Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![jours les enfans y sont soumis à une discipline régulière, à une serveillance continue et active : l’émulation les anime, diverses espèces de re- compenses les encouragent. La première idée de ce genre d’institutions paraît être née en Angleterre; elle s’y est pro- duite à une époque où l’industrie manufactu- rière n’avait point encore pris, dans cette île, l’essor qui depuis a eu un si prodigieux déve- loppement. Les écoles d’industrie y furent, dès l’origine de la législation sur les pauvres, consi- dérées comme un des préservatifs les plus utiles contre la mendicité et l’indigence. Lord Haie, dans un traité publié vers la moitié du xvne siècle [1], en recherchant les améliorations qui pourraient être apportées à la célèbre loi de la reine Elisabeth sur les pauvres, proposa d’éta- blir dans chaque paroisse une maison d’indus- trie, où les enfans seraient instruits en divers genres de travaux. Les juges de paix devaient choisir un maître, dont les fonctions dureraient au moins trois ans, dont le salaire serait pris sur les revenus de ladite maison ou sur le pro- duit de son travail. Deux inspecteurs devaient surveiller la distribution et l’emploi des matières premières, recevoir par mois ou par quartier les comptes rendus par le maître soit en matières soit en deniers. Peu de temps après, Firmin [2] faisait remar- quer aussi que u si une paroisse qui abonde en pau- « vres prenait le parti d’établir une école d’in- *£ dustrie, pour montrer à travailler aux enfans u pauvres qui errent dans les paroisses, mènent u une vie misérable et passent leur temps à men- « dier et à voler, il en résulterait bientôt de «t grands avantages, non-seulement pour les en~ « fans, mais pour les parens eux-mêmes.» Il ajoute qu’il y a des exemples de ce qu’il propose au- tour de lui ; que, d’après ce qu’il a entendu dire, cela se pratique dans d'autres pays avec tant de fruit, qu’il y a peu d’enfans de 7 à 8 ans qui soient à charge à la paroisse ou à leurs parens. Il voudrait qu’on occupât les enfans non-seule- ment à la filature du chanvre et de la laine, mais aussi au tricot, au dévidage de la soie, aux ou- vrages en dentelle ou à l’aiguille , et à beaucoup d’autres de la même espèce. [1] Ce traité est cité avec de grands éloges par Tho- mas Ruggles, dans son Histoire des pauvres (lettre vi<-); l’exemplaire qu’il en possédait, ne portait pas de date; mais il fait remarquer que Lord Haie étant mort en 1676, l’ouvrage est nécessairement antérieur à cette Le même projeta été reproduit, peu de temps après, par un philosophe illustre qu’on est peu accoutumé à ranger parmi les promoteurs des établissemens de charité, mais dont on connaît les judicieux travaux sur l’économie politique, par Locke [3]. «t La multiplicité des pauvres, et u l’augmentation de la taxe qu’exige leur entre- « tien (c’est Locke qui parle), fixent tellement « les regards et excitent tant de réclamations, « que l’on ne peut douter que ce ne soit un grand « lléau pour la nation. Ce fardeau s’est appesanti <t sur le royaume entier depuis plusieurs années, « et les deux règnes précédens l’ont supporté u comme celui-ci. En examinant les causes de u ce mal, on reconnaîtra, nous aimons à le croire, «t qu’elles n’ont procédé, ni de la rareté des pro- « visions, ni d’un manque d’occupation pour les •t pauvres. L’accroissement du nombre des pau- u vres ne peut donc provenir que d’un manque «t de discipline et de la corruption des mœurs, «t La vertu et l’industrie sont toujours compa- <c gnesde l’ordre, et la paresse ainsi que la dé- « hanche sont toujours compagnes de l’immo- « ralité. » Ces paroles d’un observateur aussi habile, d’un philosophe, d’un économiste aussi distin- gué, sont précieuses à recueillir; elles jettent une vive lumière sur les causes de l’indigence ; elles montrent que ce n'est point d’aujourd’hui que le fléau de la misère pèse sur la société; nous y retrouvons, à un siècle et demi de dis- tance, les mêmes considérations qui nous ont frappés nous-mêmes, en étudiant les faits dont nous sommes témoins. Locke, d’ailleurs, avait eu une mission spé- ciale pour rechercher ceux qui existaient de son temps, «i 11 était placé, comme ledit Thomas « Ruggles, dans une situation convenable pour «t recueillir les documcns nécessaires sur une «t matière aussi importante ; il y a employé toute »< l’étendue de ses facultés, et l'a environnée de «1 tout l’éclat de ses lumières. » Les clameurs qu’excitaient le nombre des pauvres et la taxe imposée pour venir à leur secours avaient fixé l’attention du parlement. La chambre des com- munes chargea les commissaires du bureau du commerce de rechercher les causes et les re- époque.— [2] Par deux lettres publiées en 1678 et 1681. [3] Dans l'introduction du présent ouvrage, nous avons eu déjà l'occasion d’indiquer cette intéressante circonstance comme l’un des faits les plus curieux de l’histoire des établissemens d’humanité.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0525.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


