Dictionnaire des alimens et des boissons en usage dans les divers climats et chez les différens peuples / par A.-F. Aulagner ; Precédé de Considérations génerales sur la nourriture de l'homme [par G. Grimaud de Caux].
- Aulagnier, A. F. (Alexis François), 1767-1839.
- Date:
- 1839
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Credit: Dictionnaire des alimens et des boissons en usage dans les divers climats et chez les différens peuples / par A.-F. Aulagner ; Precédé de Considérations génerales sur la nourriture de l'homme [par G. Grimaud de Caux]. Source: Wellcome Collection.
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![fortune ; car je me rappelais le plaisir que j'avais éprouvé deux aimées avant en mangeant avec profusion à Clamanges de ces écrevisses qui foisonnent dans les ruisseaux crétacés de la Champagne pouilleuse. Celles de Vaucluse ne leur cédaient en rien. Mais en face de nous un autre visiteur était aux prises avec une truite de la longueur de mon avant-bras. Et moi de dire aussitôt : — Y a-t-il encore des truites ? faites cuire la plus grosse et que nous la mangions. Puis, que nous donnerez- vous a boire ? Die n'est pas loin d'ici. Avez-vous de la clairette de Die ? — Oui, monsieur. — Donnez-nous de la clairette, et reprenez votre lait Après une première truite, il nous en fallut une seconde, et après la seconde encore des écrevisses, et tout cela sous prétexte de prendre une tasse de lait. La clairette de Die se trouva du meilleur cru ; de sorte qu'à l'im- prévu du lieu du repas se joignit pour nous l'imprévu des cho- ses excellentes qui nous furent servies et qui avaient un prix réel tiré de leur qualité même encore plus que de notre ap- pétit. Nous étions de retour à Avignon à sept heures du soir; mais l'un de nous avait éprouvé un malheur. Au lieu de manger frugalement des écrevisses et des truites et de boire de la clai- rette de Die, notre compagnon l'industriel avait été séduit par le vin de Ledenon que lhôte nous avait oifert. Ledenon est un excellent cru-, mais son produit est fumeux et chaud, de sorte que la tête de M. R n'eut pas de peine à être embarrassée par les trois ou quatre libations qu'il fit. Et c'est chose singu- lière comme deux verres de nos vins du midi suffisent aisément à troubler la raison des plus fameux buveurs de bière et de brandy. Ces Hollandais obèses, qu'on prendrait pour des ton- neaux de gin tant ils réalisent les caricatures de Rabelais, n'y résistent pas mieux ; une libation de vin du cru les transforme en vieux Silènes ; leurs yeux se troublent, leur langue babil- larde s'épaissity leurs lèvres pendent et sourient avec un air de satisfaction stupide ; leurs jambes fléchissent sous le poids du corps, leur tête branle sur la nuque ; il leur faut invoquer Morphée pour réparer le désordre dont Bacchus les tient ac- cablés. Les truites du lac de Genève sont celles qu'on estime le plus ; mais que de localités en France qui en fournissent d aussi bonnes et que les gourmands n'ont pas l'occasion d'apprécier ! Telles sont celles de Vaucluse, de l'Hérault à Saint-Guilhem ^ et de Palluel en Normandie, dont on vante la finesse et surtout la grosseur. La carpe est aussi un excellent poisson ; mais ses nom- breuses arêtes le rendent difficile à manier, ce qui est un in- convénient pour les gourmands maladroits. Je ne connais rien [34]](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b21039264_0050.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


