Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![nion publique, ù l’égard des établissemensd’huma- nité, et sur le perfectionnement de leur régime. L’incendie de l’Hôtel-Dieu de Paris, en 1772, avait fait éclore plusieurs mémoires et plans pour la trans- lation et la reconstruction de ce vaste établissement. Ces projets furent mis sous les yeux de Louis xvi, par le baron de Breteuil; ce monaroue, ami des pau- vres lui-même, et qui prenait à cœur tout ce qui pouvait concourir au soulagement de l’infortune, décida que les malades désormais coucheraient seuls; il chargea l’académie des sciences d’examiner tous les documens qui lui avaient été présentés , et de lui en donner son avis. L’académie nomma une commission dans laquelle figuraient les noms les plus illustres dans les sciences [1]. La question s’agrandit aux yeux de ces hommes éminens; ils reconnurent que le régime de l’Hôtel-Dieu se liait au système entier des asiles ouverts par la charité à la souffrance et au malheur, dans la capitale, et par là à l’ensemble des secours publics; «pie les questions soumises à leur examen se rattachaient à des principes généraux, à des notions théoriques qui n’étaient pas encore suffisamment déterminées ; qu’elles avaient besoin d’être éclairées par les leçons d’une expérience dont les élémens n’étaient point encore rassemblés. Des investigations furent entre- prises, des recherches furent faites dans l’Europe entière, une correspondance fut établie. Les mémoi- res de Tenon, sur les hôpitaux de Paris, si juste- ment célèbres, furent le premier fruit de ce travail. Malheureusement, lesévénemens qui survinrent, la suppression de l’Académie, la mort de Tenon, ne permirent pas de le continuer, le public a été privé de la suite qui avait été promise, et qui devait offrir des rapprochemens du plus haut intérêt [2]. Ces mé- moires où se trouvent tracés des tableaux si doulou- reux et des faits si instructifs, ces mémoires, quoi- que incomplets, quoique exécutés en vue d’un établissement spécial, et de circonstances passa- gères, sont un des tributs les plus précieux que la science ait apportés au soulagement de l’humanité souffrante. Avec ce beau travail, exécuté au nom de l’Académie des sciences, concoururent plusieurs écrits particuliers. On distingua, dans leur nombre, XAbrégé historique des hôpitaux, par l’abbé de Récalde [3], et le Traité de l'abus des hôpitaux, par [1] Ces commissaires étaient MM. Delà fosse, Daubenton, Tenon , Bailly, Lavoisier, Delaplace, Coulomb, Darcet. « Jamais sujet 11e lut plus digne de fixer l’attention d’une société savante », dit justement Tenon ( préface du mémoire sur les hôpitaux de Paris, page 8). [2] L’auteur du présent ouvrage a longtemps cl inutile- ment cherché à découvrir ce qu’était devenue la collection des documens rassemblés par la commission de l’Académie des sciences, et qui devaient servir à composer le deuxième volume. Il vient de découvrir enfin que douze cartons ren- fermant ces documens existent ignorés dans l’un des dépôts de la Bibliothèque Royale. Il espère pouvoir les explorer et alors indiquer l’utilité qu’on pourrait encore en retirer. le même auteur [4]. Tous deux renferment des faits curieux sur les institutions hospitalièresde la France; le dernier indique quelques-unes des réformes dont le besoin se faisait sentir. Alors s’ouvrait, sous d’heureux auspices, cette Assemblée constituante, où se réunissaient tant de généreux caractères, où brillaient tant de lumières et de talens. Appelée à l’auguste mission de régéné- rer les institutions sociales, elle promettait de con- sacrer tous les droits, de satisfaire à tous les intérêts de l’humanité. Les droits et les intérêts du malheur durent occuper ses premières pensées; elle forma dans son sein un comité spécialement chargé de lui présenter un système entier de secours publics [5]. Organe de ce comité, le duc de Larochefoueaull- Liancourt, par les rapports qu’il a présentés, et aux- quels lui-même a pris la part principale, s’est acquis l’une des gloires les plus pures et les plus douces dont il soit accordé à l’homme de jouir. Cet immense travail a été suivi, pendant plusieurs années, par les hommes distingués auxquels il avait été confié [6], avec autant de zèle et de sagacité que de persévé- rance. Placé dans la situation la plus favorable pour rassembler des renseignemens authentiques, le co- mité de mendicité de l’Assemblée constituante s’est livré à une exploration complète de l’état des pau- vres, et du régime des secours publics, sur la sur- face entière de la France ; il a tracé l’histoire de notre législation sur cette matière, signalé les abus de l’ancienne administration, constaté la situation présente des choses , comparé sous plusieurs aspecls cette situation avec celle de l’Angleterre. Ces recher- ches forment la partie expérimentale de son travail Dans sa partie théorique, le comité a exposé des principes sur les droits des pauvres, sur les obliga- tions de la société à leur égard, sur la distinction des vrais et des mauvais pauvres, sur l’étendue et la limite de l’assistance qui leur est due, sur la ré- pression de la mendicité; il a essayé de fonder, pour nous servir de son expression, « les bases constitu- « lionnelles du système général de législation et « d’administration des secours publics. » Ce système méthodique et parfaitement coordonné dans son en- semble, embrasse toutes les branches d’établisse- mens de bienfaisance, trace à chacune des règles, en calcule les moyens, en combine les plans. S’élu- [5] Paris, 1784. [4J Paris, 1786. [5] Décret du 21 mars 1790. [6] Les deux premiers rapports du comité de mendicité furent présentés à l’Assemblée constituante en 1790, les cinq autres en 1791. Ils furent précédés d’un plan général du travail que le comité avait entrepris, et accompagné d’une suite de projets de décrets. Le duc de Liancourt présenta aussi plusieurs rapports sur les visites faites dans les hôpitaux, hospices et maisons de charité de Paris ; sur une nouvelle distribution de se- cours, proposée pour cette capitale, sur rétablissement de la charité maternelle, etc.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0030.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)