Lettres philosophiques et historiques sur la médecine au dix-neuvième siècle / [P.-V. Renouard].
- Renouard, P.-V. (Pierre-Victor), 1798-
- Date:
- 1857
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Credit: Lettres philosophiques et historiques sur la médecine au dix-neuvième siècle / [P.-V. Renouard]. Source: Wellcome Collection.
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![France le goût des éludes philosophiques par la clarté et l’on- chaînement des idées. Mais ne détourna-t-il pas ces études de leur véritable objet en faisant consister la suprême perfection des sciences dans la perfection même des signes ou du langage? N’est-il pas évident qu’il prend l’effet pour la cause quand il attribue l’exactitude du raisonnement en mathématiques à l’exac- titude de la langue algébrique? Cette méprise grave n’a pas peu contribué à perpétuer dans les écoles et parmi les sociétés savantes ces vaines disputes de mots qu’il avait lui-même tant blâmées. Condillac voulut, ainsi que Locke, faire découler de la sensation les idées religieuses et morales; mais d’autres philosophes en dé- duisirent avec non moins de succès la destruction de ces mêmes idées. Thomas Hobbes, David Hume, Charles Bonnet, Claude- Adrien Helvétius et autres, ont prouvé victorieusement que la théorie des sensations n’est pas défavorable au scepticisme, au matérialisme, à l’athéisme. Du RATioN.\L]SME. — Dcscartes s’aperçut de bonne heure que l’instruction qu'il avait reçue dans les écoles ou puisée dans les livres, sous le nom de philosophie, n’était qu’un échafaudage de mots, un art de discourir sans jugement, comme il le dit, sur des choses qu’on ignore. Son esprit, habitué aux recherches exactes des mathématiques, ne put se contenter d’une science aussi creuse; en conséquence, il résolut de la reconstituer de fond en comble, A cet effet, il commença par faire table rase de tout ce qu’il avait appris, n’exceptant de son doute philosophique que les vérités pratiques, dont l’usage, dit-il, ne peut être suspendu. Ensuite il pose, pour base de son édilice scientifique, ce fait incontestable pour tout homme qui réfléchit : je pense, c’est-à-dire j’ai la conscience de ma pensée; d’où il tire immédiatement cette conclusion non moins incontestable : donc j’existe. Ce qui revient à dire ; il y a en moi une substance pensante que j’appelle âme; substance essentiellement distincte de la matière; substance enfin dont la réalité est plus claire, plus présente à mon esprit que celle de mon corps et de tous les objets extérieurs. Cette âme, dont l’essence consiste dans la pensée, trouve en soi l’idée innée d’un être ou d’un esprit absolu, illimité dans ses attributs.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b24878509_0138.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)