Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![on lui doit cette justice, qu’il y a porté le zèle le {dus pur, et les intentions les plus bienveillantes, dans l’intérêt des malheureux. On regrette que l’auteur, en frappant d’une sorte d’anathème universel toutes les institutions publiques de bienfaisance, érigées jusqu’à ce jour dans les états de l’Europe, n’ait pas proposé un plan exécutable qui puisse leur être sub- stitué, et n’ait pu qu’invoquer l’essor de la charité privée, par un appel éloquent sans doute, mais dont l’efficacité est trop incertaine. Le scepticisme auquel entraînerait la lectin e du traité de la charité légale, ne saurait être décourageant que pour ceux qui s’arrêteraient aux conclusions de l’ouvrage; auprès des autres, il ne sera que l’épreuve de la critique; il provoquera de nouvelles recherches ou de nouvelles améliorations. C’est ainsi que les doutes servent à l’avancement des sciences ; c’est ainsi que les cen- sures, même exagérées, préparent souvent les réfor- mes salutaires [1]. La France s’applaudit et s’honore d’avoir donné le jour à de nouveaux et importans écrits sur les éta- blissemens d’humanité; mais ses écrivains sont en- trés plus tard dans cette carrière, que ceux de l’An- gleterre et de l’Allemagne; leurs travaux offrent moins de suite et d’ensemble; ils ont été en partie conçus sous des influences différentes , et quelque- fois ils ont dû aux circonstances le caractère qui leur est propre. C’est seulement vers la seconde moi- tié du dernier siècle, qu’ils ont commencé à se multiplier. Les écrivains qui, à cette époque, ont répandu un si grand éclat sur la littérature fran- çaise ont eu l’incontestable mérite d’embrasser avec chaleur, de plaider avec éloquence les intérêts géné- raux de l’humanité et la cause du malheur. Ils ont plus d’une fois signalé les abus qui s’étaient intro- duits dans le régime des secours publics; ils en ont invoqué le perfectionnement. A leur voix, la société française s’émut ; l’attention générale fut éveillée ; de vives sympathies furent excitées; l’amour de l’humanité vint prêter aux lettres de nobles inspi- rations; il embellit, épura leurs succès; il leur dut, à son tour, de se faire comprendre et sentir, même dans le séjour du plaisir et du luxe ; par elle , il vint s’associer aux émotions de la scène. Mais, en s’a- dressant ainsi à un monde profane et léger, emprun- tant les formes d’une littérature brillante et quel- quefois frivole, il s’exposa à y perdre cette gravité simple, modeste, sérieuse, qui lui est essentielle; il dégénéra, chez quelques personnes, en une sorte de sensibilité incertaine et vague, où l’imagination peut-être avait plus de part que le cœur. La bienfai- sance devint une sorte de mode, du moins dans le langage. Plus d’un auteur exagéra les abus du pré- sent et du passé ; plus d’un, cédant à des préventions aveugles contre les institutions nées du christia- un témoignage sincère au talent remarquable avec lequel elles sont exposées, et aux scntimens louables qui ont animé M. Naville. [1] Le traité de M. le pasteur Naville a obtenu en 1829 le nisme, n’épargna pas même, dans ces accusations, celles qui étaient destinées au soulagement de l’in- digence. Une école de philosophie, ou du moins une secte qui en prenait le titre, a voulu séculariser la bienfaisance, opposer à l’empire de la charité, un sentiment fondé uniquement sur les sympathies na- turelles ; appeler les créations de la philanthropie, comme un auxiliaire, pour la cause des systèmes dont elle se déclarait l’organe. Trop souvent, l’af- fectation de la philanthropie devint alors un langage de convention, un artifice pour le succès, un moyen de charlatanisme ; et, par là, la vraie philanthropie se décria aux yeux des hommes austères. Cepen- dant, la direction donnée à l’esprit public vers le milieu du xvme siècle, fit éclore plus d’une vue utile, plus d’une entreprise honorable. Pendant une période qui vit s’affaiblir sensiblement la puissance des traditions religieuses, elle put y suppléer en partie chez quelques esprits ; elle entretint du moins un intérêt général pour les établissemens de bien- faisance. Si les motifs dérivèrent d’un ordre moins élevé, l’émulation du bien se maintint; elle s’accrut peut-être, à quelques égards, par le contraste des opinions et par les rivalités qui en étaient la suite ; et telle est en partie, sans doute, la cause qui mul- tiplia bientôt, avec tant de fécondité , les écrits pu- bliés sur ce sujet. Les événemens politiques qui, à l’époque de 1789, en provoquant la réforme de toutes les institutions sociales en France , firent éclore tant de vœux, tant de projets, pour les améliorations utiles, imprimè- rent aussi un nouvel essor aux travaux des amis de l’humanité, ouvrirent de nouvelles perspectives à leurs espérances. Les travaux législatifs firent concevoir des plans aussi vastes que nombreux, sur le régime des secours publics. Plus tard, les vicis- situdes que venaient d’éprouver, pendant une épo- que funeste, la destinée des établissemens publics, excita la sollicitude des gens de bien ; les infortunes privées, occasionnées en si grand nombre par les malheurs publics , ranimèrent dans les âmes, avec une nouvelle énergie, les sympathies pour la souf- france. Le réveil des senlimens religieux est venu à son tour ranimer le feu sacré de la charité. La bien- faisance particulière , en s’exerçant avec un redou- blement de zèle, en donnant le jour à une foule d’associations généreuses, a secondé aussi le déve- loppement de la bienfaisance publique, en a préparé, aidé, éclairé les opérations. Le funeste divorce qui menaçait de s’introduire entre la charité religieuse et la philanthropie civile, a été prévenu par les efforts et le concert des gens de bien. Pendant que s’opéraient en France ce beau mouvement, celte heureuse régénération des études relatives aux éta- blissemens d’humanité, dont nous avons eu la jouis- suffragede l’Académie française; parmi ses titres de mérite, on doit compter le soin scrupuleux qu’a pris l’auteur d’in- diquer ses sources et l’abondante moisson de matériaux qu'il a rassemblés.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0028.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)