Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
Licence: Public Domain Mark
Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
38/552
![yeux, de l’étude des faits, et préside à toutes les vues qui ont pour objet les établissemens d’humanité : c’est qu’à la morale est réservé le beau privilège de fonder , de conserver, de perfectionner toutes les institulions humaines; c’est qu’il lui appartient émi- nemment aussi, et de prévenir les causes de l’indi- gence, et d’en adoucir les douleurs; c’est qu’il lui est surtout donné d’établir entre le riche et le pau- vre, des relations également utiles pour tous deux. La morale publique devient ainsi l’âme de la bien- faisance sociale, comme la vertu est l’inspiration de la charité privée. L’auguste alliance de la morale et de la bienfaisance est la pensée qui, dans notre esprit, éclaire, résume, domine le sujet tout entier; elle a guidé nos travaux, animé notre zèle, soutenu nos forces, fondé nos espérances. Nous avons emprunté d’abondantes lumières aux écrits de ceux qui nous ont précédés ; en exprimant fidèlement, à chaque pas, les secours que nous leur devons, nous satisferons à un besoin , autant qu’à une obligation; mais nous ne pourrions , comme on le voit, nous ranger sous la bannière d’aucun sys- tème; les opinions que nous venons d’annoncer , et que nous essaierons de justifier, nous traçaient une direction essentiellement différente. C’est surtout dans l’étude du passé, du présent, que nous avons cherché les règles pour l’avenir. L’indigence, considérée comme un phénomène social, moral et économique tout ensemble, a dû attirer d’abord nos regards. Nous en examinons la nature, les élémens, les degrés, les formes diverses; ces considérations nous conduisent à déterminer les obligations et les droits qui en dérivent. Après avoir établi les faits, nous remontons à leurs causes plus ou moins immédiates ou lointaines. Les moyens de prévenir l’indigence, dans ses sources se présentent naturellement ensuite à notre attention ; nous les demandons principalement à l’é- ducation des pauvres, aux institutions de prévoyance, au travail; mais, par-dessus tout, aux bonnes mœurs. Cependant tous les maux de l’indigence ne peu- vent, à beaucoup près, être prévenus d’avance ; il en restera toujours d’aussi graves que nombreux à soulager. Nous parcourons donc ensuite successive- ment les divers ordres de remèdes qui peuvent être opposés aux divers genres de misère : un régime de réformation pour les mendians ; l’hospitalité pour les malades et les infirmes ; les secours à domicile pour les malheureux qui ont encore un asile, et aux- quels il emporte de le conserver. Après avoir visité tour-à-tour les établissemens publics fondés dans le double but, ou de prévenir ou de soulager la misère, en avoir examiné le ré- gime intérieur, les détails, les besoins, il reste à en- visager l’ensemble des directions générales qui gou- vernent le système entier des secours publics, la [1] L’auteur regrette de n’avoir pu employer qu’une par- tie des matériaux qu’il avait à sa disposition. 11 lui eût fallu étendre indéfiniment cet ouvrage, s’il eût voulu enlrepren- part qu’y doit prendre le législateur, la mission qu’a reçue l’administration publique, les rapports qui doivent exister entre la bienfaisance sociale et la cha- rité privée. Dans ce point de vue se résument et se complètent les études précédentes; il en applique les conséquences. Telles sont les quatre divisions qui se sont, comme d’elles-mêmes, partagé l’écrit qu’on va lire, et qui en forment le plan. En traçant cet écrit, nous avons constamment cherché, dans le bien qui a été fait, les moyens d’accomplir celui qui reste à faire en- core. Nous nous sommes attachés à recueillir les le- çons de l’expérience; nous n’avons rien négligé pour nous instruire à cette grande école ; nous avons, pendant un grand nombre d’années , interrogé avec soin, et l’histoire du passé, et les choses présentes ; nous avons tâché de voir, par nos propres yeux, au- tant qu’il nous a été possible. Nous n’avons négligé aucun des documens que nous avons pu nous pro- curer; nous avons mis un soin scrupuleux à faire connaître au lecteur les sources auxquelles nous avons puisé les témoignages que nous avons con- sultés. Nous devons en prévenir le lecteur ; il se mépren- drait si, dans le résultat de ces explorations, il cher- chait des tableaux statistiques qu’il n’était ni dans notre intention, ni en notre pouvoir de lui offrir. 11 verra par la suite que , dans l’état présent des choses, les travaux statistiques ne promettent pas beaucoup de données exactes, certaines, et surtout de données comparables, relativement aux questions qui vont être traitées. Pour devenir véritablement utiles, ils exigeraient plus qu’il n’est possible, en ce moment, à un seul homme, d’accomplir. Les faits que nous avons cités seront produits ici seulement à titre d’exemples, et, sous ce rapport, nous en espé- rons une véritable utilité [1]. Nous remonterons au- tant qu’il est en nous à l’origine des institutions; nous indiquerons dans quel esprit elles ont été con- çues, dirigées; quelles critiques elles ont éprouvées, quels obstacles elles ont rencontrés, quels succès elles ont obtenus, comment quelquefois elles ont pu s’écarter de leur but. En s’instruisant par la vue des bons modèles, on se sent animé aussi d’une émula- tion plus vive; on éprouve une nouvelle confiance ; c’est ainsi que s’établissent les sages théories, celles qui deviennent applicables. Le bien-être de la classe laborieuse de la société est, pour l’humanité, un intérêt immense , et qui ne saurait être acheté à un prix trop élevé. Découvrir les moyens d’accroître ce bien-être, d’affranchir cette classe intéressante et si nombreuse des maux qui la menacent, de soulager du moins ses souffrances lorsqu’elles sont inévitables, est un vœu ardent pour toutes les âmes généreuses. Nous nous y associons de toute notre âme; nous nous sommes dévoués à dre une exposition complète des laits qui y sont consignés; il a dû se borner à ceux qui lui ont paru les plus instructifs, ou qui étaient le moins connus, particulièrement en b rance.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0038.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)