Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![l’Ecosse; il discute les droits de l’indigent; il com- pare la situation du riche et celle du pauvre, pour assigner les rapports qui doivent exister entre ces deux classes de la société. Il s’applique à distinguer la pauvreté proprement dite, du paupérisme, en signalant les fâcheux effets de l’erreur qui confond souvent l’une avec l’autre. Nous ne pouvons mieux terminer, que par ce passage de son livre [t], l’a- perçu que nous venons d’esquisser : «Les termes de pauvreté et de paupérisme ont acquis graduelle- ment, dit-il, une valeur distincte par suite des pro- grès qu’a obtenus cet ordre de connaissances; la distinction est relative aux mœurs et aux dispositions des indigens. Le paupérisme se rapporte à cette classe de misérables, la plus abjecte et la plus dé- gradée, que le vice a le plus souvent conduite à la misère, et qui croupit encore dans le vice ; la pau- vreté n’exprime que des nécessités réelles, qui sou- vent s'allient à un caractère eslimable et même quelquefois à de hautes vertus. Ces deux classes d’indigens diffèrent essentiellement entre elles; l’abus qu’on fait du terme de paupérisme tend aies confondre; cette confusion est une injustice, et produit des maux considérables sous le rapport mo- ral. En traitant également tous les indigens, comme s’ils étaient tous vicieux, on s’expose à leur faire contracter à tous ces funestes habitudes ; laissons au paupérisme le sens par lequel il désigne les gens qui préfèrent être nourris par l’aumône, à la sub- sistance qu’ils pourraient acquérir par leur travail. C’est dans ce sens, mais dans ce sens seulement, qu’il doit être considéré comme un véritable fléau pour ceux qui l’éprouvent, comme pour la société entière. Mais 11e l’appliquons point à cette pauvreté digne à-la-fois d’une estime profonde et d’un tendre intérêt, qui se produit au milieu de nous par des re- vers non mérités. Ses droits sont sacrés, et dans les exemples de vertu et de piété qu’elle donne, se re- trouve le centuple de ce qu’elle a reçu de nous. » Nous avons du nous borner à indiquer seulement ici les ouvrages généraux, les collections principales qui s’étendent sur le système entier des études rela- tives à la bienfaisance publique. Les ouvrages spé- ciaux, relatifs à certaines questions déterminées, à certains genres d’établissemens, à certains projets, passeront sous nos yeux dans le cours de l’écrit que nous entreprenons , et seront indiqués à leur place. Plusieurs de ceux qui viennent d’être nom- més se trouveront cités aussi de nouveau, plus en détail, lorsque nous aurons occasion de traiter les sujets sur lesquels ils se sont plus particulièrement étendus. Mais il était utile d’embrasser d’abord dans [1] Voyez l’ouvrage ci-dessus cité, 2e partie, lettre 4, [2] Nous aurons commis, sans doute, plus d’une omission, même relativement à des écrits recommandables; on nous excusera en pensant que, malgré nos recherches, souvent nous n’avons pu nous les procurer, ni même en avoir con- naissance. [3] L’auteur aime à témoigner ici les nombreuses obliga- une même perspective des productions qui, nées à diverses époques, dans différentes contrées, se dirigent essentiellement au même but, et se lient par d’étroits rapports. Nous ne nous sommes point proposé, comme on le comprend bien, de présenter ici une nomenclature bibliographique [2], un catalo- gue, que nous eussions craint de ne pouvoir rendre plus exacts, et qui n’auraient eu qu’une médiocre utilité. Nous avons désiré indiquer à ceux qui nous suivront dans la carrière, et qui certainement feront beaucoup mieux que nous, les sources auxquelles ils pourront puiser avec avantage [3]. Nous nous sommes fait un devoir d’exprimer notre profonde gratitude envers tant de gens de bien, tant d’hommes éclairés et laborieux qui, par leurs écrits, ont servi la cause sacrée de la bienfaisance. Nous avons espéré recom- mander aussi leur mémoire à la reconnaissance de la postérité. Nous avons voulu essayer de montrer qu’elle a été la marche de ces études, la direction qu’elles ont suivie, les résultats principaux qu’elles ont produks, l’état dans lequel, à la suite de ces nombreux travaux, se trouve aujourd’hui la science, les trésors qui lui sont acquis , les besoins qu’elle éprouve encore. On nepeutseledissimuler, en effet; ces besoins sont considérables. Du nombre, et même de la variété des travaux qui ont vu le jour, est résultée une diver- gence d’opinions, une contrariété de systèmes , qui jettent de la confusion dans quelques esprits, qui font éprouver à quelques autres le découragement du scepticisme. L’art de la bienfaisance qui, au pre- mier coup d’œil, paraît si simple dans ses principes, si facile dans ses applications , a fait surgir les pro- blèmes les plus compliqués. A mesure qu’on est re- monté aux premiers principes, ces problèmes sont devenus toujours plus ardus. Les dissentimens reli- gieux , les opinions politiques s’en sont emparés , et par là , en les détournant trop souvent du vrai but, en ont encore accru la gravité. Les fondemens de l’organisation sociaîeontété mis eux-mêmes en ques- tion à ce sujet; la guerre du pauvre contre le riche a pu en quelques momens paraître imminente, les manifestes qui l’annonçaient ont accru, avec l’agi- tation des esprits, l’importance naturelle que ces études ont, par elles-mêmes, aux yeux des amis de l’humanité. Une angoisse douloureuse s’est fait sen- tir à l’âme des gens de bien ; un sombre nuage a semblé s’élever dans l’horizon, et porter dans son sein de terribles orages. On a cru voir le fléau du paupé- risme se répandre sur la société humaine, la mena- cer de ses ravages. O11 s’est demandé d'un côté, si la pratique de la bienfaisance ne concourt pas à lions qu’il .1 contractées vis-à-vis plusieurs de ses amis, en France et dans l’étranger, pour les indications, les commu- nications, les dons nombreux qu’il en a reçus. Il est surtout redevable des plus précieuses communications à son hono- rable et généreux ami M. Benjamin Delessert qui a bien voulu mettre à sa disposition la bibliothèque la plus riche en ouvrages et en documenssur ces matières.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0036.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)