain de seigle avorté , et le champignon que M. Léveillé neveu nomme sphacelia segetuni, il se peut que l une des deux substances agisse plus spécialement sur le cerveau et l'autre sur les artères. Je pourrais dire encore que le seigle ergoté a peut-être une double action, l'une sur les centres nerveux , l'autre sur les tuniques artérielles : ce ne serait pas le seul poison qui fut dans ce cas; mais je pense que la principale action de l'ergot s'exerce directement sur le sang. Aux preuves d'analogie que j'en ai déjà don- nées , je puis ajouter quelques preuves plus directes. Dans toutes les expériences que Ton a tentées avec cette substance sur les animaux, ainsi que dans les ouvertures de cadavres faites par Schraeider, les désordres graves se sont tou- jours montrés dans les gros faisceaux vasculaires , les poumons, le foie et la rate. Lorsqu'on a ouvert les vaisseaux sanguins , on les a trouvés remplis d'un liquide semblable à la bile , enfin , le cœur était d'une flaccidité remarquable. Je ne serais donc pas éloigné de croire que l'ergot n'agit sur le cerveau que par l'intermédiaire du sang qui lui sert de véhicule. Lorsque ce fluide en est peu imprégné , il deviendrait seulement irritant au même degré à peu près que lorsqu'il est chargé d'alcool, et alors les symptômes cérébraux se manifeste- raient ; lorsqu'il en est en quelque sorte saturé , il enflammerait les parois mêmes de ses canaux, et de la les accidens gangréneux. Mais toutes ces expli- cations , je l'avoue , ne me satisfont moi-même qu'incomplètement. Je laisse à d'autres le soin d'en trouver de meilleures. Traitement. Le traitement interne de l'ergotisme s'est ressenti de l'incerti- tude qui a , jusqu'à ce jour, ijégné sur la nature de cette maladie. La gangrène en formant le symptôme le plus grave , c'est à la prévenir ou à la combattre que les médecins se sont surtout appliqués , et à cet effet, ils ont presque tou- jours eu recours aux antiseptiques , aux cordiaux et aux sudorifiques. On com- mençait d'abord par débarrasser les premières voies , au moyen de l'ipécacuanha ou par un purgatif, on prescrivait ensuite des infusions de fleurs de sureau ou de camomille , quelquefois un peu de vin blanc , et tous 'es jours un gros de thériaque ; puis à une époque plus avancée , lorsque les membres devenaient engourdis et que la gangrène était imminente ( deuxième période ), on conseil- lait l'emploi des sudorifiques les plus actifs , tels que l'ammoniaque liquide, le carbonate et I hydrochlorate d'ammoniaque ; on purgeait de nouveau , et quel- ques praticiens faisaient appliquer des vésicatoires sur les parties malades. Dans la troisième période , lorsque la gangrène était déclarée , on recomman- ; dait d'insister sur les sudorifiques précédens , et d'y joindre l'emploi de la j poudre tempérante de Stahl , l'antimoine diaphorétique et la thériaque. Par I cette médication , on se proposait d'entretenir la vie dans toutes les parties du 1 corps, surtout aux extrémités , de préserver des atteintes du ma! celles qui étaient intactes , et de donner au sang la ténuité , la fluidité et la liberté néces- j saires ; enfin , d'éliminer par les sueurs le vice, virus ou principe gangréneux, ; cause de tout le désordre. ; Mais si l'ergotisme consiste dans une inflammation des artères, ainsi que je ; crois l'avoir démontré , que peut-on attendre de la médication qui précède ? Ne i serait-il pas préférable d'avoir recours à la saignée générale, si eflicace entre ! les mains de M. Dupuytren contre la gangrène dite sénile? Je le crois. Déjà plusieurs auteurs en ont depuis long-temps conseillé l'emploi. Tissot, sans i avoir, il est vrai, observé la maladie, propose de débuter par la saignée du bras ; en même temps il recommande de n'user de ce moyen qu'avec circon- I spection. Read pense qu'on doit la pratitpier, lorsque le pouls en indique le I besoin, et recommande aussi beaucoup de réserve dans son emploi. Mais les ; savans auteurs des Recherches sur le feu Saint-Antoine , insérées dans les Mé- moires de la Société royale de Médecine ( tom. 1 , pag. 260 et suiv. ), MM. de 1 Jussieu , Paulet, Saillant et l'abbé Tessier, n'hésitent pas à indiquer ce moyen i comme un des plus utiles. « Quant à la saignée, disent-ils, l'expérience a I « prouvé qu'on en retirait des avantages dans le premier et second temps, j « Ordinairement deux saignées suffisent; elles font presque toujours disparaître j » totalement les douleurs. Il est même étonnant qu'un secours si efficace n'ait. \ » pas été employé plus souvent dans une maladie gangréneuse semblable , qui ! « suppose lin état inflammatoire qui a précédé, accompagnée des plus vives n douleurs, et offrant un sang constamment couenneux. « Quelques pages i auparavant, ils avaient dit que le sang que l'on tire aux malades dans la se- i conde période, c'est-à dire , avant l'apparition de la gangrène, et'Iorsque les ! douleurs sont très-violenles , est noirâtre , visqueux , sec , d'une ténacité quel- j quefois si forte, qu'on a autant de peine à le couper qu'une chair durcie, enfin, : constamment couenneux et d'une épaisseur extrême. L'expérience avait donc I déjà démontré les bons effets de la saignée dans l'ergotisme, long-temps avant ' que la nature de la maladie fut connue, et que cette connaissance en justifiât l'emploi ; et nul doute que ce ne soient les idées théoriques , généralement admises sur la gangrène , et qui la faisaient considérer clans tous les cas comme l'eflet d'un agent seplique , délétère, putride , asthénique, qui ont empêché les praticiens d'employer les évacuations sanguines contre les effets de l'ergot, avec la hardiesse convenable. ' Je n'hésite donc pas à placer la saignée en tête des moyens propres à com- battre l'ergotisme ; elle a ce double effet, de détruire l'inflammation artérielle, ; et de débarrasser le torrent circulatoire de l'agent dangereux qu'il promène I dans toute l'économie; car on sait, pour s'en être convaincu par des expé- ; riences directes, que dans tous les empoisonnemens du sang, miasmatiques i ou autres, la saignée est encore le moyen le plus sûr et le plus prompt de faire ! cesser les accidens. Dès le début je conseille d'y avoir recours , et je ne doute j ])as qu'en le répétant sans crainte, on arrêtera promptement les accidens de { 1 ergotisme convuisif dans la plupart des cas; on pré\ieiulra souvent le déve- ; loppement de la gangrène , et on en restreindra considérablement les ravages, î II sera bon d'en seconder les effets par l'administration de l'opium à l'extérieur , j à la dose de trois à quatre grains par jour. MM. Boucher et Janson de Lyon ont ! constamment vu se calmer les douleurs et les pouls se relever sous l influence ! de ce médicament ; chez tous ceux de leurs malades qui en on fait usage, la ■ gangrène s'est bornée, et chez aucun elle ne s'est reproiluite après la chute des ! escharres. En même temps , ou mettra les malades à l'usage des boissons aci- I dules très-abondantes ; et s'ils sont sans fièvre et que l'appétit les tourmente, ! comme cela n'est que trop ordinaire, on les nourrira avec îles aliraens doux et j de facile digestion, tels que le lait, les fécules et les légumes. Par cette médi- ! cation simple, on obtiendra, sans aucun doute, des guérisons beaucoup plus nombreuses que par la méthode excitante des anciens. Toutefois, elle n'est plus applicable lorsque toute douleur a cessé et que la gangrène est établie; on doit la remplacer alors par quelques-uns des antiseptiques connus, tels que le ' quinquina , le camphre, la thériaque , le vin vieux , etc., tant que la gangrène n'est pas développée. ! Le traitement externe de l'ergotisme consiste dans l'application de linges î trempés dans une décoction de plantes aromatiques, ou de cataplasmes faits I avec les fleurs de sureau , la décoction de quinquina , autour des membres dou- 1 loureux ou engourdis. On rend ces topiques plus excitans par l'addition du ! camphre, de l'hvdro-chlorate d'ammoniaque, de l'eau-de-vie même, lorsque I la sensibilité et le mouvement diminuent dans les parties malades , et que le 1 froid s'en empare. Quand la gangrène se manifeste , on ajoute à leur emploi celui du chlorure d'oxide de sodium de Labarraque. Enfin , lorsque la gangrène est arrêtée, il ne reste plus qu'à faciliter la chute des escharres par des. panse- nément. mens convenablement dirigés {noyez Gangrène) si la mortification est peu considérable, ou à opérer la séparation des membres morts au moj^en de l'am- putation, ou bien enfin k attendre que celte séparation se fasse sponla- La plupart des médecins qui ont observé l'ergotisme gangréneux regardent '• l'amputation comme dangereuse , dans la majorité des cas. Presque toujours ils i ont vu la gangrène se reproduire dans le moignon , quoiqu'on eût attendu j qu'elle fût bornée pour amputer ; et le petit nombre de malades chez lesquels 1 cette récidive n'avait pas lieu périrent, pour la plupart, des suites de l'opéra- ' tion. Il est cependant des cas où il semble que l'on ne puisse se dispenser de la](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b21298634_0001_0907.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


