Volume 1
Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques.
- Date:
- 1733-1736
Licence: Public Domain Mark
Credit: Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le P. Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Bernard.] Avec des figures qui représentent ces pratiques. Source: Wellcome Collection.
78/398 (page 50)
![p DES S U P E clefiaftique, & un an & demi, s’ils font Laïques (a). Le Pape Leon IV. 0) affeure que les Sorts que les Evêques de Bretagne pratiquoient dans leurs Jugemens, ne font autre chofe que des divinations & des maléfi¬ ces , & il les défend fous peine d’excommunication. Le Concile Provincial de Mexico (c) en 1585* défend à toutes fortes de perfonnes, de quelque „ qualité qu’elles foient, de fe fervir du Sort pour „ connoître les chofes à venir, fous peine d’être foué- „ tées, d’être traitées ignominieufement & d’être con- ,, damnées à une peine pécuniaire , ou à telle autre ,, tre qu’il plaira aux Evêques de decerner. Majolus (cl) difiingue les Sorts un peu autrement que ne font Saint Thomas, Denis le Chartreux, le Cardinal Cajetan & les autres Scholaftiques, quoiqu’il n’en reconnoiffe, non plus qu’eux, que de trois Sor¬ tes, de Politiques, de Divins, & de Divination; mais de la maniéré qu’il les explique , il ne s’éloigne pas beaucoup de ce que nous venons de dire. Il expli¬ que auffi les conditions que les Lotteries doivent avoir afin qu’elles foient juftes & légitimés ; & il parle des anciens Sorts, dont il eft aflez fouvent fait mention dans les Auteurs prophanes tant Grecs que Latins. CHAPITRE VII. De PAftrologie judiciaire. En quoi confifte cette espece de Divination. Quelle eft dé¬ fendue par les Loix divines £5? humaines, Ec- clefiaftiques £5? Civiles. D'oii vient que les J/ftrologues £5? les attires Devins difent quel¬ que] ois la vérité. Ou*encore qu'ils difent la vérité , mus ne les devons pas plus croire pour cela. LA fcience que l’on peut avoir des chofes à venir par l’infpeftion des Aftres , & qui s’appelle en un mot Ajlrologiei eft quelquefois permife, & quel¬ quefois defenduë. Elle eft permife, lorsqu’elle eft appuy ée fur des prin¬ cipes univerfels, conftans & invariables. Ainfi on ne peut pas accufer de Superftition les Aftrologues, qui, félon les réglés de leur Art, predifent, & même avec certitude, les chofes qui doivent neceflairement arriver félon le cours ordinaire que Dieu a établi dans la natu¬ re, comme font les Eclipfes du Soleil & celles de la Lune, les Révolutions des Saifons, le cours des Etoi¬ les & des Planètes, leurs Conjonctions, leurs AfpeCts & leurs Oppolitions. La raifon eft que ces effets étant infaillibles & neceffaires, ils en peuvent auffi avoir une connoiffance infaillible & neceffaire (e). Elle eft defenduë au contraire, quand elle eft fon¬ dée fur des principes inconftans & variables, & quand elle prédit avec aflurance les chofes cafuelles & non ne¬ ceffaires , ou celles qui dépendent de la volonté de Dieu ou de la liberté de l’homme, comme fi elles étoient neceflairement caufées par les Aftres, ou par les autres Corps celeftes. Car toutes ces chofes n’ayant (a) Art. 358. inter Capitula collefta ex Fragments p. 75. Toui. 1. Pœnitent. Theodori edit. Parif. an. 1677. Auguria vel Sortes quæ dicuntur falfè Sanftorum, qui easobfervaverint,ex- communicentur. Si ad pœnitentiamvenerint, Clericiannostres, Laïci unum & dimidium pœniteant. (b) Epift. 2. ad Epifc. Britan. art. 4. Sortes quibus cuncta vos in veftris diferiminatis judiciis, nihil aliud quàm divinationes & maleficia efTe decernimus. Quamobrem volumus illas omnino damnari, & ultra inter Chriftianos nolumus nominari, & ut ab- feindantur, fub anathematis interdi&o præcipimus. (c) Lib. 5. tit. 6. num. 1. (d) In Supplem. Dierutn Canicul. colloq. 2. (e) C’eft que S. Thomas enfeigne en ces termes: 2. 2. q. 95. a. 5. in corp. Eli ergo confiderandum quod per cæleûium corporum infpeétionem de futuris poflit præcognofci. Et de his quidem quæ ex neceffitate eveniunt, manifeftum eft quod per confiderationem uellarum poiïunt præcognofci, ficut Âftrologi prænuntiant Eclipfes futuras. R S T I T I O N S. point une exiftence certaine & neceffaire, elles ne fe peuvent deviner certainement & neceflairement que par l’operation du Démon : Ce qui rend cette Divination fuperftitieufe & illicite (/). Ainfi on ne peut pas douter que les Dames de la Cour de France, du temps delà Reine Catherine de Medicis, ne fuffent fuperftitieufes, puisqu’au rapport du Pere Delrio (g), qui dit en avoir été témoin, elles n’euffent pas ofé entreprendre quoique ce fût, fans a- voir auparavant confulté les Aftrologues, quelles ap- pelloient leurs Barons. On appelle Judiciaire cette derniere efpece d’Aftro- logie, tant pour la diftinguerde la vraye Aftrologie, qu’à caufe que ceux qui en font profeffion, & qui pour cela fe nomment Aftrologues, ou Mathématiciens, dans le langage des Conciles & des faints Peres, jugent des chofes futures avec autant de certitude, que fi elles étoient prefentes à leurs yeux ou à leurefprit, ou quel¬ les fuffent appuyées fur des demonftrations Mathémati¬ ques. Elle peut bien à la vérité deviner certaines chofes ac¬ cidentelles , qui dépendent ordinairement de l’influence des Cieux : telles que font par exemple, les maladies generales, les grandes chaleurs, les pluyes exceffives & les fechereffes extraordinaires. Mais elle ne le peut fai¬ re que probablement &par conjefture, parce qu’enco- re que ces effets foient naturels, & qu’ils arrivent aflez fouvent, ils font neanmoins quelquefois arreftez par des caufes particulières, qui empêchent qu’ils n’arrivent dans le temps marqué pour cela. Après tout, elle eft fi vaine, fi trompeufe, fi temeraire , fi folle, fi dange- reufe, fi impie, fi criminelle, fidamnable, que c’eft avec beaucoup de juftice qu’elle a été unanimement condamnée par les Loix divines & humaines, Eccle- fiaftiques & Civiles, pour ne rien dire des Payens, des Aftrologues mêmes, des Médecins & des Philofophes anciens & modernes, qui en ont découvert & publié les illufions & les impietez ; ce qui a fort bien réuffi à Jean Pic (h) & à fon neveu Jean François Pic (i) , Comtes de la Mirande. Auffi la connoiffance des chofes à venir eft elle par¬ ticulière à Dieu félon Ifaïe (k) : Et l’Ecclefiaftique aflure que l’homme n’y peut arriver (J). De forte que c’efl: une témérité insupportable aux créatures, que de vou¬ loir s’attribuër ce qui n’appartient qu’à leur Créateur. De-là vient que le même Prophète Ifaïe (»«) annon¬ çant aux Babyloniens la defolation de leur Ville, leur dit comme par maniéré de raillerie & d’infulte, que s’ils veulent favoir les malheurs qui leur doivent arriver, ils n’ont qu’à confulter les Augures & les Aftrologues en qui ils ont tant de confiance ; mais qu’ils le feront inu¬ tilement , parce que ces fortes de gens ne font pas ca¬ pables de les fauver, n’étant que comme de la, paille qui eft bientôt confumée per le feu, & ne fe pouvant fau¬ ver eux-mêmes des fiâmes. Le Droit Civil condamne auffi expreffement les As¬ trologues & l’Aftrologie. La Loy Artem, (ri) qui eft de Dioclétien & de Maximien, dit que l’Aftrologie eft un art damnable & entièrement défendu : Confiance & Ju- (/) S. Thomas, ibid. Si quis confideratione Aftrorum utatur ad præcognofcendos futuros cafuales vel fortuitos eventus, aut etiam ad cognofcendum per certitudinem opéra hominum, procedit hoc ex fai la & vana operatione, & fie operacio dæmonis le immifeet: unde erit divinatio fuperfiniofa & illicita. (g) L. 3. Disquis. Magic, p. 2. q. 4. feft. 6. (b) Lib. contr. Aftrolog. (i) Lib. de Prænot. (A:) C. 41. Annunciate quæ ventura funt in futuruip & feie- mus quia Dii eftis vos. (0 C. 8. Homo ignorât præcerita, & futura nullo fcirepoteÆ nuncio. (w) C. 47. Defecifii in multitudine confiliorum tuorum.-Stent & falvent te Augures, cæliqui contemplabantur fidera, Ce fup. putabant menfes, ut ex eis annuncient ventura tibi. Ecce faétï funt quafi fiipula, ignis combullit eos: non liberabunt animam fuam de manu flammæ. (n) Cod. de Malefic. &Mathemat. &c. Ars Mathematica dant- nabilis & interdira omnino.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30457336_0001_0078.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)