La vie des animaux illustrée description populaire du règne animal / Revue par Z. Gerbe.
- Alfred Brehm
- Date:
- [1869]
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Credit: La vie des animaux illustrée description populaire du règne animal / Revue par Z. Gerbe. Source: Wellcome Collection.
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![Aujourd’hui, ce sont les Américains surtout qui s’adonnent àcette pêche.En 1841, ilsavaient pour la faire, dans les mers du Sud, 600 voiles et 13,500 hommes. Avec la grande extension qu’a prise cette branche de l’industrie maritime, nous ne nous étonnerons pas que toutes les mers polaires qui n’opposent pas aux navigateurs des obstacles insurmontables soient parcourues par les balei- niers. Au Kamtschatka, les Tchouktchis, ou habi- tants du golfe de Kotzebue, se livrent à la pêche de la baleine, si nous en jugeons par les dessins {fig. 381) grossièrement tracés par eux sur des morceaux de dents de morse qui ont été figurés par Choris (I). Les navires quittent le port en mars ou en septembre, selon qu’ils font voile vers les mers polaires arctiques ou antarctiques; dans celles- là, les pêcheurs restent quelquefois jusqu’en septembre, d’autres fois jusqu’en octobre; dans celles-ci jusqu’en mars ou avril au plus tard. La navigation est dangereuse, si la pêche ne l’est pas. Chaque année, les baleiniers éprouvent des pertes considérables. En 1819, sur soixante-trois navires il s’en perdit dix; en 1821, sur soixante et dix-neuf, onze; en 1830, sur quatre-vingts, vingt et un. La côte occidentale de la baie de Baffin est surtout périlleuse, car il faut traverser le banc de glaces qui y couvre la mer presque en entier. « Si dans ce passage étroit et dangereux, dit Hailwig, le navire est poussé par les glaces flot- tantes contre la masse de glaces solides, il est perdu, à moins que, chose très-rare, la pression le soulevant hors de l’eau, il ne se remette à flol, lorsque les glaces se séparent. Heureusement, on n’a d’ordinaire pas mort d’homme à déplo- rer ; la mer est presque toujours tranquille, et l’équipage a le temps de se sauver sur d’autres navires. La pêche à la baleine est non-seule- ment pénible et dangereuse, mais encore très- incertaine, et le proverbe : « pêcherie, loterie, » peut bien s’y appliquer. Parfois, en peu de temps, le navire a pleine cargaison d’huile et de fanons ; c’est là une bonne fortune pour l’armaleur, et l’équipage est richement payé. Mais d’autres fois la campa- gne est finie sans qu’on ait pu capturer une seule (l) Louis Choris, Voyage pittoresque autour du monde, offrant des portraits de sauvages d’Amérique, d'Asie, d’A- frique et du Grand Océan. Paris, 1821-1823, in-folio avec ] 10 planches. baleine; l’équipage, qui a pour salaire une par- tie des- prises, a supporté en vain les fatigues et les peines du voyage, et l’armateur a perdu de fortes avances. « Les relevés officiels suivants montrent bien quelle est l’influence du hasard dans la pêche à la baleine. En 1718, les 108 navires de la flotte hollandaise du Groenland capturèrent 1,291 ba- leines, ce qui représente une valeur d’environ 15 millions de francs, soit à peu près 140,000 francs par navire ; l’année suivanle 137 navires ne prirent que 22 baleines. Ce résultat décou- rageant ne fit équiper l’an d’après que 117 bâ- timents, mais ceux-ci captivèrent 631 baleines, et les pertes des armateurs furent ainsi com- pensées jusqu’à un certain point. «La pêche de la baleine a été tant et tant de fois décrite qu’il nous suffira d’en dire quelques mots. Quand les navires sont arrivés dans les parages que fréquentent les baleines, ils croisent ou se mettent à l’ancre, explorant continuelle- ment l’horizon tout autour d’eux. Le cri de la vigie « un souffleur ! » émeut tout l’équipage. On met à la mer des canots parfaitement équi- pés, montés par six ou huit vigoureux rameurs, un pilote et un harponneur, et tous se dirigent rapidement et silencieusement vers la baleine (PI. XXXIX). Le harpon est un fer acéré, très- pointu, muni d’un crochet et attaché à une corde très-longue et très-flexible; celle-ci est enroulée à une bobine placée à l’avant du canot. En ap- prochant de l’animal, on redouble de prudence, et lorsqu’on est arrivé tout auprès, le harponneur lance son harpon sur le colosse. Au même in- stant, les rameurs se penchent sur leurs avirons, pour éloigner le plus rapidement possible le ca- not du voisinage de l’animal blessé. Ordinaire- ment, la baleine plonge au fond de l’eau, en dévidant la corde avec une telle rapidité qu’on est obligé de la mouiller, pour qu’elle ne prenne point feu. Mais bientôt sa fuite est moins rapide, elle nage plus lentement, et les pêcheurs peu- vent la suivre-. Souvent aussi ils sont entraînés loin de leur navire, par une baleine harponnée, à plusieurs heures, à une demi-journée même. Cependant le colosse, après la première attaque, n’est jamais plus d’un quart d’heure à reparaître à la surface de l’eau pour respirer. Abordée de nouveau, elle reçoit un second harpon. On ne pourrait, dit un témoin oculaire, imaginer un spectacle plus horrible. La baleine effrayée se roule dans les vagues ; dans son agonie, elle bon- dit hors de l’eau ; la mer est couverte de sang et d’écume. L’animal disparaît (fig. 382), un tour-](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b28109375_0920.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


