Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![ques soins qui leur sont propres et qui, jus- qu’à ce jour, n’ont peut-être pas été assez re- marqués. Les aveugles dont l’éducation a été négligée conçoivent plus facilement des soupçons, sont plus particulièrement enclins à la défiance, parce qu’ils sont plus exposés à être trompés ; une humeur chagrine et morose s’empare faci- lement d’eux; ils s’abandonnent trop souvent au penchant de l’envie. Ce danger existe surtout pour les aveugles pauvres, parce qu’ils éprou- vent un plus grand isolement, une dépendance plus sensible. 11 est nécessaire de le combattre de bonne heure, en leur faisant goûter les af- fections généreuses. On découvrira alors, avec satisfaction , à quel point ils en sont capables. Leur tristesse habituelle pourra se dissiper, même au sein de la pauvreté; il y aura pour eux encore du bonheur sur la terre [1]. Les re- lations sociales, le commerce des gens de bien, la vie de famille, le travail, quelques distrac- tions douces et innocentes, composeront le ré- gime propre à prévenir ces maladies de l’âme , à rendre à l’aveugle la sérénité d’esprit au milieu des sombres nuages qui l’environnent. Maintenons avec soin , pour l’éducation spé- ciale nécessaire aux jeunes aveugles , des insti- tuts modèles , où cette éducation soit perfec- tionnée de jour en jour ; multiplions aussi les instituts secondaires qui donneront aux pre- [1] Un jour l’auteur de cet écrit accompagnait dans une visite aux Quinze - Vingts, dont il était alors gou- verneur, une jeune princesse, qui, à cette époque, jouissait de tous les dons de la fortune. En abordant une aveugle septuagénaire, dans sa petite cellule, elle lui témoigna l’intérêt que lui inspirait une situation aussi malheureuse. — « Moi, répondit l’aveugle, mais je suis miers toute leur utilité , qui satisferont aux be- soins de cette classe d’infortunés sur les diffé- rons points du territoire. Les pensions de ceux dont les familles peuvent en faire les frais , le produit du travail des autres, allégeront cette dépense; elle créera d’ailleurs une nouvelle source d’activité utile à la société, comme aux aveugles eux-mêmes. Mais ce n’est point encore assez faire : l’a- veugle pauvre en bas âge, qui n’a point encore quitté sa famille, celui qui y rentre en sortant de l’institut, à plus forte raison celui qui, encore dans l’adolescence, ne peut être admis dans un institut, doivent être pour nous l’objet d’une tendre et vive sollicitude. Le patronage indivi- duel des gens de bien aura pour eux un prix de plus, à raison de leur situation. On tâchera de les rapprocher des personnes dont le commerce pourra leur être le plus utile. Nous aimerions à voir les jeunes aveugles vivre dans la compa- gnie des vieillards. La vie des vieillards aussi est sédentaire; moins occupés, ils peuvent plus aisément s’entretenir avec eux; instruits par l’expérience, ils rendront ces entretiens plus fructueux. Le vieillard, en guidant l’aveugle, se réjouira de rendre encore un service. Ce que nous disons du vieillard s’applique aussi à l’infirme. L’aveugle , à son tour, pourra obliger d’autres infortunés. Voilà pour lui une compensation d’un grand prix. heureuse. » — « Heureuse! » — « Oui, vraiment, heu- reuse. Rien ne me manque ici; on a pour moi tous les soins, tous les égards; je travaille. » Elle eût pu ajouter, ce qu’elle ne dit pas, qu’elle trouvait encore le moyen de faire de bonnes actions. Toutes les personnes présentes furent stupéfaites de surprise, et avouèrent qu’aucune d’elles ne pourrait faire la même réponse que l’aveugle.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0519.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


