Volume 1
Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques.
- Date:
- 1733-1736
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Credit: Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques. Source: Wellcome Collection.
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![DES SUPEÏ tonne affaire que cette fuperftitioneft fort en ufage dans tout fon pays: Frotter les verrues à un geneft & le lier le plus bas de terre que l’on pourra, afin de les faire tomber. Le mêmeremede fertpour faire tomber les corps des pieds. Frotter les verrues avec de la bourre que l'on aura trou¬ vée fortuitement dans un chemin, puis ]a jetter, & ce¬ lui qui la ramaffera, aura les verrues. Prendre autant de pois qu’on a de verrues, les enveloper dans un linge, & jetter ce linge dans un chemin. Celui qui le ramaf¬ fera, aura les verrues, & celui qui les avoit aupara¬ vant ne les aura plus. Se froter les dens, quand elles font mal, d’une dent de mort & croire qu’on en guéri¬ ra. Garder des morceaux de pain béni des trois Meffes de Noël & en prendre pour remede contre diverfes mala¬ dies. Prendre deux brins de feneffon, en faire une petite couronne la racine en haut, & la pendre au col avec un brin de fil, pour guérir des ecrouelles. Couper une pom¬ me ou un morceau de bœuf en deux, en appliquer les deux morceaux fur les verrues, puis les lier enfemble & les jetter enfuite. A mefure qu’ils fe pourriront les verrues diminueront. On attribue le même effet aux feuilles de figuier, aux cœurs de pigeon, & aux grains de fel. Faire durcir un œuf au feu, & le mettre dans une fourmilliere, afin de guérir la J. Ballier une cham¬ bre .... fois à rebours pour chaffer les maux de ... & de .... Cueillir certaines herbes entre la veille de la S. Jean & la veille de la S. Pierre, & les garder dans une bouteille pour guérir certaines maladies. Faire paffer par un écheveau de fil les perfonnes qui font malades de la colique, & celles qui ont des defcentes de boyaux, &c. Frotter le front des enfans avec de la boue pour empe- fcher qu’ils ne foient malades de .... Attacher des telles de clous aux portes des maifons, afin que les gens &les bêtes qui les habitent, foient prefervez de charme &de maléfice (a). Froter le front des enfans avec de la boue, pour empêcher qu’ils ne foient malades de .... S’imaginer, comme font quantité d’idiots & d’idio¬ tes , que la toile faite de fil qui n’a point été filé le Samedi après midy, eft capable de reffufciter les enfans morts-nez qu’on y enveloppe. Se mettre dans l’un des plats d’une balance, & mettre fon pefant de feigle dans l’autre, pour être guéri du mal caduc; & clouer un clou dans une muraille pour être guéri du mal de dents. Ce font deux fuperftitions, dont Denys le Char¬ treux parle (b) : ('c) La première fois qu’on entend le coucou, cerner la terre qui eff fous le pied droit de celui qui l’entend, & la répandre dans les maifons afin d’en chaffer les puces. Faire fecher à la cheminée neuf fortes de bois, ou cer¬ taines herbes, afin que la fièvre & quelques autres maux diminuent à mefure que les neuf fortes de bois, & les herbes diminueront. Cueillir un certain fimple avant le Soleil levé & en frotter les pieds des vaches, des chè¬ vres , des truyes, de cavales, &c. afin quelles ayent beaucoup de lait. Cacher fous l’écorce d’un tremble avant le Soleil levé du poil d’un homme ou d’une belle qui aura été bleffée, & faire la même chofe pendant quelques jours, afin de faire tomber ou mourir les vers qui fe feront accueillis à fa playe. (d). Faire boire les belliaux au retour de la Meffe de minuit, avant que de rentrer au logis & avant que de parler àperfonne, pour les preferver de certains maux. Enterrer un bœuf, une vache, un bouc, unechevre, un porc, une truye, un cheval, une cavale, un mouton, ou une brebis morte, dans l’eflable même où elle eft morte, ou bien pendre fa .... à la cheminée, pour empefcher que les autres ne meurent. Croire qu’une bûche que l’on commence à mettre au feu la veille de Noël (ce qui fait qu’elle eft (a) Mizauld cent. 4. n. 66. & cent. 7. n. 42. (b) Lib. contra vitia Superftit. art. 9- Ad Superltitionein per- tinet ponderatio hominis ad æqualitatem füiginis contra morbum caducum, credulitas quod contra dolorem dentiumvaleatclavus in feus parieti. (c) Mizauld cent. 4. n. 71. (J) Mizauld cent. g. n. 91. 5 T I T I O N S. 79 appellée le trefoir, ou le tifon de Noël) & que l’on con* tinuë d’y mettre quelque temps tous les jours jufqu’aux Rois, peut garentir d’incendie ou de tonnerre tout l’an¬ née la maifon où elle eft gardée fous un lit, ouenquel- qu’autre endroit ; qu’elle peut empêcher que ceux qui y demeurent n’ayent les mules aux talons en hyver ; qu’elle peut guérir les beftiaux de quantité de maladies ; qu’elle peut délivrer les vaches preftesàveler, enenfai- fant tremper un morceau dans leur breuvage, enfin quel* le peut preferver les bleds de la rouille en jettant de fa cendre dans les champs. Se lier à certains arbres avec une corde ou avec quelqu’autre lien, de bois ou de paille, & demeurer quelque tems en cet état, pour être guéri des fièvres. Quelques-uns difent qu’il faut faire cela de grand matin & étant à jeun, laiffer pourir le lien au¬ tour de l’arbre, & mordre l’écorce de l’arbre avant que de fe retirer. Traîner un brin de fil dans du faint Chrê¬ me , ou cacher une image de terre fous un Autel, pour être guéri de certaines incommoditez. Saigner du nez fur certaine quantité de feftus difpofez d’une certaine maniéré, afin d’étancher le fang qui coule du nez en abondance. Courir çà & là dans une Eglife pour guérir la pleurefie. Le Concile Provincial de Touloufe en 1590. (c) condamne cette pratique : Faire changer les chevaux deParoiffe, ou comme l’on dit en certains lieux, les faire changer de dimage, lorfqu’ils font malades des trenchées ou des avives, pour les en faire guérir, dans la penfée qu’ils n’en gueriroient point fans cela. Porter une perruque fait des cheveux d’un pendu, & trempée dans le fang d’une Pupu, afin de fe rendre invinfible. Couper l’ourelet du fuaired’un mort, le paffer fous les reins, & en ceindre ceux qui ont la colique, ou quelque defcente de boy aux. (/) Traire une vache trois matins tout de fuite, fans laver fes mains 6 avant le Soleil levé ; puis jetter le lait fur les ..... des beftiaux, ou le mettre fous le .... de leur étable, ou le verfer fur une.pour les preferver de mal. Remettre les os difloquez avec de l’ozier franc, lié d’u¬ ne certaine maniéré. Guérir les verrues que l’on a aux mains, ou en regardant le croiffant, ou en mettant dans un papier autant de petites pierres qu’on a de verrues, & en jettant ce papier dans un chemin, ou enfin en pre¬ nant de la boue derrière foi & en les en frottant. Il y en a qui les frottent avec un morceau de.qu’ils enterrent enfuite dans un lieu fecret, & à mefure que ce morceau de.fe pourit, les verrues s’en vont. Frotter les loupes à l’habit d’un Bourreau peu de tems après qu’il a fait quelque exécution, afin de les difliper. Manger la première pafquerette que l’on trouve , ou fe frotter au premier houx que l’on rencontre, pour guérir la fièvre.Porter dans fa bource la tête d’une Pupu, afin de n’être point trompé par les Marchands & de gagner beaucoup (g). ✓ Guérir un malade de la.en mettant bouillir dans l’eau qu’on lui donne à boire une pincée d’aiguil¬ les que l’on aura prife au hazard & fans compter chez un Marchand. Jetter fur une Aubefpine le lait qui fe caille trop tôt, afin qu’il foit plus long-temps à fe cailler, faire por¬ ter fur foy à un mari un morceau de corne de cerf, afin qu’il foit toûjours en bonne intelligence avec fa femme. La même chofe peut fervir aux bœufs & aux chevaux, afin qu’ils ne foient jamais malades (b). Paffer entre la Croix & la Bannière de fa Paroiffe, lorsqu’on fait la Proceflion à la grand’Meffe les Diman¬ ches, afin de n’avoir point la fièvre .... toute 1 année. Faire faire les fers des chevaux des épées, avec les- quel- (e) Part. 4. c. 12. n. 6. Quæ vana nonnullorum mentes inva- fit fuperftitio, ad temerè conceptara imaginante pleuritidis opi- nionem à noftris hominibus adhibetur, per Ecclefiatn circumcur- fatio, eâque omnia quæ anili iuperftitione hominum mentes de- tinere confueverunt, ab unoquoque Epifcopo in fua Diœceli diU- genti inquifitione cognita, tollantur & arceantur, (/) Mizauld cent. 2. n. 73. (g) Mizauld ibid. (£>) Mizauld. ibid. V 2](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30457336_0001_0107.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)