Volume 1
Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques.
- Date:
- 1733-1736
Licence: Public Domain Mark
Credit: Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques. Source: Wellcome Collection.
159/398 (page 129)
![beau Latin les propriétez de la flamme d’un charbon allumé , comme fi c’étoit une pierre lumineufe & brû¬ lante ventie des Indes. La defcription eft en dialogues, comme tout le relie de l’ouvrage. „ Permetez moi , „ dit-il) {à) de quitter les matières férieufes pour m’é- „ gayer avec vous. Un de mes amis a depuis peu ap- ,, porté des Indes une pierre lumineufe, qui étant tou- „ te entière comme enflammée, jette un éclat mer- ,, veilleux, & qui par la fplendeur des rayons quelle „ répand de tous cotez, remplit de lumière l’air dont „ elle efl environnée. Elle ne peut fouffrirla terre, ,, & s’élève en haut par l’impétuofité de fon propre „ mouvement. On ne peut la renfermer dans un lieu ,, étroit; il faut la mettre dans un lieu fpacieux & dé- „ couvert. Sa pureté & fon éclat font extrêmes ; au- cune fouillure ne la ternit, fa figure n’eft pas tou- 3, jours la même, mais varie & change en un inflant. „ Rien n’efl: plus beau à voir ; cependant elle ne fe laifle pas toucher, & fi l’on s’obfline trop longtems à la prendre , elle frappe rudement. Quand on en ,, ôte quelque chofe elle ne diminue pas pour cela. 3j Mon ami ajoutoit que fa vertu étoit d’un grand ufa- ge & même très néceflaire. Br. Croyez vous avec . vos fables & vos énigmes avoir affaire à quelque Oe- „ dipe ? Ph. Je ne vous conte point de fables , fi 5, vous voulez voir la chofe de vos propres yeux, vous ,, avouerez quelle efl exaèlement vraye. Br. Il faut ,, que ce foit quelque petit animal , ou quelque oifeau „ d’une nouvelle espèce. Ph. Point du tout, c’eff „ une chofe entièrement inanimée. Br. Elle efl bien nouvelle & bien furprenante ; s’il y a des qualitez ,, occultes, c’eft en elle fans doute qu’il en faut re- „ connoitre, mais n’a-t-elle point de nom? Ph. Elle „ s’appelle feu , flamme. Br. Je fuis attrapé, je me „ doutois bien qu’il y avoit là-deffous quelque fuper- cherie. Ph. Pourquoi m’accufez vous de trompe¬ rie & de fupercherie? La chofe dont je vous parle ,, efl vraye. Br. Mais c’eft une chofe commune & „ qu’on trouve par tout. Ph. Si les Indes produi- foient donc quelque chofe de femblable qui fût rare „ & cher , tout le monde en admireroit & en louerait „ les propriétez ; mais parcequ’elle fe trouve p3r tout, & qu’elle ne coûte pas beaucoup, doit on pour cela „ n’en faire aucun cas? Lorsque Fernel eut écrit ces lignes, Jean Pipin, mé¬ decin du Connétable Anne de Montmorenci , crut qu’une telle rareté feroit un mets délicieux pour Antoi¬ ne Mizand , Médecin de Paris , qui n’avoit rien plus à cœur que de recueillir beaucoup de merveilles. Il lui écrivit donc la Lettre fuivante , qui s’eft trouvée dans les papiers que Moniteur de Thou laiffa à Meilleurs Dupuis, & d’où l’on voit bien que M. de Thou avoit tiré presque mot pour mot tout ce qu’il a rapporté de la pierre de Boulogne dans fon Hiftoire. (a.) Omiflls feriis liceat mihi tecum parumper urbanius jocari. Nuper ex India quidam meus familiaris lapillum miré luminofum deportavit, qui totus quafi incenfus admirabili lucis fplendore ful- get, jadisque radiis ambientem aërem luminequoquo verfùsim- plet- ls terræ impatiens, fuopte ipfe irnpetu confeflim in fubli- me evolat. Neque verô anguftè baberi potefi, fed amplo libero- que loco tenendus. Summain eo puritas , fummus nitor , nullâ forde aut labe inquinato, figuræ fpecies nulla certa , fed incon- ftans & momento mutabilis. Quumque fit afpeftu longé pul- cherrimus , fefe tamen contredari non finit, & fi diutius adnita- ris feriet acriter, fi quid illi demitur fit nihilo minor. Aiebatin- fuper hujus vim efie ad plurima tum utilem , tum fummè neces- fariam. Br. Itane fabulofis ænigmatibus cum Oedipodibus qui- busdam te jocari putas? Ph. Nihil fabularum texo : rem fi ante te confiitui voies oculorum fide verifiimam fateberis. Br. Bes- tiolam aut novi generïs aviculam efie oportet. Ph. Nihil ifto- rum, fed res eft prorfus inanima atque muta. Br. Novam & admirabilem rem audio , cujus profedo , fi cujusquam alterius, proprietas occulta débet cenferi. At nullum ne illi efl: inditum nomen ? Ph. Ignis, fiamma. Br. Captus fum ; & quidem fatis fufpicabar quidpiam fallaciæ fubefie. Ph. Quid me fallaciæ aut vanitatis infimulas ? Rem profero veriflïmam. B n. Sed tamen viliffimam & maximè protritam. Hoc uno maximè fpem meam fefellifti, quod ex Indiâ allatum diceres. Ph. Ergo Indiâ fi quid ejusmodi rarum carumque fola protulifiet, admirarentur fcilicct omnes ac laudarent occultas ejus proprietates: nunc quoniam vul- gare parvoque parabile,contemptum proinde eritéc nulle in pre* cio. Fernelii de abditis rerum caujis, l, 2, p. 242. Jean Pipin (b) a fon cher Antoine Mizand, 3, Je me réjouis, mon cher Antoine , d’avoir occâ* „ fion de vous mander une nouvelle , digne de votre „ admiration. Nous avons vu ici depuis peu une pier- ,, re d’une lumière & d’un éclat merveilleux, qui étant „ toute entière comme enflammée, jette un éclat d’u- „ ne beauté incroyable. Cette pierre répand de tous ,, cotez fes rayons, & remplit tout l’air qui l’environ- „ ne d’une lumière, que presque aucuns yeux ne peu- „ vent fupporter. Elle ne peut fouffrir la terre ; 11 ,, on tâche de la couvrir, elle s’élève en haut d’elle- ,, même avec impétuofité. On n’a jamais pu parau- „ cun moyen la contenir & la renfermer dans un lieu • „ étroit, elle ne fe plait que]dans les endroits fpacieux „ & découverts. Sa pureté & fon éclat font extrê- „ mes , aucune tache & aucune fouillure ne la ternit. ,, Sa figure n’efl pas toujours la même, mais varie & ,, change en un inflant. Rien n’eft plus beau à voir. ,, Elle ne fe laifle pas toucher ; & fi l’on s’obftine trop „ longtems à la prendre, elle bleffe , comme plufieurs ,, perfonnes l’ont bien fenti & éprouvé en ma préfence. ,, Que fi par quelque effort on vient à bout d’en ôter ,, une partie, car elle n’eft pas fort dure, fon volume3 „ chofe étonnante , n’en diminue pas. L’étranger qui „ l’a apportée, homme, à ce qui parait, fort barba- „ re, ajoute que fa vertu efl d’un grand ufage, & mê- ,, me qu’elle efl néceflaire fur tout aux Rois, mais „ qu’il ne la découvrirait qu’après qu’on l’aurait bien ,, payé. Je vous dirai le refte de vive voix , lorsque ,, le Roi fera de retour. Il faut maintenant que vous, „ & tout ce que vous avez avec vous deSavans, vous „ recherchiez foigneufement ce que Pline , Albert, „ Marbord , & les autres ont écrit touchant les pier- „ res, afin que fi celle-ci a été connue des anciens, on ,, puiffe favoir exactement quelle efl fa nature & fon ,, nom. Tout ce qu’il y a de gens lettrez parmi nos „ Courtifans, ont travaillé inutilement fur ce fujet. Je „ meftimerois heureux fi je pouvois leur enlever la pal- ,, me. Car on ne fauroit croire avec quel empreffe- „ ment le Roi & toute la Cour attendent l’explication ,, de cette merveille. Adieu. M. Mizand, avide de raretez , fut ravi d’apprendre celle-ci. Loin de croire que l’on le jouoit, il fe fie fête de la lettre de Boulogne, & en régala M. de Thou , qui ne craignit pas d’inférer la relation de ce fait dans fon Hiftoire qu’on achevoit d’imprimer. Les Com- (b') Joannes Pipinus Antonio Mizaldo fuo , S. P. D. Gaudeo mihi oblatam efie occafionem, cariflime Antoni, qua rem no¬ vam ac plane admirabilem tibi nunciare fit datum. Nuper ex In¬ diâ Orientali Régi noflro allatum hîc vidimus lapidem lumine & fulgore mirabiliter corufcantem, quique totus veluti ardens& in¬ cenfus incredibili lucis fplendore præfulget, micatque. Is jadis quoquo verfüs radiis ambientem circumquaque aërem Iuce nullis ferè oculis tolerabililatiflimè complet. Efl etiam terræ impatien- tiflimus, fi cooperire coneris, fuâ fponte, & ut fado irnpetu con- feflim evolat in fublime. Contineri verô includive loco ullo an- gufio nullâ potefi: homiuum arte ; fed ampla liberaque Ioca dum- taxat amare videtur. Summa in eo puritas, fummus nitor ; nul¬ lâ forde aut labe coinquinatur: figuræ fpecies nulla ei certa , fed incerta & momento commutabilis. Cumque fit afpedu longé pulcherrimus, contredari tamen fefe non finit; & fi diutius ad- miraris vel obflinatius agas, incommodum afFert, ficuti fuo non levi malo , me præfente, funt experti. Quod fi quid-ex eofor* tafiis enixius conando adimitur autdetrahitur, (nam durus admo- dum non efl) fit didu minime nihilominor. Addit infuper is hospes qui ilium attulit, homo,utapparetbarbarus,hujus virtu- tem ac vim efie ad quamplurima cum utilem, tum præcipue Re¬ gibus inprimis neceflariam. Sed quam revelaturus non fit nifi pretio ingenti priés accepto. Reliqua ex me præfente audies, cum primùm Rex ad vos redierit. Supereflutte, & fi quos iftic habes viros, diligentifiimè orem, ex Plinio, Alberto, Mar- bodeo , aliisque qui de lapidibus aliquid feriptum reliquertmt, follicitè disquiratis, quisnam fit hujusmodi lapillus , aut quod illi nomen (fi modo antiquis fuerit cognitus) præfcribi verè pos- fit : nam in eo peranxiè nec minus infeliçiter ab aulicis noflris eruditis hadenus laboratur : quibus fi palmam in eâ cognitione præripere pofiem , mecum feliciflimè adum iri exiltimarem: in- credibilis enirn, & Régi inprimis & toti denique procerum au- licorum turbæ, eâ de re commota efl expedatio. Vale. Bono- niæ pridie Afcenfionis Chrifli, M. D. L. Kk](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30457336_0001_0159.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)