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Credit: Névroses et idées fixes / par Pierre Janet. Source: Wellcome Collection.
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![je suis v(Miii deuiander si c'était une maladie. J'ai toujours été un homme courageux et laborieux ; j'ai été longtemps ouvi ier, puis patron dans lu forge que je dirige; voilà trente ans (pie j'y tra- vaille sans latin-iie el sans ennui, et tout le pays avait confiance en moi. Eh l)icn, depuis deux ans, je suis un propre à rien. D'abord j'ai senti (pie je ne pouvais plus diriger mes ouvriers, je ne pouvais rien leur commander, je ne pouvais rien décider, ils ont dii me prendre pour un fou. J'ai essayé alors de travaillci' moi-même comme autrefois; j'en avais bien la force et je n'ai pu lien faire. J'abandonnais tout de suite ma tache sans savoir ])ourquoi. Je m'exhortais au travail, je m'injuriais, je me mena- çais, je me disais: et Tu vois cette j)lanche, eh bien, tu vas en « scier cinquante centimètres ou sinon tu ne dîneras pas. » Je n'ai jamais pu en scier plus de dix et en m'y reprenant vingt fois. Aussi je n'essaye plus de rien faire, ce n'est pas la peine. Je ne me lèverais pas de mon lit si ma femme ne m'y forçait. Je sais les engagements que j'ai pris envers des clients qui avaient confiance en moi, je sais que je vais ruiner ma famille, je sais que c'est honteux, mais c'est plus fort cjue moi, je ne puis rien faire. » Ne croyez pas. Messieurs, qu'il s'agisse d'une réelle perte des forces physiques; cet homme est réellement vigourenx. On ne peut ouvrir son bras quand il le plie, ni étendre sa jambe quand il résiste. Dans certains accès de colère qu'il a eus il a brisé une porte pour se sauver. Ne croyez pas davantage qu'il s'agisse de quelque lésion médullaire : les mouvements, les réflexes, sont parfaitement corrects. Il ne s'agit pas non plus de ces parésies, de ces troubles du mouvement en rapport avec des altérations de sensibilité tactile ou musculaire. Autant du moins que l'on peut le constater en clinique, ces sensibilités sont chez lui tout à fait normales. Il s'agit d'une impuissance mentale qui est toute spé- ciale et notre homme a raison de dire que ce n'est pas une paresse naturelle. Le trouble principal porte bien sur la volonté, sur la faculté quelle qu'elle soit de combiner, de décider, de commencer une action ; ce trouble a déjà été décrit souvent par les aliénistes et en particulier par Leuret sous le nom (Wiboii/ie, absence de volonté. Quelque soit le sens donné par les psychologues au mot volonté, signification sur laquelle nous n'avons pas à discuter ici, il est évident pour tout le monde qu'il y a des mouvements non volon- taires, les réfiexes, les habitudes, par exemple, et des mouvements](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b21942201_0002_0044.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)