Volume 1
De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando.
- Joseph Marie, baron de Gérando
- Date:
- 1839
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Credit: De la bienfaisance publique / par M. le bon de Gérando. Source: Wellcome Collection.
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![RÉSUMÉ DU tionnement [1]. Jusqu’à ce jour, il paraît que, dans cette combinaison, le produit du travail des élèves ne couvre guère que la moitié des Irais d’établissement, du moins pendant les premières années ; en conservant les élèves quelques an- nées de plus, ils rendront à l’école ce qu’ils lui auront coûté. Le chef d’un semblable institut ne doit pas seulement le diriger; il doit en être l’âme; il doit en partager les fatigues; il doit le vivifier par sa présence, par ses regards; il doit exci- ter, encourager les travailleurs, les égayer au besoin ; imprimer à l’ensemble de l’établisse- ment un caractère éminemment moral, relever par là les travaux manuels, en faire jaillir des leçons utiles, et par conséquent être pénétré lui-même des intentions les plus pures. 11 doit être doué des connaissances nécessaires, et sur- tout habile à les mettre à la portée d’élèves que leur âge et leur situation rendent peu capables d’études sérieuses. C’est, il faut le dire, une tâche difficile; elle exige une vocation pronon- cée , et un noviciat qui prépare à la bien remplir. Dans le nombre des opérations agricoles aux- quelles peuvent être employés les enfans réunis dans les asiles ruraux, sont comprises celles de défrichement et de dessèchement. Parmi les le- çons utiles que ces enfans peuvent recevoir, sont celles qui concernent les détails de l’éco- nomie domestique, qui leur enseignent à s’in- dustrier eux-mêmes, à sentir l’aiguillon de la nécessité. Ces considérations ont porté le res- pectable créateur d’Hofwyl à former la petite colonie de Maykirch , et à envoyer une autre co- lonie d’enfans tirés de scs établisscmens dans la vallée de la Linth. Dix enfans, sous la conduite de leur maître, ont été établis au milieu des fo- rêts, sur les hauteurs de Maykirch ; ils ont dé- friché et nettoyé le sol; ils l’ont mis en valeur; la cabane qu’ils habitent, ils en ont été à-la-fois les architectes et les maçons; la source d’eau, ils l’ont découverte et amenée par un aqueduc; ils ont nivelé le terrain, planté les arbres; ils se nourrissent des pommes de terre qu’ils ont ré- coltées, du lait des bestiaux qu’ils élèvent et font paître. On arrive dans ces lieux jusqu’alors déserts, et on reconnaît la présence de ces jeu- nes cultivateurs aux chants que font retentir leurs innocentes voix. On entre dans leur habita- ts] L’un des bienfaiteurs de l’institut de Carra, M. Ver- net Piclet. ancien syndic de Genève, a mis à la disposi- tion de l’école l’une de ses fermes avec les bâtimens. CHAPITRE. *95 tion ; on y voit tous les instruments nécessaires aux ouvrages domestiques; sur un rayon sont déposés des livres choisis, sur la morale,-la re- ligion , l’histoire nationale, la géographie et la botanique ; ces livres seront le sujet de leur lec- ture du soir et de leurs entretiens sous la direc- tion de leur chef. Du reste, l’institut d’Hofwyl pourvoit à leurs autres besoins, mais en tenant avec eux un compte ouvert pour les échanges réciproques. ARTICLE VII. Résumé du présent chapitre. Nous avons essayé de parcourir, mais nous n’avons pas épuisé sans doute, les diverses com- binaisons (jue le génie du bien a conçues ou pourrait concevoir, pour donner à l’éducation du travail, chez les enfans des familles pauvres, la direction la plus propre à leur créer par la suite les ressources les plus abondantes et les plus certaines. La plupart ont des avantages, mais aussi des difficultés qui leur sont propres. Avant d’examiner quelles sont celles qui peuvent mériter la préférence, il convient de savoir jus- qu’à quel point elles peuvent se concilier ou s’exclure. Quelques considérations simplifieront peut-élre cette recherche. D’abord on ne saurait mettre en doute que la combinaison la plus heureuse qui puisse être adoptée, pour l’éducation des enfans destinés à une vie laborieuse, ne soit celle qui associe le noviciat du travail des mains avec la culture de l’intelligence, et qui les fait marcher de front, par des exercices alternatifs. Elle prévient le double danger de la dissipation et de l’ennui ; elle im- prime aux facultés de l’enfance un développe- ment harmonieux; elle prévient l’inconvénient attaché aux occupations mécaniques, quand elles absorbent trop exclusivement la créature humaine, celui de la condamner à une existence toute matérielle; elle prépare, pour l’intelli- gence, une plus grande part dans les manipula- tions industrielles; elle fait mieux goûter le travail, en rehaussant sa dignité ; elle rend plus d’intérêt aux occupations, par le contraste même qu’elle établit entre elles. Les élèves de cette école sont employés aussi dans d’autres fermes voisines, lorsque l'exploitation de la première ne suffit pas à les occuper.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28749650_0001_0537.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


