Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![M. Th. Pérégrine Courtenay, en discutant les pro- jets de réforme pour les lois anglaises sur les pau- vres [i]. En présentant un tableau rapide et compa- ratif de la législation des divers pays de l’Europe sur ce sujet, l’auteur accorde une préférence mar- quée à celle de la Hollande et à celle de l’Ecosse, entre lesquelles il aperçoit une grande analogie, il ac- cuse d’exagération les reproches qui ont été adressés à celle de l’Angleterre. Il voit dans l’accroissement de la population l’effet et le symptôme de la prospé- rité publique : « Produite par la diminution de la « mortalité, elle est, dit-il, un bienfait pour le pays, « un bienfait dû en partie aux lois [2]. » Il justifie la faveur accordée aux mariages dans l’intérêt des bonnes mœurs ; il 11e s’inquiète point des prétendus dangers qui lui ont été attribués. Les secours répan- dus sur les pauvres ne lui paraissent point stériles pour la richesse publique. «Les dépenses publiques « sont aussi un instrument de production, de cir- « culation; elles accroissent la prospérité sociale; « le pauvre aussi est un consommateur » [3]. En rectifiant ainsi quelques propositions accréditées par des auteurs contemporains, M. Pérégrine Cour- lenay n’a garde d’approuver l’effet produit par la taxe des pauvres, pour arrêter l’élévation naturelle des salaires [4]. Un économiste récent dont les travaux ont obtenu un haut degré d’estime , M. Mac-Culloch, quoique partageant, sur le principe de la population, les opinions émises par Malthus, a repoussé une partie des reproches si nombreux et si graves qui ont été adressés aux lois anglaises sur les pauvres; il a justifié le développement de l’industrie manufactu- rière, l’introduction des machines, contre les pré- ventions qui déjà les accusaient de multiplier les indigens [5]. Il a répandu de nouvelles lumières sur les questions relatives à la production , au taux des salaires, aux causes et aux effets de la pauvreté. Il voit dans l’établissement d’un régime assuré et obligé de secours publics, et la garantie de la paix publique, et l’accomplissement d’une dette sociale [6]. Il reconnaît et proclame du reste la puis- sance des institutions morales , pour prévenir et tempérer les maux de l’indigence; non qu’on doive beaucoup attendre, dit-il, de l’instruction ordinaire donnée dans les écoles; mais en procurant aux enfans de la classe laborieuse une éducation qui développe leurs facultés, qui dirige leur conduite, et qui leur inspire la prévoyance [7]. Cependant la sphère des études relatives au fléau de l’indigence s’agrandissait de jour en jour; déjà elles s’étaient étendues sur le champ delà politique; [1] Treatise upon tho poor laïcs ; London , 1818. [2] Ibid. sect. irc, p. 12 à 14. [3] Ibid. sect. vi, p. 79 et suivantes. [4] Ibid, sect v, p. 103. [5] Principles ofpolitical Economy. 2° édition; Londres , 1830. — lrc partie, cliap. 6 et 7 , p. 1G0 , 181. [6] Ibid. 3° partie, cliap. 1, 11 et m, p. 362,377,400. elles faisaient même naître d’importantes questions sur le fondement des institutions sociales, où se trouvaient invoquées ces graves discussions. Les systèmes d’égalité dont Wallace avait été le premier promoteur s’étaient reproduits sous une nouvelle forme dans la Justice politique de Godwin; disons mieux : c’était la république même de Platon qui semblait revivre en partie dans le nouvel idéal conçu par cet auteur, qu’il n’hésitait pas de proposer à nos sociétés modernes. Tous les maux de l’humanité 11e sont, dans ce système, que la conséquence du vice des institutions sociales, et spécialement des lois sur la propriété et sur la famille. Répartissant donc et les biens de la terre, etles dons de la fortune, entre tous les individus , sur une base égale ; substi- tuant à l’empire de l’intérêt personnel, le lien de la bienveillance réciproque, le système se flatte d’avoir à-la-fois tari les sources de la misère, étouffé dans leur principe, l’envie, la méchanceté et la vengeance. Godwin était sincère ; séduit par le charme des ta- bleaux que lui retraçait son imagination dans le champ libre qu’il s’était créé, Godwin a exercé aussi un magique pouvoir sur l’esprit de quelques-uns de ses lecteurs; il a eu plus que des adeptes; il a eu des enthousiastes. On sait que le désir d’arrêter le cours de cette contagion , fut un des motifs qui fit prendre la plume à Malthus; il explique même une partie des erreurs de ce célèbre économiste; c’est ainsi que souvent les exagérations contraires s’exci- tent mutuellement en présence l’une de l’autre. Les idées ressuscitées par Godwin ont survécu aux cri- tiques de Malthus, à Godwin lui-même: elles ont encore reparu de nos jours, rajeunies, diversement transformées, moins hardies, mais plus sérieuses peut-être. Ne nous étonnons point de voir un grand nombre de publicistes, et des hommes d’état éminens , se livrer, dans les Iles Britanniques, à l’examen d’un sujet qui se liait ainsi aux premiers intérêts de l’état, qui occupait une part si essentielle dans la législa- tion et qui occupait si fortement l’administration publique. Une suite de bills ont été pendant près d’un siècle successivement présentés au parlement d’Angleterre. Hay, membre de la chambre des com- munes [s], le comte Hillsborough [9], sir Richard Lloyd Furner [10], lord Rames [11], Akland, Gilbert, William Young, Whitebread, lord Brougham, entre autres, ont soumis au parlement^ et presque tou- jours avec peu de succès, des plans divers de réfor- mation ou d’amélioration ; mais aucun n’a fixé l’at- tention générale à un aussi haut degré que celui dont l’illustre Pitt le saisit, en 1796 [12]. Ce projet [7] Ibid. Ibid, cliap. îv, p. 423. [8] En 1736. [9] En 1753. [ioj En 1760. [11] En 1774. [12] Son plan, en 130 articles, porte pour titre: Bill pour améliorer l’assistance et l’entretien des pauvres.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0020.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)