Sur quelques erreurs de méthode dans l'étude de l'homme primitif : note critiques / par Louis Wodon.
- Wodon, Louis, 1868-
- Date:
- 1906
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Credit: Sur quelques erreurs de méthode dans l'étude de l'homme primitif : note critiques / par Louis Wodon. Source: Wellcome Collection.
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![de ces prohibitions, comme celle de tout tabou, implique un danger pour l’auteur de l’infraction ou pour celui vis-à-vis duquel le tabou a été méconnu. Crawley établit une relation entre les tabous de commenralité et certaines idées concernant les influences périlleuses susceptibles de naître du contact, de la con- tagion. La question est de savoir si ces idées sont l’origine réelle des coutumes de l’espèce, comme le pense Crawley (i) avec ceux qui accordent à la magie et à la religion une part prépondérante dans l’explication des phénomènes sociaux, ou si, au contraire, les croyances relatives à cet ordre d’institutions ne sont point plutôt la conséquence de celles-ci. Les idées de l’homme primitif à ce sujet ne seraient alors que de grossiers essais d’explication, sortes de théories métaphysiques à l’aide desquelles l’esprit inculte des sauvages satisferait leurs besoins de coordi- nation logique. A cet égard, il semble bien que la magie, que Frazer considère comme antérieure à la religion, soit une véritable philosophie primitive (2), je dirai même une physique, qui donne naissance à une technique. La magie implique la notion d’ordre et d’uniformité dans l’univers, notion qui est égale- ment à la base des doctrines scientifiques actuelles; la magie n’échoue que parce qu’elle repose sur une conception inexacte de la nature des lois qui régissent la succession des faits. Son erreur provient de fausses associations d’idées et tient à des causes qui ne sont point propres aux seuls sauvages, mais dont l’action se fait tout aussi bien sentir chez les hommes incultes dans les civilisations les plus avancées. 11 y a dans ces civilisations, si l’on peut ainsi dire, des couches sociales de mentalité différente. En jetant la sonde jusqu’aux couches inférieures, on retrouve une strate mentale qui est partout identique. Les sauvages, à ce point de vue, sont de tous les temps et de tous les pays. L’élite intelligente et pensante de l'humanité ne constitue qu'une faible minorité (3). Crawley fait observer avec infiniment de raison, qu’il n’est pas exact de parler de « survivances » à propos des modes de penser et des usages primitifs qui se remarquent dans les périodes « civilisées ». 11 ne s’agit pas, en effet, de formes éteintes, analogues aux fossiles ou aux organes rudimentaires : la nature humaine demeure « potentiellement primitive », et ce phénomène s’explique par la permanence de causes fonction- nelles. Sans l’éducation, chacun resterait toujours « primitif » (4). (1) Op. cit., chap. I, pp. I et suiv. (2) Frazer. The Golden Bough, seconde édition, 1900; t. 1, pp. 9, 62, 70 et suiv. (3) Cf. Frazer, op. cit , I, pp. 73 et suiv. — Tylor. Primitive culture, 3®éd. i89t, t. I, p. 7, avait déjà dit qu’à certains points de vue, il n’y a guère de différence entre un laboureur anglais et un nègre de l’Afrique centrale. 11 est bien entendu que ces remarques ne visent pas les classes criminelles (mendiants, valeurs de profession, etc.) des grandes villes. C’est par un abus de langage (pie l’on assimile les professionnels du crime à des sauvages (v. Tvlor, 1, ]). 43). On n’entend ])arlcr ici (pie des classes sociales composées d’hommes normaux, mais incultes ou peu cultivés. (4) Crawley. The mystic rose, p. 4.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b29010135_0028.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)