Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![Jouer un jardin, ou s’entendre avec des proprié- taires ou des fermiers, pour qu’ils consentent à accepter ces jeunes auxiliaires. Quelquefois même on a réussi, par ce moyen, à favoriser quelques améliorations dans les procédés d’ex- ploitation rurale ; l’introduction de quelques cul- tures nouvelles, la destruction de quelques rou- tines pernicieuses ont été obtenues, en faisant exécuter par les enfans ce qu’on n’avait pu per- suader aux parens d’essayer. De semblables annexes se placent si naturel- lement a côté des écoles de village que, dans quelques contrées, elles se sont propagées pres- que généralement. Ainsi, en 1832, par exemple, on comptait dans le seul royaume de Wurtem- berg 46 écoles de jardinage, où s’instruisaient 1869 enfans, dont 732 garçons et 1137 filles; et 266 écoles pour la culture desarbres, où s’instrui- saient 6633 enfans, savoir : 3728 garçons et 927 filles. Il y avait, en outre, un grand nombre d’écoles, où les enfans étaient occupés aux tra- vaux des champs [î]. Jusqu’à ce jour, on s’est peu occupé en France d’associer ainsi dans les écoles villageoises l'in- struction agricole aux autres études; quelques exemples cependant prouvent que, parmi nous, cette amélioration serait aussi facile qu’avanta- geuse. On peut citer, entre autres, celui qu’a donné >1. Floss, curé à Bouconville (Moselle), qui, par ses seuls moyens, a formé sur une pièce de terre accordée à cet effet par le maire, une exploitation rurale pour les enfans de ses pauvres. Une expérience de vingt ans atteste les heureux effets de celte institution sur le carac- tère des enfans et sur l’industrie locale [2]. Le même exemple avait été donné aussi, au Ban de la Roche, par le vénérable Oberlin, à qui l'on doit tant d’autres bonnes œuvres. Sans doute, à la campagne, les parens, lors- qu’ils sont eux-mêmes cultivateurs, peuvent oc- cuper leurs enfans et les employer dans leurs propres travaux, souvent même ils les réclament pour en tirer ce secours ; mais, il y a cette diffé- rence que l’école rurale, loin de détourner les enfans de l’école d’instruction, les y ramène, s’y associe, et se trouve soumise à la même discipline, [1] Voyez les comptes rendus par la direction cen- trale de la Société de bienfaisance du royaume de Wur- temberg pour l’année 1852, § 9. [2] Voyez le Bulletin de In société pour l'instruc- tion élémentaire. Août, 1852, p.229. [3] Voyez en particulier les notices qui ont été pu- dirigée dans le même esprit; que le travail lui- même devient, dans l’école rurale, un moyen pour donner aux enfans des notions 11 tiles, pour former leur caractère et leurs habitudes. Les parens pauvres ne peuvent guère d’ailleurs procurer a leurs enfans, dans les champs, que des occupa- tions qui leur sont, sous tous les rapports, très peu profitables. La seconde classe d’écoles rurales, celle qui en reçoit plus particulièrement le titre, offre aux enfans une véritable et complète hospitalité. Elles les adoptent pleinement, les conservent jusqu’à leur majorité, ou du moins jusqu’à ce qu’ils puissent se placer avec avantage. Jlofwyl a donné l’exemple, et est encore le modèle de ces écoles. Le bel établissement a été souvent décrit [3]; mais aucune description, quelque fi- dèle qu’elle soit, ne peut reproduire les impres- sions qu’on éprouve en le visitant, parce qu’elle ne saurait peindre l’esprit qui l’anime, la vie morale qui s’y déploie. L’est à-la-fois une réunion d’instituts d’éducation , une vaste exploitation agricole, un établissement d’humanité conçu dans les vues les plus généreuses. Dès l’aurore, vous voyez les enfans, après avoir rempli ensem- ble leurs devoirs religieux, se répandre dans les champs, armés des instrumens de leur travail, distribués en bandes organisées. Ils se mettent à l’œuvre, joyeux et contens, chantant en accord des hymnes religieux ou des chants patrioti- ques; ils s’adonnent lour-à-tour à des ouvrages variés, auxquels président les méthodes d’ex- ploitation perfectionnées par la science. A midi, le soir, ils rentrent prendre leur repas el suivre la classe d’instruction. Là, ne craignez point de les trouver fatigués ou indifférons : ils reçoivent, avec empressement, les leçons de lecture, d’écri- ture, de calcul, de géographie et d’histoire; ils éfudient les élémens des sciences naturelles; ici vous apercevez les herbiers qu'ils ont composés, et classés eux-mêmes avec les plantes qu’ils ont cueillies; là, les dessins qu’ilsont tracés; là, les cartes géographiques qu’ils ont exécutées en re- lief. Les occupations semblent pour eux un dé- lassement, tant ils y portent d’ardeur, et y goû- tent de plaisir. Leurs bons et sages guides [4], bliées dans la Bibliothèque britannique et dans la Bi- bliothèque universel le de Genève qui lui a succédé. [4] Le bon Vehrly a longtemps dirigé cette école, avec un zèle et une intelligence admirables. Aujour- d’hui il est à la tête d’un établissement qu’il a fondé pour son propre compte. L’auteur du présent ouvrage](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0535.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


