Volume 1
Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques.
- Date:
- 1733-1736
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Credit: Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques. Source: Wellcome Collection.
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![Aymar, le raifonnement ne 1 aifferoit pas de fubfifter j □ f- qaes à ce que l’on eût pu prouver que ce n’eft ni par la figure, ni par lai manière d’agir de ces corpufcules, que le fait arrive. > Il fe pourra donc bien faire que l’on fe trompera, en voulant déterminer laméchaniquefpécia- ]e, en vertu de laquelle ce Villageois fuit fr fidellement les meurtriers & les voleurs à la pifte, mais on peut(& cela fuffit) faire comprendre en général que cela fe fait par quelque méchanique & par quelque caufe naturelle, & que cette caufe purement naturelle n’eft autreque l’é¬ manation des corpufcules fortis du corps du meurtrier, dans les endroits où il a fait le meurtre, & dans ceux où il a paffé. Pour y réuftir avec plus de netteté, il faut rappeller quelques axiomes communément reçus. Ces axiomes font. 1. Que tout corps .'en repos ne peut être mis en mou¬ vement que par un corps qui a du mouvement , & qui touche immédiatement le corps qui eft en repos. C’eft une maxime reçue de tous lesPhyficiens qui favent que tout mouvement fe fait par impulfion, & que toute impulfion eft immédiate, c’eft-à-dire, qu’entre le corps mu & le corps mouvant, il n’y peut avoir aucun corps. r ’ ' 2. Que tout corps en mouvement tend toujours à s’é¬ loigner de fon centre, par la plus courte de toutes les li¬ gnes , qui eft la ligne droite, & ne change cette déter¬ mination que par rapport aux diverfes fuperficies des corps qu’il rencontre en parcourant fa ligne droite. 3. Que tout corps en mouvement, qui eft obligé de changer fa ligne droite en ligne courbe, fe mouvra né- ceiïairement en rond, s’il trouve une égale réfiftance,& une égale détermination en ligne circulaire dans toute fa circonférence. 4. Qu’il y a dans le monde une matière très fubtile & très agitée, qui a fa détermination pour pafferconti¬ nuellement, & avec une très grande rapidité d’un des pôles du monde à l’autre, & que lorfqu’elle eft empê¬ chée dans fon cours, comme elle eft preffée, elle fait de très grands efforts pour fuivre fa route, &renverfer plu¬ tôt tout, que de ne fe point faire paffage. Il n’en faut pas d’autre preuve que l’effet de la poudre dans les mi¬ nes , & la reftitudon des corps capables de reffort, qui étant une fois pliez ne peuvent être redreffez par eux mê¬ mes, & ne le feroient jamais, s’il n’y avoit une matiè¬ re en mouvement qui eft obligée pour fe faire paffage d’agrandir les pores devenus plus étroits dans une des furfaces du corps plié, que dans l’autre. Cet axiome eft trop connu des Phyficiens pour avoir befoin d’autres preuves, & s’il en falloit, les Chymiftes& les Méde¬ cins nous en fourniroient, puifque fans cet axiome les Chymiftes ne pourroient expliquer la fermentation, ni les Médecins la fièvre. 5. Que nos corps tranfpirent continuellement, & qu’il en fort par les pores continuellement des corpufcules, qui font des émanations de notre fubftance. Cela eft encore reçu de tout le monde. Sanêlorius en fait une démons¬ tration dans un Livre intitulé, De Staticâ medicinâ. C’eft lui qui nous a appris précifément qu’il fort tous les jours de notre corps parl’infenfibletranfpiration, plus d’excrémens qu’il n’en fort par les voyes fenfibles des urines, desfelles, des crachats, &c. 6. Que les corpufcules qui fortent de notre corps font de différente nature & de différente figure, en différens tems, & en différentes occafions. Cela fe prouve par les galeux & par les peftiférez, dont la matière delà tran- fpiration eft bien différente de ce qu’elle étoit dans l’é¬ tat de fanté, puifqu’elle eft contagieufe, & quelle ne l’étoit pas. Or les différens effets reconnoiffentnéceffai- rement des caufes différentes. 7. Que les pallions de famé font capables de faire de grands changemens dans nos humeurs, & par conféquent dans les corpufcules qui fortent de notre corps partran- fpiration, puifqu’ils font des portions de ces mêmes hu¬ meurs. Si cet axiome paroit douteux à quelqu’un, je le prie de confidérer en quel état une violente, paffion d amour ou de trifteffe réduit tous les jours les corps, & de fe fotwenir qu’on fait.un poifon très fubtil avec la bave des animaux les moins venimeux, lorfqu’on les fait mourir à forée de les battre & de les tourmenter. On affure même que la Vipère n’eft point venimeufe,- lorf¬ qu’elle mord fans colère. 8. Que les organes des animaux font bien différens y non feulement dans les animaux de différente efpécep mais encore dans les animaux de la meme efpéce. Le nez, par exemple, eft donné à tous les chiens, pour ju¬ ger des corps odorans, & pour s’en appercèvoir; cepen¬ dant il s’en faut bien que tous les chiens ayent le nez aufii fin les uns que les autres, & qu’ils puiffent tous fuivre un lièvre à la pifte aufti bien les uns que les au¬ tres. Les corps odorans laiffez par le lièvre dans les en¬ droits où il a paffé, fubfiftent néanmoins aufti bien à l’égard des uns qu’à l’égard des autres. D’où peut donc venir cette grande différence qui nous fait voir certains chiens fi animez fur cette pifte, tandis que d’autres y font infenfibles ? Cette différence ne peut venir affuré- ment que de la différence de leur nez. Cet exemple fuffit pour faire comprendre que, bien que tous les hommes ayent des yeux pour voir, une peau pour fendr de la douleur & du plaifir, un fang pour couler dans les artères & dans les veines, il ne faut pas croire pour cela que tous les hommes voyent un mê¬ me objet delà même façon, & qu’ilsfoient tous égale¬ ment remuez & affeêlez par les objets extérieurs. 9. Qu’il y a dans la nature, des corps qui ne peu¬ vent fe fouffrir les uns les autres, & qu’on nomme an- thipatniques, non pas parcequ’ils fe haïffent, car cefe- roit une puérilité d’attribuer une paflionde haine ou d’a¬ mour à des êtres privez d’intelligence , mais parcequ’ils font faits de manière, que lorfqu’ils fe rencontrent, ils gênent le paffage de la matière fubtile, & l’obligent à faire un très grand effort, pour fe délivrer de cette gê¬ ne; ce qui n’arrive pas aufti, parceque la matière fubti¬ le amoureufe de fa liberté craint d’être gênée, mais par¬ ce qu’étant preffée par celle qui la fuit, elle eft obligée par les loix du mouvement, de faire fon chemin. La rencontre des corps acides avec les Alkalis, peut fervir d’exemple & de preuve à ce dernier axiome. Après avoir fuppofé, ou plutôt établi ces axiomes in- conteftables, il eft tems d’en faire l’application au fait dont il s’agit. Perfonne, jepenfe, n’ofera me nier qu’il ne faut pas recourir à une caufe extraordinaire, ou non naturelle, pour expliquer les talens de Jaques Aymar, fi on peut les expliquer clairement par une caufe qui lui eft natu¬ relle & ordinaire. Or je prétens qu’on le peut, & voi¬ ci comment je raifonne. Il eft fûr que cet homme ne connoit point la pifte des meurtriers par aucune idée, par aucune perception intellectuelle, acquife ou infufe, mais par une pure per¬ ception fenfible, puifqu’il ne connoit cette pifte que par les émotions qu’il fent en lui même, lorfqu’il la fuit, & parceque fa Baguette tourne alors malgré lui entre fes mains. Je penfe donc que, pour expliquer phyfique- ment les talens de cet homme, il fuffit d’expliquer l«s émotions qu’il reflent, la fyncope, les convulfions, & fur-tout ce tournement de Baguette, qui eft le plus dif¬ ficile à comprendre, & auquel je vais principalement m’attacher. Pour pouvoir concevoir pourquoi cette Baguette tourne entre les mains de cet homme fur la pifte d’un meurtrier, ou d’un voleur, tandis quelle ne tourne point entre les mains d’un autre homme, il ne faut que favoir quel peut être le corps en mouvement qui peut communiquer du mouvement à la Baguette, entre les mains de cet homme plutôt qu’entre les mains d’un au¬ tre; puifque par le premier de mes axiomes, tout corps qui eft en repos ne peut être mis en mouvement, que par un corps qui a du mouvement, & qui touchant im¬ médiatement le corps en repos, lui communique fon mouvement : & il faudra encore déterminer pourquoi ce mouvement de la Baguette eft plutôt circulaire que de quelqu’autre façon.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30457336_0001_0330.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)