Volume 1
Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques.
- Date:
- 1733-1736
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Credit: Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques. Source: Wellcome Collection.
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![REMARQUES Sur quelques endroits du Traité des Superftitions, par Mr. Thiers, avec l'Explication de plufieurs Pratiques Superjlitieujes reprejentées dans les Figures. P Age 28. ligne 31. Jean Garnier Loup - garou. ] Il n’y a jamais eu de Loup-garou. Au lieu de les brûler, comme on a fait autrefois, il auroit fallu les en¬ fermer comme des fous. Les Loup-garoux font des mife- râbles à qui d’ordinaire la folitude où ils vivent dérangé l’imagination de telle façon qu’ils deviennent furieux & courent les champs, comme des bêtes feroces. C’eft ce qui leur a fait donner le nom de Loup-garou : Loup à caufe de leur fureur , & Garou , comme qui diroit gare, mot que l’on dérivé de l’Hebreû , & fignifie rapide. Telle eft l’Etymologie que donne Borel du mot Garou. Ainfi Loup-garou devrait fignifier félon lui un Loup qu’il faut éviter. Je crois que Garou doit fon origine à IVer. Werdaar en Alleman fe rend en François par qui vive. Du mot de Wer on a fait gare, & de gare on a fait Garou. Ibid 1. 34 & fuiv.] Tout ce que Mr. Thiers rapor- te ici de ce grand nombre de Sorciers ne fera crû que des femmelettes & des enfans : au moins fi par Sorcier on entend une perfonne , qui fe dévoue au Démon par un pafte formel & en lui rendant enfuite un hommage pareil à celui que l’on doit rendre à Dieu. Qu’il y ait des gens allez méchans pour nuire aux autres par des pratiques dangereufes que l’on appelle Maléfices, empoi- fonnemens &c. perfonne n’en doute. Ici je dirai en pas- fant , que félon la confeffion de quelques Sorciers exé¬ cutés comme tels , ils avoient accoutumé d’adorer le Diable & de lui prêter le ferment de fidelité au milieu d’un cercle tracé dans l’endroit où fe tenoit le Sabat. Le Diable le vouloit ainfi, difoient-ils, pour mieux imiter la Divinité qu’on reprefente par un Cercle. Le¬ quel des anciens Pretres d’Egipte fe ferait imaginé qu’un de leurs hiéroglyphes pourroit être un jour le principe des hommages religieux que le Diable fe ferait rendre au Sabat? Page 30. 1. 63. Les Sorciers ont copulation charnelle avec le Diable.] Voyez touchant les incubes & les fuc- cubes ce que j’ai remarqué fur un endroit du Chapitre XVI. de Xapologie pour les grands hommes &c. parNau- dé, & Naudé lui-même, ibid. Les Incubes & les Suc¬ cubes font dûs à l’imagination du peuple, qui donne dans deux extrémités en attribuant tout ce qui eft fur- naturel, ou merveilleux, ou myfterieux aux Saints ou aux Diables. C’efl par la fable des Incubes que plufieurs nations ont voulu relever l’éclat de leur origine , ou plutôt cacher la naiffance honteufe de leurs fondateurs. En Pologne cette fable a fauvé l’honneur de la mere du premier des Jagellons que l’on fait naitre d’un Ours; dans le Poitou celui de la'Mere des Lufignans , & de même en plufieurs autres endroits. Page 31. ligne 8- En empêchant quun homme &?c.] Nouer l'aiguillette fe fait ordinairement, dit-on, par le moyen d’une ligature accompagnée de certaines paroles prononcées pendant la benediétion nuptiale, & qui ren¬ dent l’homme impuiffant. Mais l’aiguillette n’eft ja¬ mais mieux nouée que quand l’imagination fe frappe d’une averfion fubite ou de trop d’impatience & de pré¬ cipitation en amour. L’averfion retient les.esprits, un amour impatient les difîipe. Certains alimens caufent auffi l’un ou l’autre de ces effets. Il eft vrai-femblable que quelque amant frappé d’im foudaine impuiflance in¬ venta fur le champ, & pour fauver fon honneur, la fa¬ ble de l’aiguillette ; aimant mieux attribuer fon impuis- fance au Démon qu’au manque de vigueur qui laiffoit une maitreffe en défaut. Page 35. 1. 12. Ceux qui portent fur eux du fiel non boni.] Le fel entre dans plufieurs fortileges, & c’eft à cela qu’il faut attribuer toutes les Superftitions du vul¬ gaire d’aujourd’hui au fujet du fel ; comme le malheur qui fuit d’une faliere renverfée, ou lorsqu’on a oublié de mettre la faliere fur la table&c. L’origine des Super¬ ftitions touchant le fel eft due au grand ufage qu’on en faifoit autrefois dans les facrifices ; on s’en fervoit auffi comme d’un figne de paix & d’union. C’eft ainfl que fucceffivement répandre du fel ou renverferune fa¬ liere a été regardé comme une marque d’irreligion, en- fuite comme un figne de rupture & de desunion, &en- enfîn comme un prefage de toutes fortes de malheurs. L’ufage fuperftitieux du fel a été fort connu des Alle- mans & des Peuples feptentrionaux. Je regarde comme un refte de cette Superftinon la coutume de prefenter du pain & du fel aux étrangers. Les Saxons & les Ba- taves éprouvoient autrefois les criminels avec du fel & du pain, ce qui fe pratiquoit de la manière fuivante. Apres une priere & quelques conjurations prononcées fur du pain & du fel , celui qui étoit accufé de quelque crime étoit obligé de manger l’un & autre. Si l’accufé avaloit fans peine le pain & le fel, il étoit abfous. Dans la balfe Latinité cette pratique a été appellée Ojfa judiciaria. Ibid ligne penultieme.] à la note que j’ai mife là & qui commence, il falloit dire remède Juperflitieux &c. ajoutés ce qui fuit pour fervir de fupplement au Cha¬ pitre & expliquer en même tems la planche qu’on voit ici. Pour trouver l’ufage fuperftitieux des images, il faut remonter au premier tems, repaffer les Theraphhns des anciens Hebreux , & toutes les Idoles domeftiques des anciens peuples. Dans le tems moderne nous trou¬ vons une partie de ces Superftitions chez les Indiens etc. Les Juifs fuppléent aux Tberaphims par l’abus des Mcz- zuzoth , & , difons le à notre honte , les Chrétiens du vulgaire par une confiance ridicule au Crucifix & aux Images, comme ayant une vertu particulière & intrinfeque : au lieu que le Crucifix & les Images ne doivent fervir qu’à fixer notre espérance & notre foi à Jesus-Christ, rappeller dans notre mémoire les merveilles de fa vie & fes foufrances, les vertus & la pié¬ té des Saints. Les Mezuzoth des Juifs font des mor¬ ceaux de parchemin qu’ils cachent avec foin dans les poteaux des portes de leurs maifons, par une fuperdi¬ tion qui leur fait prendre à la lettre ce que dit Moife, vous gravérés la Loi de Dieu fur les poteaux de vos portes £?c. On doit donc à ce paflage , aux fauffes explica¬ tions des Rabins, & enfin aux exagérations de ceux qui, dans la Religion déclament plutôt les vérités qu’ils ne les enfeignent, ces morceaux de parchemin quarrés, préparés exprès , ou fur lesquels quelques paffages du Deuteronome font écrits d’une encre particulière, & d’un caraftére bien quarré , roulés enfuite & mis avec beaucoup de précaution dans un tuyau de rofeau ou tout fimplement de bois, à l’extremité duquel on écritSadai, qui eft un des noms de Dieu. On attache ces tuyaux auxbatansde la porte, au côté droit: quand on entre dans la maifon, ou quand on en fort, il faut toucher cet endroit du bout du doit, & baifer le doit par dé¬ votion. Les différons fignes ou cara&eres, que l’on a repre- fenté ici fur un fond noir font des marques fuperftitieu- fes que les Indiens fe font fur le front par un principe de dévotion avec du fandal de plufieurs couleurs, aux¬ quelles on mêle fouvent des cendres. Les fignes de la F f 2 pre-](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30457336_0001_0143.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)