Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![Les cours de l’association industrielle, à Paris, dirent aux élèves adolcscens une instruction technique d’un degréassez élevé et propre à per- fectionner la pratique des arts utiles. On trouve aussi, dans les départemens, quel- ques établissemens qui se proposent pour but l’éducation industrielle des enfans pauvres. C’est ainsi, par exemple, qu’on voit, à Boulogne-sur- Mer, un atelier fondé par des personnes chari- tables, où 1150 à 180 enfans sont occupés à fa- briquer des filets pour la pêche, combinaison qui au mérite marqué de la convenance locale joint l’avantage d’employer les enfans à un tra- vail lucratif et utile à leur santé [i]. On aime surtout à citer l’exemple d’un éta- blissement récent, qui mériterait de servir de modèle, celui qu’a fondé la société industrielle de Nantes. L’école d’apprentis, érigée par cette association, est destinée à élever des enfans pau vrcs, pour en former des ouvriers instruits. Cent élèves environ y sont admis; ils se dirigent vers des professions diverses, cependant le plus grand nombre se destine à celles de menuisier, de mécanicien, de serrurier; ils reçoivent à l’é- cole, outre l’instruction gratuite, du pain, des vêtemens, des encouragemens et des secours pécuniaires au besoin [2]. L’organisation decctte école diffère, à quelques égards, de celle des écoles d’industrie d’Angle- terre, d’Allemagne et d’Italie. Les élèves ne s’oc- cupentpasde travaux mécaniques. Ils sont admis au sortir de l’école primaire; ils se perfection- nent dans l’exercice de l’ccriturc, dans l’étude de la grammaire; ils suivent des cours d’arith- métique et de géométrie élémentaire, spéciale- ment sous le point de vue des applications; ils apprennent surtout à être gens de bien, écono- mes, laborieux, religieux, à respecter les lois de leur pays. Une surveillance continuelle les suit au dehors, comme dans les ateliers. La société intervient dans les contrats d’apprentissage qu’ils passent ensuite avec des chefs; elle veille à l’exé- cution des clauses qui leur sont favorables; elle les prolège jusqu’au moment où ils obtiennent une situation indépendante. On cite des traits touchans de dévoûment et de courage de la part des élèves qu’elle a pris ainsi sous sa tutelle. On désirerait voir cet établissement prendre plus d’extension, eLse reproduire sur d’autres.points de la France. Il est possible que le caractère propre aux en- fans français, plus turbulens et plus mobiles que ceux de l’Allemagne et de l’Angleterre, ait accru les difficultés qu’on a rencontrées pour organi- ser parmi nous des écoles d’industrie. On peut toutefois considérer comme ayant un but ana- logue , puisqu’elles remplissent à-peu-près les mêmes fins, les dispositions bienfaisantes d’un certain nombre de chefs des grandes manufac- tures du Haut et Bas-Rhin, et de quelques autres points de la France, en faveur des enfans de leurs ouvriers : ces enfans sont tour-à-tour em- ployés aux travaux de l’établissement, et occu- pés à une école intérieure, où ils reçoivent l’en- seignement élémentaire. Les écoles d’industrie pour les filles ont, au contraire, en France un succès général, ou plu- tôt elles y sont fort anciennes sous le nom tYou- vroirs. Nous allons, dans un instant, en tracer le tableau séparément, après avoir achevé celui des écoles d’industrie pour les garçons. b De l'organisation convenable pour les écoles d'industrie. En Allemagne même, les écoles d’industrie ont rencontré quelques obstacles à leur origine; et (qui le croirait?) les premiers obstacles pro- vinrent des parens eux-mêmes, qui opposèrent une vive résistance aux bienfaits destinés à leurs enlans : leurs préjugés repoussaient cette inno- vation; ils craignaient de voir l’instruction in- tellectuelle de leurs enfans retardée par le mé- lange des travaux manuels; ils se demandaient a quoi bon imposer à ces enfans une tâche qui ne les dispenserait pas de faire un jour un ap- prentissage régulier. Souvent les enfans eux- mêmes, les garçons du moins, par mollesse, par Irivolité, par goût pour la dissipation , ou par un amour-propre mal-entendu, témoignaient [1] D’abord, il est vrai, les directeurs de cet atelier avaient exclusivement considéré l’intérêt du travail manuel pour les enfans, et ne leur avaient même laissé aucun loisir pour l’éducation intellectuelle; mais celte erreur a été réparée, et les enfans sont pendant quel- ques heures envoyés à l’école. [2] Voyez l’Almanach de la Société industrielle de Sautes, pour l’année 18Ô7. Nous aurons bientôt occa- sion d exposer, avec plus d’étendue et sous un point de vue plus général, les créations de cette société qui nous offriront des exemples nouveaux et dignes d'é- tude.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0531.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


