Volume 1
Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques.
- Date:
- 1733-1736
Licence: Public Domain Mark
Credit: Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques. Source: Wellcome Collection.
187/398 (page 157)
![CHAPITRE II. Si le Démon peut être Pauteur de quelques pra¬ tiques , quoiqrion riait point fait de palïe a- vec lui. Comment on a pu j'avoir quelles produiroient certains effets furprenans. Et fi en renonçant au Démon on pourroit recou¬ rir à des ufages qui ne fer oient pas naturels. Des Loix de PEglife des Princes fur cet¬ te matière. JEsus-ChrIst nous a dit qu’avant Ta venue les Démons dominoient fur la terre, & toutes lesdéfen- les fi fouvent réitérées dans l’Ecriture contre un très grand nombre de fuperffitions, nous font voir claire¬ ment qu’ils féduifoient les hommes en mille manières. On ne peut donc pas douter qu’ils ne leur ayent appris plufieurs chofes. Comme il eft certain qu’il y a eu des Magiciens & des poffédez, ils ont pu par eux répandre diverfes pratiques fuperftitieufes. D’ailleurs il ne leur eft ni dif¬ ficile d’infpirer aux hommes de faire des effais, ni im- poffible de les faire réuffir. Quelquefois même en nos derniers tems, ils fe font montrez à des perfonnes trop curieufes, & l’on fait que Luther & Zuingle fe font fait honneur de pareilles vifites. L’Abbé Tritheme après un ardent delir de favoir des fecrets inconnus à tout homme mortel, en aprit d’é- tonnans par une révélation qui n’a nullement le carac¬ tère des révélations divines. Je n’examine point fi tout ce qu’il difoit avoir apris eft naturel, je fais que quel¬ ques perfonnes l’ont prétendu, mais c’eft aparemment fans y avoir fait affez de’ réflexion. Quoi qu’il en foit, je parle feulement de la manière dont Tritheme aprit ces fecrets. Il l’écrivit ‘confidemment à un Père Car¬ me de fes amis nommé Borflius, qui mourut à Gand avant que la lettre y arrivât. Elle fut ouverte & com¬ muniquée à plufieurs perfonnes, & Tritheme ne la de- favoue point. J'ai en main, dit-il dans cette lettre, un grand ouvrage qui étonnera tout le monde, fi jamais il voit le jour. Il cjt divifé en quatre Livres, & le pre¬ mier a pour titre, De la Steganographie. Tout l'Ouvra¬ ge eft plein-de chofes grandes, étonnantes, dont on naja- mais oui parler, & qui paroitront incroyables. „ Si vous me demandez comment je les ai aprifes, } ce n’eit point par les hommes, mais par la révéla- ,, tion je ne fais de quel Efprit. Car penfant un jour de cette année 1499. fi je ne pourrais point 3i découvrir des fecrets inconnus aux hommes, après „ avoir longtems révé à ceux dont j’ai parlé; perfua- „ dé enfin que ce que je cherchois n’étoit pas poflible, 5, j’allai me coucher un peu honteux d’avoir porté la 3, folie jufqu’à tenter l’impoffible. Pendant la nuit „ quelqu’un -fe préfente à moi, & m’appellant par mon nom, Tritheme, me dit-il, ne croyez point ,, avoir eu en vain toutes ces penfées. Quoique les cho- ,, fes que vous cherchez ne foient poflibles ni à vous, „ ni à aucun autre homme, elles le deviendront. En- • ,, feignez moi donc, repartis-je, ce qu’il faut faire ,, pour réuffir. Alors il me développa tout le myflére, „ & me montra que rien n’étoit plus aifé. Dieu m’eft 5, témoin que je dis vrai, & que je n’ai appris ces fecrets qu’à un Prince, qui par une preuve évidente a été „ convaincu de la poffibilité. 11 efl important qu’il ,, n’y ait que les Princes qui fâchent ces fortes de fe- , crets, de peur que des traîtres, des fourbes, ou 5, d’autres méchans hommes ne s’en ferviffent pour fai- re beaucoup de maux. Quoique l’Abbé Tritheme n’eût pas voulu ni con¬ tracter quelque paête avec le Démon, ni rechercher fon affiftance, il me femble néanmoins que fi ces pré¬ tendues révélations n’ont été qu’une pure illufion d’u¬ ne imagination troublée, on ne peut les attribuer qu’à quelqu’un de ces Efprits, dont Saint Auguflin dit (a), qu’aimant à féduire les hommes, ils leur procurent ce qui leur tient le plus au cœur. C’efl: de cette manière que les Démons entrent fou- vent en commerce avec les hommes. Il eft rare qu’ils leur révélent ouvertement des fecrets, mais il n’eit pas rare qu’ils faffent réuffir ce qu’une curiofité (b) déréglée fait expérimenter à ceux qui veulent découvrir ce qui ne leur convient pas de favoir. Ces Efprits d’erreur opèrent pour cela quelques prodiges, & fe transfigurant en Anges de lumière, ils trompent quelquefois les gens de bien. On doit donc fe tenir fur fes gardes, & ne pas s’i¬ maginer que le Démon n’agit jamais, que lorfqu’on fait quelque paète avec lui. Son pouvoir ne dépend pas des hommes. On fait qu’il a tenté Jesus-Christ, & qu’il tente fouvent les juftes, quoiqu’ils nayent fait aucun pafte. Il peut remuer des Corps fans que nous le voulions, & il ne lui eft pas toujours impoffible d’introduire quelque ufage qui faite douter s’il eft naturel ou non, pour faire tomber dans le péché ceux qui agiraient dans le doute. Car c’efl unè propofition reçue des Théologiens, & définie depuis longtems par la Faculté de Paris, qu’on pèche, & qu’on contraète un paète tacite avec le Démon, lorfqu’on a recours à quelques pratiques dont on ne peut raisonnablement at¬ tendre l’effet ni de Dieu, ni de la nature. Il ne fervi- roit de rien de dire qu’on renonce à tout pacte. Vous fouhaittez que l’effet arrive, c’en eft affez pour être cenfé vouloir l’aétion de la caufe qui le produit, & entrer par-là avec elle dans un commerce pro¬ hibé. On ne peut douter que l’imagination ne puiffe em¬ pêcher l’ufage du mariage. Sans nous arrêter à raporter ici des faits pour juftifier ce que j’avance, je renvoyé les curieux à la réponfe aux queflions d’un Provincial par M. Bayle t. 1. p. 295. Nous pourrions ajouter ici plufieurs autres exemples. On a cru très anciennement qu’il y avoit des noueurs d’éguillette. Hérodote (r) & Tacite (d) en parlent, & il y a longtems que des perfonnes ont recouru à des fecrets foit naturels, foit fuperffitieux, pour s’opo- fer au mauvais effet des prétendus noueurs d’éguillette. C’efl; pourquoi l’Eglife en a fait mention depuis très longtems dans fes Rituels, & a déclaré excommuniez tous ces noueurs. L’Abbé ■ (e) Guibert de Nogent dit que fon père & fa (a) Jlli enim fpirims qui decipere volunt, talia procurant cui- que, qualibus eum irretum per fulpiciones & confenliones ejus viderinc. Do£t. Cbrijl. lib. 2. cap. 24. {b) His ergo portentisper Dæmonum fallaciam ilfuditur curiolî- tashumana, quando icf impudenter (cire quod nullâ ratione eis competit inveftigare.Porro autan hoc eft præftigium Satanæ, quo ut plurimos fallat, etiam bonos in poteftate fehabere confin- git. Quod Apoltolus inter cætera oftendit dicens. lpfeSatanas trans- tigurat fe in Angelum lucis. Ut eniinerrorem faceret, in quo & ipfe gloriaretur, in habitu viri juiti & noinine fe fubornavit: ut nihil proiieerefpem, quam prædicabant, Deicultoribusmentire- tur, quando hinc exeuntes judos iinxit in fuâ potellace, &c. if Caiif. 26. q. 5. SS. nec mirwn ex Ivone Decret. parte n. cap. 69. Ineft animæper eofdem fenfus corporis quædam non feoblec* tandi in carne, fed experiendi per carnem vana&curiofa cupidi- tas, nomine cognitionis, & feientiæ palliaca.Hiuc ad per- ferutanda naturæ fecreta, quæ præter nos eft optrata proceditur. Hinc etiam fi quid eodem perverfæ feientiæ fine per artes magicas quæritur. Hinc etiam in ipfâ religione Deus tentacur, cùui ligna & prodigia flagitantur. Congé]]', lib. 10. cap. 35. (c) Lib. 2. (d) Lib. 4. Ann. (V) Accidit igitur ut efficientia coujugalis inipfolegitimæiliius confœderationis exordio quarumdam maleficiis folveretur. Nover- caiis enim huic matrimonio non defuilfe lerebatur invidia, quæ plurimæ fpeciei ik generis cùm neptes haberet in iis aliquam pa- terno thoro moliebatur iminergere. Quod cùm maximeproceflilFet ad votum, pravis dicitur attibus etFecilFe, utthalami omninôces- FareturefFeftus.. Voluto igitur poft Feptennium & ampliùs maleficio, quo naturalis legitimique commercii copula rumpeba- tur, nimiùm plané credfcile eft, ut ficut præftigiisocularisratio pervertitur, ut de nullis, ut fie dicam, aiiqua &. dealiisaliatieri per magos videantur: ita enim popularitera&itatur, utjamabru- dibus quibuFque Fciatur. CalTatis, inquam, per anum quandam illis pravis artibas, eâfide thalamorum officio defervfvit,quâ diu- R r û-](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30457336_0001_0187.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)