Identification anthropométrique / instructions signalétiques par Alphonse Bertillon.
- Alphonse Bertillon
- Date:
- 1893
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Credit: Identification anthropométrique / instructions signalétiques par Alphonse Bertillon. Source: Wellcome Collection.
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![des races, ])runcs avec blondes, grandes avec petites, etc. Quoi qu'il en soit, a priori, nous pouvons poser comme principe que notre vocabulaire desci'iptif sera d'autant plus conforme à la nature des choses et d'autant plus susceptible, par conséquent, d'être ap- pliqué avec exactitude et facilité qu'il s'inspirera davantage de cette règle universelle. La langue usuelle, lille de la nécessité journalière, n'a cure de ces idées générales. Le plus souvent elle ne dispose de mots que pour les cas extrêmes, bien tranchés, qui, par Cela même, sont ex- ceptionnels, et elle laisse inconsidérément de côté les intermé- diaires, c'est-à-dire les neuf dixièmes des cas pour lesquels elle ne nous offre que les qualificatifs: ordinaire, moyen, commun, qui se résument tous clans le terme, également très employé, de néant. Ainsi chacun sait, par exemple, ce qu'il faut entendre par yeux bleus et yeux marron {vulgo bruns). Mais quand il s'agit de cjualifier les yeux mitoyens entre ces deux types ethniques (les blonds et les bruns), la langue usuelle ne nous fournit plus que des mots peu exacts où disparaît toute indication de gradation, de transition d'une catégorie à une autre. C'est ainsi que les yeux ap- pelés d'habitude gris, verts, roux, noirs, etc., ne sont à proprement parler ni gris, ni verts, ni roux, ni noirs, mais particij)ent tous plus ou moins de ces qualificatifs. Or ce sont précisément ces catégories mélangées qui, de par la nature des choses, avons-nous dit, doivent être et sont en effet de beaucoup les plus nombreuses. Nous explique- rons plus loin, en ce qui regarde la couleur de l'œil, comment le pro- blème a été résolu. Le nez nous offre un exemple analogue en ce c[ui regarde la forme. La langue usuelle nous parle de nez retroussé ou de nez en pied de marmite, de nez aquilinou nez en bec d'aigle, mais elle serait inca- pable de nous fournir des termes pour la multitude des nez qui ne sont ni franchement retroussés, ni franchement aquilins. Nous pourrions multiplier ces exemples qui tous tendraient à prouver c[ue le peuple cherche non pas à décrire, mais à dépeindre, ce qui n'est pas la même chose, au moyen d'une comparaison ou d'une image, les formes c[ui le frappent, c'est-à-dire les formes ex- ceptionnelles. La belle avance pour le rédacteur de signalement qui, pris au dé- pourvu neuf fois sur dix, ne saura comment exprimer les configu- rations qui lui viendront sous les yeux et qui ne seront nette-](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b21041775_0046.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)