Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![concours d’un ouvrage fort recommandable de M. Emile Berès, quia remporté le prix [1]. L’académie des sciences morales et politiques, restaurée depuis peu et animée d’une nouvelle vie , a considéré avec raison comme un des plus beaux domaines qui lui appartiennent, les études relatives aux moyens de prévenir et de soulager les maux de l’humanité; elle les cultive avec une sorte de pré- dilection ; elle provoque aussi, par des concours, les travaux propres à les féconder [2]. Jamais, en France, ces études n’excitèrent une émulation plus remarquable. Plusieurs écrivains, depuis quelques années, en ont exploré les bases, embrassé l’ensemble. M. Frederé a publié son Essai historique et moral sur la pauvreté des nations. M. Tanneguy Duchâtel qui déjà, dans le Globe,avait fait connaître à la France par une analyse pleine de sagacité, la doctrine du docteur Chalmer, a consi- déré la charité dans ses rapports avec l’état moral et le bien-être des classes inférieures de la société. On reconnaît quelquefois dans l’auteur un disciple de Chalmers; on désirerait qu’il n’eût pas envisagé la France sous le prisme des institutions et des théo- ries anglaises; mais on reconnaît aussi en lui un économiste d’un mérite supérieur, un écrivain qui réunit la concision à la clarté , un ami sincère de la vérité et du bien public. A l’étude de l’économie po- litique. M. le vicomte Alban de Villeneuve Barge- mont a jointune longue pratiquede l’administration, dans des fonctions qui lui permettaient d’observer de près la marche des établissemens charitables. Vivement prévenu contre les doctrines qu’il désigne sous la dénomination à'économie politique anglaise, il a voulu y opposer celle qu’il appelle unz économie politique chrétienne [s]. II s’est alarmé du rapide essor de l’industrie manufacturière; il a craint l’excès de la production ; il s’est élevé contre la ten- [1] Voyez le rapport fait à cette société dans l’assemblée générale du 3 mai 1835. M. Emile Berès était déjà avantageusement connu par un écrit sur les causes du malaise industriel et commer- cial de la France, couronné en 1832, par la société indus- trielle de la France. [2] Le prix quinquennal de 5000 fr. proposé par M. le baron Félix de Beaujour a pour objet la question sui- vante : « Déterminer en quoi consiste et par quels signes se ina- « ni teste la misère en divers pays; «Rechercher les causes qui la produisent.» Il déviait etie décerné en 1837, mais l’académie a pro- rogé le concours jusqu’en 1839. [5] Paris, 3 vol. in-8°, 1834. M Fn ouv rage étendu, systématique, consciencieux, in- spiré par le même sentiment, conçu à quelques égards dans les mêmes vues, avait été entrepris par feu le duc Mathieu de Montmorency; cet homme de bien y avait travaillé pen- dant plusieurs années avec beaucoup de zèle; il avait ras- semblé de nombreux matériaux; il avait même déjà tracé plusieurs chapitres; il y discutait les questions fondamen- tales qui occupeut aujourd’hui si vivement les esprits sur dance qui restreindrait le domaine de l’économie publique à une simple arithmétique, et à des règle- mens matériels. Parcourant, dans toutes ses bran- ches, le système de nos établissemens d’humanité, il a rappelé ce qu’ils doivent aux inspirations de la charité religieuse; il a invoqué la même puissance pour les vivifier elles perfectionner encore. Écrivant lui-même sous l’empire du sentiment dont il retra- çait les œuvres, il s’en est rendu le fidèle inter- prête [4]. C’est ainsi à l’économie politique, que M. le baron de Morogues, dans ses laborieuses in- vestigations [5], a demandé la solution des graves problèmes qui se rattachent à ce qu’on nomme au- jourd’hui le paupérisme. Savant et habile agronome, il apporte de nouveanx sujets de terreur aux écono- mistes qu’inquiètent les progrès de la grande exploi- tation industrielle, et l’influence exercée par les grandes villes ; il fortifie ces craintes par une foule de tableaux de statistique , par l’appareil de calculs multipliés. Attribuant essentiellement le paupérisme à l’inégalité dans la répartition de la richesse, il voit croître le mal avec la disproportion des fortunes. Il fait toutefois une juste part aux effets de la dépra- vation des mœurs : il peint avec complaisance les avantages moraux de la petite propriété. M. Bouvier- Dumolard [6], et quelques autres écrivains, se sont efforcés de découvrir les causes de l’inquiétude qui agite la classe des prolétaires, et d’apprécier les dangers qui en peuvent être la suite. L’auteur de la politique des intérêts^ 7] a proposé des vues sages pour améliorer le sort des travailleurs. D’autres, remontant jusqu’aux notions fondamentales de la propriété, jusqu’aux principes de l’organisation du travail, ont accusé les institutions sociales, des maux qui affligent la classe indigente , ils ont invo- qué la réforme de ces institutions, pour assurer le bien-être de tous par une nouvelle distribution ces matières. Ayant interrompu ce travail, lorsqu’il fut ap- pelé aux affaires publiques, il l’a laissé imparfait, et, par son testament, il a légué son manuscrit et ses notes à l’au- teur du présent ouvrage. Le légataire n'a pas cru pouvoir mieux satisfaire à la dette que lui imposait ce témoignage d’amitié, qu’en offrant à la société des établissemens charita- bles les pages tracées par un homme vertueux, qui lui-même avait consacré sa vie aux œuvres de la charité privée, comme à l’administration des établissemens de bienfaisance. La société des établissemens charitables conserve avec vénéra- tion dans ses archives ce précieux dépôt, prête à le commu- niquer à ceux qui désireront le consulter; elle en a publié elle-même quelques fragmens (tome m, n° 3, pag. 193). L auteur y a souvent puisé avec une émotion mêlée de re- grets, d affection, de respect; en s’instruisant par cette lec- ture, il a trouvé dans les senlimens qui y respirent un nou- vel aliment pour les intentions qui lui ont dicté son propre travail. [5] Du paupérisme, de la mendicité et des moyens d’en prévenir les funestes effets, etc. Paris, 1834. [6] Des ca uses du malaise qui se fuit sentir en France etc Paris. 1834. [7] Paris, 1834.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0033.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)