Volume 1
Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques.
- Date:
- 1733-1736
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Credit: Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques. Source: Wellcome Collection.
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![10$ lierai & en particulier, il ne faut pas laifler paiïer fans réponfe l’objeêtion que l’on fait d’ordinaire en faveur de la plupart de ceux qui gueriflent les maladies des hom¬ mes & des belles, foit avec des paroles & desOraifons, foit fans paroles & fans Oraifons, foit par leur halei¬ ne , foit par leur attouchement, foit de quelqu’autre maniéré. On dit qu’ils ont receu de Dieu la grâce de guérir les maladies, cette grâce dont parle l’Apôtrefaint Paul dans fa première Epître aux Corinthiens (a). Mais quelle preuve en fçauroit on alléguer, qui ne puifle être juftement & folidement contredite'? Cette grâce étant un don du faint Efprit, dans le fentiment de cet Apôtre des Nations, elle a befoin du témoi¬ gnage de l’Eglife pour être reconnue, & elle mérité bien pour cela d’être meurement examinée, finon en plein Synode (ce qui toutesfois feroit à defirer) au moins dans le Confeil des Evêques. Car comme el¬ le ell pour l’édification de l’Egiife, c’efl à l’Eglife ou à fes principaux Minillres à en connoître & à en juger , & jufqu a ce que l’Eglife ou les Evêques, qui font fes principaux Minillres, lui ayent donné leur approbation avec connoiiïance decaufe, les Fidè¬ les font en droit de la tenir pour fufpeéle. C’efl; pour cela que les Conciles Provinciaux de Mexico en 1585. & de Malines (b) en 1607. ainfi que nous l’avons cy-devant remarqué , défendent très-expreffement à toutes fortes de perfonnes, d’exorcifer les maladies par paroles ou par Oraifons, s’ils n’en ont receu la per- miflion des Evêques. Or qui de ceux qui fe méfient de guérir les mala¬ dies par paroles, par Oraifons, ou autrement, ont été approuvez des Evêques pour cela? Qui des Evêques a examiné avec foin s’ils avoient la grâce de guérir les maladies? Qui des Evêques l’a reconnue? Qui des Eveques leur a donné quelque témoignage authenti¬ que ? Quelle apparence y a-t-il au refle, que ces fortes de Médecins extraordinaires & miraculeux ayent cette grâce? Pour le Droit on en convient aifément; mais aufii faut-il demeurer d’accord que dans le fait il y a fouvent bien de l’impofture: c’efi>à-dire, pour parler plus clairement, qu’on ne fait pas de doute que Dieu ne la puifle communiquer, auifi bien que les autres grâces gratuitement données aux méchans comme aux bons, ainfi qu’il paroît par l’exemple de Balaam & par celui de Caïphe ; aux ignorans comme aux fça- vans, parce quelles ne font pas pour la fandification de ceux qui les reçoivent, mais pour la fanêlification des autres, fuivant la Dodrine de S. Thomas (c). Mais on auroit peine à trouver des preuves bien au¬ thentiques dans les monumens de l’Eglife, qui mon¬ traient qu’il l’ait jamais communiquée à des gens qui n’ont ni fcience ni vertu, comme font pour l’ordinaire ceux dont nous parlons, & il feroit bien étrange qu’il en eût ufé de la forte à leur égard, & qu’il ait garde une autre conduite à l’égard de quantité de Saints, à qui il a fait part des plus profonds myfteres de fa Sa- geflfe, & à qui il a donné le pouvoir de faire des miracles (d). .... . r , . Je ne m’arrefle point ici a examiner 11 les Plyl- (a) Qu’il appelle Chap. 12. Gratiam fanitatum, ow*curationum. (b) Can. 34. (c) 1. 2. q. 11. art 1. in Cor. (d) Ainfi que dit le Cardinal Cajetan : In Sum. V. In Ant. îvlirum efi: quod fanttis Viris, quibus Deus credidit fecreta fa- pientiæ fuæ, &virtutem potentiæ fuæ in miraculis & facramen- tis & curam animarum, quibus promifit notitiam omnis verita- tis’ fecretas has facrorum virtutes negaverit, & vetulis ac perfonis quàlibufcumque hæc communicaverit. Le Dofteur Navarre efi: dans la même penfée, comme il efi vifible par ces paroles: In ït^anual. c. 11. n. 12. Jure quis mirctur illorum hominumimpru- dentiam qui his & aliis fimilibus fuperfiitionibus oiedunt, & quod Deus impartitus fuerit vetulis quibufdam, & hominibusig- norantibus ut plurimùm deliris) vita(]ue reprehenfibili.eaquæ non eft elargitus Sanélis, quibus in graduadco alto profunda fuæ divinaa fapientiæ arcana, virtutemque fuæ infinitæ potcntite qua les, les Marfes, & les Ophiogenes (<?), ont la vertu naturelle que l’Antiquité (/) leur a attribuée de guérir les morfures & le venin des Serpens ; ni fi les Tentyrites (g) peuvent naturellement guérir les bleiïures des Cro¬ codiles. Je ne m’arrête point non plus à examiner fi les Empereurs Vefpafien (/;), Adrien (?) & Aurelien (£) & Pyrrhus (/) Roi des Epirotes, ont fait les guerifons qu’on leur impute. Car toutes ces relations fentent ou la Fable, ou la Superflution, dans le fentiment de du Laurent (/«). Mais pour revenir à nôtre fujet, quantité de Saints ont eu la grâce de guérir les maladies, je l’avoüek S. Cyrille Patriarche d Alexandrie (n) témoigne qu’ils ont chaffé les Démons au nom de J e s u s-C h r 1 s t , & que par la force de leurs Oraifons, ils ont délivré les malades de diverfes maladies. S. Barfes Evêque d’E- defle chafloit les maladies par fa feule parole, & le lit qu’il laifla dans l’Ifle d’Arade avoit tant de ver¬ tu, que tous les malades qui s’y couchoient, en for- toient parfaitement guéris, ainfi que l’aiïeure Theodo* ret. (0) Protogenes Preftre d’Ecefle (p) , par fes priè¬ res & par fon feul attouchement gueriiToit les enfans qu’il inflruifoit. Sozomene (ty) & Nicephore (r) rap¬ portent que le Moine Jean avoit receu de Dieu le don de guérir de la goutte, & de remettre les mem¬ bres dénoiiez & dilloquez ; & que le Moine Benja¬ min guerifloit toutes fortes de maladies en touchant feulement les malades de fa main, & en les oignant d’une huile qu’il avoit benite, bien qu’il ne fe put guérir lui-même d’une efpece d’hydropifie qui le ren¬ dit fi gros & fi enflé, qu’il ne pouvoit plus paiïer par la porte de fa Cellule. Le Moine Moyfe de Lybie, fuivant le témoignage des mêmes Hifioriens (s), gue- rifioit les maladies par fes prières, comme faifoit aufli Julien Moine d’Edeiïe (r) , qui outre cela chafloit les Démons. Parthenius Evêque d’une ville de l’Hel- lefpont, refufcitoit les morts, commandoit aux Démons, & guerifloit de diverfes fortes de maladies. Copras, fé¬ lon le rapport de Cafiiodore (“u) , avoit le meme pou¬ voir fur les maladies & fur les Démons. J’apprens de faint Grégoire de Nyfle (w), que S. Grégoire Eveque de Neocefarée furnommé Thaumaturge, chafloit les Dé¬ mons avec des billets qu’il mettoit fur un Autel, & où il écrivoit ces mots : ypypoptoi; tw (tutuvc*. m-eAÔe, Grégoire à Satan, entre. J’apprens de l’Hifloire de Paul Diacre, & de celle de Nicephore, que du tems de Juflinien un certain ferviteur de Dieu, Dei cuit or, confeilla aux ha- bitans de la ville d’Antioche (x) de fe précautionner contre les tremblemens de terre, en mettant fur les por¬ tes de leurs logis ces paroles, Chrijtus nobjcum jtccte, ce qui leur reüflit heureufement. J’apprens deSulpice Severe (y) dans la vie de S. Martin, que ce grand Ar¬ chevêque de Tours a guéri miraculeufement plufieurs maladies. Enfin, j’apprens de l’Hiftoire de l’Eglife, qu’un grand nombre d’autres Saints ont eu le même pri¬ vilège. Mais ils étoient des Saints; mais ils fefervoientdece privilège , tantôt d’une façon & tantôt d une autre; mais ils s’en fervoient par l’ordre de Dieu; mais en s en fervant ils n’abufoient ni des paroles de l’Ecriture Sain¬ te, (e) Plin. 1. 7. c. 2. Aulus-gel. 1. 16. c. n. (/) Strabo 1. 13. (g) Idem. 1. 17. (h) Sueton. in Vefpaf. & Corn. Tacit. 1. 4. Hiftor. (t) Spartian in Adrian. (jfe) Vopifcus in Aureliano. (/) L. 1. Plutarcb. in Pyrrho & Plin. (m) De Strumis c. 3. & 4. (71) L. 6. in Julian. (o) Theodoret. 1. 4. hifi. Ecclef. c. 15. (p) Ibid. c. i(5. & Nicephor. 1. n. c. 23. (q) L. <5. c. 29. (r) L. n. c. 3j. (;) Sozom. ibid. Niceph. 1. 5. c. 39. (t) Idem 1. 9. c. 15. (ïj) Idem 1. 8. c. 42. L. 8. Hifi. Tripart. cap. i. 0) Orat. de Laud. S. Gregor. Thaumat. (x) L. 16. Hiilor. Mifcell.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30457336_0001_0133.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)