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Credit: Névroses et idées fixes / par Pierre Janet. Source: Wellcome Collection.
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![elle accepte de manger et elle se porte beaucoup mieux. En un mot, son aspect maladif, sa langue saburrale dépendaient de l'inanition et non d'un état infectieux persistant. Si ce n'est pas une confusion mentale primitive, il faut recon- naître cependant que la confusion joue ici un grand rôle. 11 ne s'agit pas d'un simple mutisme hystérique, d'une part car elle saurait écrire et exécuter les ordres ce qu'elle ne fait pas, et d'autre part elle peut murmurer de temps en temps quelques mots. Non, elle ne sait plus parler parce qu'elle ne sait plus comprendre, ni penser. Voyez, quand on lui commande quelque chose, son air anxieux, ses efforts pendant un instant, puis ce petit haussement d'épaules, après lequel elle se résigne à ne pas bouger. Son attitude équi- vaut aux phrases ordinaires des confus: « Je ne comprends rien, je Ji'y peux rien, oii suis-je ? » On a remarqué dans le service qu'à certains moments elle peut comprendre un peu plus. On peut lui faire faire quelques actes, se lever, marcher, se laver les mains, surtout si on lui explique par gestes plutôt que par la pai'ole. Il faut lui indiquer l'acte point par point, portion ])ar portion, pourrait-on dire, pour qu'elle arrive à l'exécuter, le fractionner en un mot, comme l'un de nous l'a déjà montré à propos des abouliques*. Si on lui dit: (( va te laver les mains », elle se lève de sa chaise et reste debout sans rien faire, il faut lui dire: « lève-toi... avance, marche... lève les mains... mets-les dans l'eau... etc. )> Ces faits indiquent une grave altération de la synthèse mentale, qui porte sur la per- ception et la volonté, c'est un degré extrême de l'aboulie. En un mot c'est bien une forme de confusion mentale, sans excitation, sans délire apparent avec apathie et stupidité. Nous ne pouvons guère aller plus loin dans l'interprétation de cette curieuse malade, nous n'osons même pas vous parler de sa sensibilité qu'il est trop difficile de déterminer dans ces conditions. Elle paraît partout sensible, car elle se remue et dirige les yeux vers la région, quelle que soit la partie du corps que l'on touche même légèrement ; elle paraît entendre les bruits ot voir les objets, c'est tout ce que nous pouvons dire. Cependant cette exagération des phénomènes, cette aboulie, ce mutisme, ce trouble des per- ceptions, cette anorexie qui a déjà précédé l'état actuel et qui, 1. P'' Raymond cl J. Arnaud. Sur certains cas d'abonlic. Annales médico- psychologiques, 1892, II, 79.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b21942201_0002_0029.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)