Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![détails; il a discuté le mérite des remèdes proposés, montré l’insuffisance de ceux qui ont été adoptés ; il a composé un code entier de préceptes eide règles pour la guérison de celle contagion; il a appelé le concours du zèle, la puissance de la publicité, les in- fluences morales ,pour seconder l’efficacité des mesu- res de police, pour prévenir le relâchement dans une cure si difficile [îj. 11 est parti de ce principe si vrai, mais si méconnu, que l’aumône faite au hasard, d’une manière vague et irrégulière , est plus funeste qu’utile aux pauvres eux-mêmes; qu’elle entraîne d’inutiles dépenses ; qu’elle est contraire à l’esprit de la religion ; il a en même temps établi cette autre règle contestée peut-être, que tout individu qui de- mande et reçoit des secours est tenu de se soumettre aux lois qui régissent les établissemens d’huma- nité [2]. Vers cette époque, le prince Julius, évêque de Wurtzbourg, ce même bienfaiteur de l’huma- nité, que nous venons de citer il y a un instant, appelait aussi les éludes des moralistes et des pu- blicistes sur un sujet qui sert de fondement, tout en- semble, et à la police des pauvres et au régime des secours publics; il proposait un concours sur la distinction de la vraie et la fausse indigence Le prix fut partagé entre Fr. Burkard et P. Ziegler. L’un et l’autre ont traité ce problème en observa- teurs, en philosophes ; ils ont posé les limites qui sé- parent deux conditions qui se confondent au pre- mier aspect, et montré comment leur différence appelle une diversité essentielle dans les remè- des [3]. Récemment encore, et en 1854 , la Société royale des sciences utiles , établie à Erfurt, a ouvert un concours sur la question du paupérisme, appliquée â l’Allemagne. Elle a demandé « si les plaintes qui « s’élèvent sur l’extension de l’indigence en Alle- « magne sont réellement fondées, et, dans ce cas, « quels moyens s’offriraient pour y porter remède. » Elle a spécialement appelé l’attention des concur- rens sur la comparaison des diverses circonstances qui intéressent la destinée et le bien-être de la classe moyenne et de la classe inférieure, à trois époques différentes : la dernière moitié du xvmc siècle ; le commencement du xixe siècle jusqu’à la paix; et celle qui, depuis la paix, arrive jusqu’au temps pré- sent. Le prix a été remporté par M. le professeur Franz Baur, de Mayence; l’Académie a distingué aussi parmi les écrits des coneurrens, celui de M. Benedict, conseiller royal du tribunal de Wil- lemberg [4]. [1] Versuch über Armen-Anslalten, etc.; Berlin, 1789. Cet ouvrage a été traduit et inséré dans le recueil des éta- blissemens d’humanité, publié en France. [2] Voyez dans le recueil ci-dessus, 2e cahier, pag. 59,76, 81, 152, 165, etc. — [3] Voyez le Magasin de Gœllingue, pour l’année 1791, 3e partie, S 8. [4] Ces deux écrits ont été imprimés en Allemagne, et le jugement de l’Académie se trouve inséré à la fin du second, publié à Leipzig en 1831. C’est une circonstance fort remarquable et digne d’intérêt, que les plans conçus en Allemagne pour l’amélioration du régime des secours publics, ont eu généralement pour auteurs ceux-là mêmes qui ont le plus efficacement coopéré à la réaliser dans la pratique, par leurs travaux, leurs exemples. El à qui, en effet, appartient-il plus dignement d’enseigner les œuvres de bien qu’à ceux qui ont eu le mérite et le bonheur de s’y dévouer eux-mêmes? Ce n’est pas ici celte vague philanthropie qui en d’autres lieux, à d’autres époques, s’exhale en discours sonores, en projets conçus au hasard, loin du théâtre des faits, et sans fruits réels. Ce sont des témoignages sincères donnés par ceux qui ont vu et agi. Oui ne connaît, dans leur nombre, qui ne cite avec estime les noms des Rumpforl, desVoghl, des Fellenberg? Appelé d’Angleterre en Bavière, le comte de Rumpfort y a organisé et dirigé un système entier d’établissement pour la répression de la mendicité ; il a voulu rendre lui-même compte des vues qui l’ont dirigé, des opérations qu’il a exécutées, des résultats qu’il a obtenus. Sans méconnaître la nécessité de recourir quelquefois à une police rigide , il désire cependant que les encouragemens et les récompen- ses soient employés avec discernement pour détruire cette fatale incurie qui est la source trop fréquente de l’indigence [5]; il donne aux riches de sages con- seils sur la manière d’exercer un salutaire patro- nage à l’égard des pauvres qui les entourent [6] ; il emprunte aux arts chimiques, économiques, une foule de notions qu’il applique au régime des secours publics. Nous devons lui savoir gré d’une sollicitude qui ne dédaigne aucun des besoins du pauvre, qui s’occupe avec détail de la nourriture de l’indigent, de la conservation de sa santé, et de l’entretien de ses forces [7]. Le baron de Voght, auquel la ville de Hambourg, l’Autriche, le Danemark, doivent tant de reconnais- sance , dont les précieux conseils ont aussi fructi- fié en Italie, en France, après avoir porté dans la pratique les vues les plus saines, a tiré de sa longue et vaste expérience [s] des conséquences aussi soli- des que fécondes. Son regard se dirige d’abord sur les familles que la pauvreté menace, et qui n’en ont peut-être même pas le pressentiment ; il observe ces symptômes précurseurs qui commencent pour elles la fatale décadence. 11 enseigne cette assistance gé- néralement ignorée ou négligée, qui prévient l’ap- pauvrissement et soutient, sur le bord du précipice, les familles qui ne sont pas encore tombées dans [5] Essais de Rumpfort.—Voyez le premier essai, chap. 3, 6 et 8 ; 3e essai, chap. 1er. [6] Ibid. 3e essai, chap. 4. [7] Ibid.,ibid., chap. 5. [8] Le baron de Voght, octogénaire, continue encore à ser- vir la cause à laquelle il a dévoué sa vie, par ses directions et par ses écrits. L’auteur du présent ouvrage, qui, depuis plus de 30 ans, s’honore de son amitié, se félicilede pouvoir lui exprimer ici publiquement sajusleet profonde gratitude.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0024.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)