Volume 1
Les Français peints par eux-mêmes. Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle.
- Date:
- 1841-1842
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Credit: Les Français peints par eux-mêmes. Encyclopédie morale du dix-neuvième siècle. Source: Wellcome Collection.
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![l’esprit s’y al);U;mlil iiceossairoiucnl. l’ersoiiiic n’a l’idée de croistM les races. Aussi, dans beaucoup de villes de province, l’intelligence y est-elle devenue aussi rare(|ue le sang y est laid. L’homme s’y rabougrit sous les deux espèces : la sinistre idée de la convenance des forlunes y domine toutes les conventions matrimoniales. J’y ai vu de belles jeunes lilles, richement dotées, mariées par leur famille à quelque sot jeune homme du voisinage, enlaidies, après trois ans de mariage, au point de n’étre pas non point reconnaissables, mais reconnues. Les hommes de génie éclos en pro- vince, les hommes supérieurs sont dus ’a des hasards de l’amour. Quand la femme de province est devenue ce que vous la voyez, elle veut alors justilier son état : elle atlacjue de ses dents acérées comme des dents de mulot, les nobles et terribles pas- sions parisiennes; elle déchire les dentelles de la coquetterie, elle ronge les beautés célébrés, elle entame le bonheur d’autrui, elle vante ses noix et son lard rances, elle exalte son trou de souris économe, les couleurs grises de sa vie et ses parfums monastiques. Toute femme de province a la fatuité de ses défauts. J’aime ce courage. Quand on a des vices, il faut avoir l’esprit d’en faire des vertus. L’infériorité conjugale et l’infériorité radicale de la femme de province sont aggra- vées d’une troisième et terrible infériorité qui contribue a rendre cette ligure sèche et sombre, à la rétrécir, à l’amoindrir, à la grimer fatalement. Toute femme est plus ou moins portée à chercher des compensations à ses mille douleurs légales dans mille félicités illégales. Ce livre d’or de l’amour est fermé pour la femme de province, ou du moins elle le lit toute seule, elle vit dans une lanterne, elle n’a point de secrels il elle, sa maison est ouverte et les murs sont de verre. Si, dans la province, chacun connaît ledînerde son voisin, on sait encore mieux le menu de sa vie, et qui vient, et qui ne vient pas, et qui passe sous les fenêtres, avant de passer par la fenêtre. La passion n’y connaît point le mystère. L’une des plus agréables flatteries que les fem- mes s’adressent a elles-mêmes est la certitude d’être pour quelque chose dans la vie d’un homme supérieur, choisi par elles en connaissance de cause, comme pour prendre leur revanche du mariage où elles ont été peu consultées. Mais, en pro- vince, s’il n’y a point de supériorité chez les maris, il en existe encore moins chez les célibataires. Aussi, quand la femme de province commet sa petite faute, s’est- elle toujours é|)rise d’un prétendu bel homme ou d’uu dandy indigène, d’un gar çon (jui porte des gants, qui passe pour monter achevai ; mais, au fond de son cœur’, elle sait (jue ses vœux poursuivent un lieu commun pirrs orr moins bien vêtir. Quand une femme de province conçoit une passion excentr ique, quand elle a choisi quelque supér iorité (]ui passe, urr homme égaré par’ hasar d en [uovince, elle en fait (pielque chose de plus (ju’un sentiment, elle y trouve un travail, elle est occupée ! aussi étend-elle cette passion sur toute sa vio. Il n’y a rien de plus dangereirx (|ue Tattachemerrt d’une femme de province. Elle compare, elle étudie, elle réfléchit, elle rêve, elle n’abandonne point son r êve, elle pense à celui qu’elle aime quand celui (|ir’elle aime ne pense plus à elle. Voirsavez passé (|ireh|ues mois en province, vous avez dit par’ désœirvrernent quelques mots d’amoirr à la femme la moins laide dir département; lîi, elle vous paraissait jolie, et voirs avez été vous-même. Lette plai- santerie est deverrue sér ieuse a votre insu. Madarru'('.orprelin, qire vous avez nom-](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b22007489_0001_0018.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)