Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
Licence: Public Domain Mark
Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
25/552
![l'indigence. Il s'arrête ensuite sur la famille indi- gente, il en explore, il en évalue toutes les nécessi- tés; il en classe les conditions si diverses ; il gradue l’étendue delà misère; il gradue dans la même pro- portion les secours qui lui conviennent. Il établit comme un principe fondamental que rien ne doit être accordé à titre de secours, de ce qui eût pu être gagné par le travail; que le secours doit apporter le complément de ce que le travail doit fournir, mais rien au-delà ; qu’ainsi il faut employer au profit du pauvre le reste des forces dont celui-ci peut disposer encore. Suivant alors le malheureux dans ses différens besoins, dans les différentes si- tuations de la vie, il porte l’assistance directement au but sans le dépasser : règles d’une simplicité telle, qu’elles sembleraient n’avoir pas besoin du se- cours de la science, et que de profondes études ont cependant pu seules amener à ce degré de clarté [1]. Pendant que, dans ses nobles créations, les plus vastes certainement qu’ait jamais exécutées par ses seuls efforts un simple particulier, M. Emmanuel de Fellenberg [2] coordonnait en un même plan de nombreux établissemens, et combinait l’éducation du pauvre avec les exploitations rurales; ses médi- tations se dirigeaient sur l’état présent de la société européenne, s’élevaient aux plus hautes considéra- tions sur les moyens de soulager les maux qui l’af- fligent, de garantir l’avenir contre les dangers qui la menacenl. Nées au sein d’une vie active et bien- faisante, ses vues sont empreintes de la moralité la plus pure, d’une philosophie religieuse autant que pratique. Pénétré de cette grande et juste pensée, qui fait dépendre de la régénération des mœurs la réhabilitation de la classe indigente, il a vu dans le travail, non pas seulement une ressource, mais un moyen de perfectionnement; il s’est efforcé de lui im- primer ce caractère. Les gens de bien accueilleront avec respect le généreux appel qu’il leur adresse [3], [1] Un premier écrit du baron de Voglit, sur les instituts de Hambourg fut publié en anglais, et en Angleterre, traduit ensuite en allemand, et publié à Brunswick et Lunebourg, en 1796, avec des additions de l’auteur; un autre a été pu- blié en français, en 1809. En cet instant même il a publié encore l’histoire raisonnée de ces établissemens. [2] M. de Fellenberg, ancien patricien bernois, est per- sonnellement Suisse, et ses beaux établissemens sont situés près de Berne. Mais ses écrits appartiennent à l’Allemagne, et c’est surtout en Allemagne que se sont propagés les éta- blissemens dont il a créé le modèle. [3] Voyez en particulier son écrit intitulé : Beleuchtung einer weltgerichtlichen Frage anunsern Zeifgeist.; Berne, 1830,in-8. [4] Polilische Armen-OEhonomie; Leipzig, 1782. [5] Von Versorgung der Armen ; Nurcnberg, 1699. [6] Von Verpflegung der Armen; Berlin, 1715. [7] Wohlmeinende Gedanken, etc. ; Dresde, 1722. Ueber Anriclilung allerhand Armenhœuser, etc.; Ulm Stetlin 1759. [8] Vorstellung von Versorgung der Armen; léna, 1722. [9] Dissertatio, etc. circà curam pauperum, etc.; Gœttin- gue, 1619. en les invitant à féconder les vues de la providence sur l’humanité, à concourir de tous leurs moyens à cette rénovation qu’il invoque, rénovation qui sera fondée sur la triple éducation du travail, delà reli- gion, de l’instruction, et à laquelle il s’est consacré lui-même. Une sollicitude bienveillante pour les intérêts du pauvre, a inspiré en général ceux des écrivains aile mands qui ont traité du régime des secours publics. Un petit nombre d’entre eux, parmi lesquels on pourrait citer Preuschen [4], Boehmer, ont envisagé ce sujet sous le rapport des considérations politi- ques ; les autres se montrent presque exclusivement préoccupés du désirée soulager les maux de l’hu- inanilé : c’était encore servir la société dans l’un de ses intérêts les plus essentiels. Une longue et hono- rable succession de philanthropes pénétrés decesen liment, ont ainsi entretenu et perpétué le feu sacré. O11 aime à les voir se transmettre la touchante mis- sion d’appeler la sympathie générale en faveur de l’infortune : Feuerlin [5], Porst [6], Marcperger [7], Lindstedl[8j, Bluhme [9], Grabe [10], Ilildebrandt [11], Lorrier [t2], Fork [13], Schelle [14], Blisch etSchro* der [15], Wilke [te], Raufft [17], pendant le cours du siècle dernier, viennent tour-à-tour la remplir. C’est une sorte de concert prolongé de vœux qui, de tou- tes les parties de l’empire Germanique, recomman- dent l’art de la bienfaisance; c’est une recherche persévérante des moyens de le servir, (pii honore la nature humaine, et qui répand la chaleur avec la lumière. Les noms de ceux (pii y ont coopéré ne doi- vent point être livrés à l’oubli : qu’on nous permette de les rappeler à la reconnaissance publique! L’utilité des établissemens publics de bienfai- sance a, cependant, été mise en doute par quelques écrivains. D’autres, et plus nombreux, en ont fait l’apologie. Slieff [is], Drumann [19J, ont posé le problème relativement à l’intérêt de l’état [20]. Ber- [10] Auf munterung zur Versorgung d. A ; Nord llausen, 1766. [11] Auf welche Weise aile Armen, etc.; Francfort et Leip- zig, 1766. [12] Sammlung von Verfügungen ,etc. ; Breslau, 1779. [13] Programm zur Empfehlung,etc.; Vienne, 1783. [14] l cher die Mildlhœligkeit ,etc.; Salzbourg, 1785. Deux ouvrages sous le même titre, publiés à Hambourg, en 1792. [15] Ueber dos Armen mese, etc. [te] Dans deux ouvrages publiés à Halleel à Memtningen, la même année. [17] Versuch iiber Armenp/lege; Fribourg, 1799. [18] A Breslau, en 1768. [19] A Qucdlinbourg, en 1782. [20] Ces graves discussions ont encoreété éclairées, depuis que le présent ouvrage est terminé, par quelques écrits récens, tels, par exemple, que ceux de MM. Diechsel, Antrag Hier das Armemcesen ; Munich. Schmidt, Untersuchungen iiber Bevœlkerung, Arbeitslohn undPauperismus; 1836, Leipzig. Bauer, Die klage iiber zunehmende Ver arm u ng in Deutschland; 1838, Erfurt.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0025.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)