Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![modes. Locke, l’un d'entre eux , cl secrétaire de ce bureau , fut chargé, eu cette qualité, du tra- vail et du rapport qui fut mis sous les yeux des grands juges du royaume. Il établit comme fait, que « plus de la moitié des pauvres qui rece- « vaient alors des aumônes gratuites, étaient en u état de travailler. » L’un des principaux moyens qu’il propose est l’établissement, dans chaque paroisse, d’une école de travail. « Les « enfans des pauvres, depuis l’âge de 5 ans jus- « qu’à I L seraient logés, nourris, entretenus, et <i mis à l’ouvrage dans cette école. Les ouvriers u de métier, habitans dans le comté, seraient u tenus de prendre en apprentissage la moitié de <c ces enfans et de les garder jusqu’à l’âge de u 25 ans; les propriétaires de ferme et les for- te miers devraient prendre le reste , en la même « qualité et pour le même temps. » Locke cal- culait que les travaux de ces enfans, jusqu’à l’âge de 12 ans , couvriraient, la dépense qu’ils auraient occasionnée à l’école. Ce projet fut ré- digé en forme de bill, et présenté au parlement en 1705, mais il ne fut pas adopté [i]. Le mémoire de Lockeétait resté dans l’oubli; cependant plusieurs écrivains estimables avaient, en Angleterre, pendant le cours du xvne siècle, insisté sur l’utilité des écoles d'industrie. Dans leur nombre on remarque Richard Lloyd, qui coordonnait ces établissemens avec les écoles d’instruction intellectuelle et avec les écoles du dimanche, et qui faisait concourir l’enseigne- ment du travail avec les influences religieuses. Il se fondait sur cette réflexion, que les pauvres sont peu en état de bien diriger l’éducation de leurs propres enfans; que ces enfans sont bien mieux élevés dans de grands établissemens, sous une commune discipline. Il paraît cependant qu’à cette époque une in- stitution si vivement recommandée n’avaitencore été réalisée avec une étendue considérable que dans le comté de Lincolnshirc. On est frappé de voir que les mêmes vues se sont encore présentées à la pensée d’un grand homme d’état, du délèbre Pitt [2], qui avait fait aussi une sérieuse étude des moyens de prévenir l’indigence, parce qu’il y voyait un intérêt du premier rang pour la prospérité sociale, et pour l’ordre public. Le premier article, en effet, du plan qu’il présenta au parlement, en 179G, sous [1] On trouve cet extrait du rapport de Locke, dans l’ouvrage de Sir Morton Eden, intitulé : État des pau- vres, etc., 3 vol. in-4<>., Londres, 1797. Livre Ie'-, chapi- le litre de Bill pour améliorer l'assistance et l'entretien des pauvres, avait pour objet rétablis- sement d'une école de travail, dans chaque pa- roisse ou dans chaque district incorporé, dans l'intention d'instruire les enfans au travail. La liberté eut été laissée aux paroisses d’entretenir leurs pauvres dans les écoles de travail, de les y loger ou de ne les y tenir que pendant les heu- res de travail, et alors de les y nourrir, ou de leur donner de l’ouvrage dans leurs maisons; de profiter d’une partie du gain obtenu, pour diminuer d’autant la somme des secours, sauf à donner des récompenses à ceux qui auraient été ainsi employés. Les administrateurs des se- cours publics, dans les paroisses, eussent été chargés d’instituer ces écoles et de les diriger; ils les auraient approvisionnées de matières pre- mières et d’ustensiles. Tout pauvre en état de travailler, et refusant de venir à ces écoles, eut, perdu les droits aux secours publics. Les parens chargés d’enfans en bas-âge, et comme tels ad- mis aux secours publics, auraient été tenus d’en- voyer leurs enfans à l’école de travail, dès l’âge de 5 ans, pour y être instruits et entretenus. D’après le réglement, les pères et mères qui auraient voulu garder leurs enfans chez eux, auraient été astreints à les élever et à les em- ployer suivant la prescription des administra- teurs ; à cette condition ils auraient été assistés jusqu’à ce que ces enfans fussent en état de ga- gner leur vie. Une partie du gain des enfans eut été réservée pour l’école ; des récompenses eus- sent été décernées aux élèves; les enfans pau- vres eussent été, d’ailleurs, placés par les admi- nistrateurs comme domestiques, ou mis en apprentissage aux frais des paroisses. Tel était le plan de Pitt. Diverses objections avaient été dès l’origine opposées à ce système; on craignait sourtout que les écoles d’industrie, formées comme établissemens publics, ne tis- sent naître une concurrence nuisible aux entre- prises privées, qu’elles n’occasionnassent lin en- combrement de produits. Sir Morlou Eden, en particulier, critiqua les vues de Pitt. Il appré- hendait qu’en abondonnant l’éducation indus- trielle des enfans pauvres à la volonté des ofli- ciers de paroisse , l’arbitraire, l’incapacité ne vinssent présider à l’éducation de ces enfans; que leur véritable intérêt fût méconnu; que tre iii. — [2] Sir Morton Eden a donné aussi l’analyse du bill de Pitt. Thomas Ruggles avait coopéré à sa ré- action.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0526.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


