Volume 1
Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques.
- Date:
- 1733-1736
Licence: Public Domain Mark
Credit: Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques. Source: Wellcome Collection.
145/398 (page 117)
![où l’on a gravé ces Sephiroth, pour voir combien ces raports font juftes & ingénieux. Il falloit la tête d’un Rabin pour imaginer ces merveilles. Pag 46. ligne 22. Il faut raîforner de même de la Cbiromantie phyjiquc.~\ La Chiromantie eft l’art de de¬ viner par l’infpeêtion de la main. On prétend la trouver dans deux paffages de la Bible, l’un de Job,&l’aurtede Salomon. Le premier femble dire quelque part que Dieu a mis des lignes dans la main des hommes &c. Salomon dit, que les jours font dans la droite du fage, & les richeffes dans fa main gauche. Les deux niainsD.D. ont les lignes fuivans de mort violente. 1. La ligne de vie elî: coupée par une ligne qui la traverfe à peu près à l’endroit qui fe raporte à l’âge de 21. ans. 2. La ligne qui coupe au¬ près du mont de la lune indique le genre de mort dont la perfonne a été punie. 3. Les crimes & les mauvaifes aèlions de la perfonne punie de mort fe trouvent dans les lignes de l’efpace marqué. 3. l’élargiffement de la ligne vitale vers fon commencement marque auffi la mê¬ me chofe. 4. Les fignes qui fe trouvent a l’endroit marqué 4. font des preuves d’un tempérament enclin à la luxure, qui a été le principe des crimes de la per¬ fonne punie de mort. Mais en voila plus qu’il n’en faut fur ces deux premières mains. On a reprefenté fur les deux autres toutes les fubtilités de ceux qui s’amufent à cette chiromancie. Les monts des fept planètes y font indiqués par les fignes qui indiquent communément les fept planètes dans la chimie. On y remarque les douze jointures qui foumettent les doits aux douze fignes du Zodiaque. Pour réfuter cet art il eft inutile de dire comme on l’a dit auffi contre l’aftrologie en général, qu’il n’y a ni raport ni proportion entre la liberté de nos aêtions & les fignes que l’on veut qui les indiquent, ou plutôt qui les rendent dépendantes d’un deftin inevicable. Di- fons quelque chofe de plus (impie. Les lignes de la main direèles & transverfales, obliques, ou courbes font d’or¬ dinaire l’effet des fatigues & des travaux, fans parler de plufieurs autres accidens &ç. qui les caufent. Les mains des perfonnes riches &oifives ont beaucoup moins de lignes que celles des Artifans. On remarque auffi que dans les pais chauds les mains y font coupées d’un plus grand nombre de lignes que dans les païsfeptentrio- nauX. Concluons donc qu’il faudroit une Chiroman¬ cie pour les riches & une autre pour les pauvres, une pour le Nord & une autre pour le Midi. A l’égard de la Phifionomie, il faut avouer qu’on y rencontre plus jufte, mais ce n’eft que dans la phifiono¬ mie prife en gros, car dans le detail elle n’eft gueres moins fauffe que la Chiromancie. D’ailleurs à combien d’accidens le vifage n’eft il pas fujet? L’éducation & la reflexion d’un côté, les paffions & les diferentes fitua- tions de l’autre démentiront toujours la phifionomie la plus expreffive, & déconcerteront les réglés des plus hardis phyfionomiftes. Pag. 60. ligne 55. Cefl-à-dire aux malheur eux. ] Jean à'Efpagne a recueilli divers exemples de la fatalité des jours. On y trouve des rencontres affés remarquables, & malgré cela je crois que cette fatalité prétendue a été le pur efet du hazard. Les jours critiques peuvent être mis auffi au rang des jours heureux ou malheureux, mais ces derniers ont aumoins pour eux l’experience des médecins. Pag. 63. ligne 4. Croire ... qu'il faut fonner les cloches £?c.] Si croire qu’il faille fonner les cloches pour chaf- fer les forciers eft un abus, c’en eft un auffi de croire que le fon des cloches chaffe les efprits malins. Sur quoi pourrait être fondée la prétendue fraieur que le fon des cloches infpire au démon, finonfur une fuperftition populaire du.Paganifme qui nous en alaiffé bien d’au¬ tres. Mais dit on, la benedièlion & le baptême des cloches leur impriment cette vertu : puis qu’on avoit le fecours des Exorcifmes, quel befoin avoit on des cloches? avouons plutôt qu’on a voulu fimêtifîér une opinion fuperftitieufe & paiene par une ceremonie deReligon. Pag. 66. ligne 32. Qui mcttoient ÏEuangile dé S» Jean &c.~] On voit ici la reprefentation d’un de ceâ Rofaires fuperftitieux en ufage chez quelques dévots d’Allemagne. La Médaillé a d’un côté le commencement de Ï Euangile de S. Jean & de l’autre une efpece d’E- toile. Certains Protellans s’imaginent que des fuperfti- tions de cette nature font approuvées de l’Eglife Catho¬ lique, mais ils fe trompent, & l’on peut dire en cet¬ te occafion ce que l’on dit generalement des arts & mê¬ me de toutes les profeffions : Non eft artis vitium, J'ed artificis. A côté de cette médaillé on a reprefenté un charme qui fait perdre la vue aux voleurs, & la leur rend quand ils ont reftitué le vol. Ce charme eft compofé de blanc d’œuf mélé avec du charbon & ap¬ pliqué en forme d’œil fur un morceau de bois ou de parchemin que l’on pique enfuite avec une aiguille, après avoir recité trois fois l’Oraifon dominicale, & une efpece de conjuration. Autour de cet œil on écrit ces mots inconnus, Raches &c. La médaillé de Saint Be¬ noit , que l’on voit après le charme & celle de la plan¬ che fui vante fe raportent à la page 74. ligne 15. de ce Traité. Pag. 67. ligne 11. Les ceintures d'herbes.] On pour¬ rait faire une remarque fort etendue fur les plantes qui fervent à des ufages fuperftitieux. J’en ai fait graver fix ici de celles que l’on s’eft imaginé devoir être falu- taires aux organes qu’elles reprefentent. N. 1. L’Au- thora, qui eft une efpece d’acomit, dont les racines ref- femblent au cœur, bonne contre les maux de cœur, N. 2. L'Orchis ou Cynoforchis propre à la génération, à caufe que fa racine tejlibus Jimilis eft. N. 3. Le Raima Chrifti propre aux maladies des jointures & prin¬ cipalement des mains, à caufe que la racine de cette plante eft faite comme une main. N. 4. La dentaire qui guérit les maux des dens, parce que fa racine ref- femble à une rangée de dens. N. 5. \IAnatbemis, qui a la même vertu pour les yeux, parce que fes fleurs reffemblent aux yeux. N. 6. La colutée ou baguenaudier, bonne aux maux de la Veffie, parce qu’il fe trouve quelque reffemblance entre les fruits de cette plante & la veffie. Pag. 69. Amuletum, ou pour mieux dire, amole- Les anciens en avoient de toutes les fortes. L’Egypte a fourni la première cette fuperftition à toutes les Nations de notre hemifphere. Je renvoie le leéteur au detail curieux que le P. Kircher a donné dans fon Oedipe des amuletes des Egyptiens^ Si les amuletes donnés pour des maladies ont fait quelquefois des guerifons remarquables, elles n’é- toient nullement dues à un morceau de papier ou de parchemin, ni à une pierre marquée de certains ca¬ ractères, ou de certaines figures, ni à quelques mots barbares & intelligibles, ni à des plaques & à des an¬ neaux &c. La feule imagination du malade a pu lui procurer cette guerifon que le vulgaire attribue enfuite à des pratiques fuperftitieufes : & combien de fois la confiance du malade n’a*t-elle pas fait la réputation d’un médecin? Pag. 72. ligne 9. Les efets que l'on attribue à ces figures. J Je vais raffembler dans cette note tout ce qui a du raport aux Talismans, & je commence par l'hip- pomafies. On appelle hippomanes un morceau de chair, ou une excroiffance qui eft au front d’un poulain naif- fant. On veut que cet hippomanes foit le plus puiffant de tous les philtres pourvu qu’on le porte affidue- ment fur foi après l’avoir bien fait fecher. Pour fe faire aimer, il fufit de le faire toucher à celle ou à celui qu’on aime, & fi l’on en fait prendre feulement la valeur de demi once à la perfonne dont on veut Obtenir des faveurs, elles fe rendra fans refiftance à la force de l’hippomanes. La chofe a été fouvent éprouvée, continue-t’on, & pour l’amour licite & pour l’amour illicite. Cet hippomanes eft fort rare, à caufe que lâ jument l’arrache à belles dens du front du poulain, auffi-tot qu’elle a mis bas; & comme en fait de charla- tenue & de fuperftition une propriété ne va jamais feule ; on a prétendu quun peu d’hippomanes renfermé G g dans](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30457336_0001_0145.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)