Le muséum d'histoire naturelle : histoire de la fondation et des développements successifs de l'éstablissement, biographie des hommes célèbres qui y ont contribué par leur enseignement ou par leurs découvertes, histoire des recherches, des voyages, des applications utiles auxquels le muséum a donné lieu, pour les arts, le commerce et l'agriculture, description des galeries, du jardin, des serres et de la ménagerie / par M. P.-A. Cap.
- Paul-Antoine Gratacap
- Date:
- 1854
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Credit: Le muséum d'histoire naturelle : histoire de la fondation et des développements successifs de l'éstablissement, biographie des hommes célèbres qui y ont contribué par leur enseignement ou par leurs découvertes, histoire des recherches, des voyages, des applications utiles auxquels le muséum a donné lieu, pour les arts, le commerce et l'agriculture, description des galeries, du jardin, des serres et de la ménagerie / par M. P.-A. Cap. Source: Wellcome Collection.
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![semblait aUeiidro qu’un liommo supmcur vînt remplir le vide que ces grands chimistes avaient laissé. « L’impulsion donnée par ces hommes illustres, dit Vicq d’Azyr, s’affaiblissait de jour en Jour, lors(ju’un génie bouillant et hardi réchauffa toutes les tètes du feu de son enthousiasme, et devint le chef d’une école dont le souvenir honorera son siètde et sa patrie. On venait de toutes parts se ranger parmi ses disciples; son éloquence n’était point celle des paroles; il présentait ses idées comme la nature offre ses productions, dans un désordre qui plaisait toujours et avec une abondance qui ne fatiguait jamais. Rien ne lui était indifférent; il parlait avec intérêt et chaleur des moindres procédés, et il était sùr de fixer l’attention de ses audi- teurs, parce qu’il l’était de les émouvoir. Quand il s’écriait : « Ecoutez-moi! car je suis le seul (( qui puisse vous démontrer ces vérités », on ne reconnaissait point dans ce discours les expressions de l’amour-propre, mais les transports d’une ame exaltée par un zèle sans bornes et sans mesure. Ennemi de la routine, il 'donnail des secousses utiles à ce peuple d’hommes froids et minutieux (jui, travaillant sans cesse sur le même plan et suivant toujours la même ligne, ont besoin que l’on roni[)e (pielquefois la trame <le leur uniformité. » ^ous avons vu qu’à cette é[)oque les leçons au Jardin du Roi étaient faites par un professeur qui, après avoir exposé les principes et iléveloppé les généralités de la science, cédait sa place au démonstrateur, let]uel venait exécuter, sous les yeux du même auditoire, les expériences destinées à confirmer scs théories. Les choses s’étaieiit ainsi passées pendant longtemps et sans conteste entre (leoffroy, Lémery, Charas et Kis Rouldiic; mais il n’en fut plus de même lorsque Rourdelin, attaché aux errements de l’ancienne école, fut secoinié par Rouelle, jeune, ardent, pénétré des nouvelles théories et dont l’élocution véhémente contrastait de la manière la plus tranchée avec le langage réservé du placide Rourdelin. Celui-ci, froid et timide, aux formes peu animées, était écouté avec une impatience contenue; mais, lorsipie paraissait Rouelle, l’attention s’éveillait aussitôt et l’intérêt qu’excitaient sa parole vive et originale, ses expériences claires et saisissantes, s’élevait parfois jns<iu’à l’enthousiasme. La leçon du pro- fesseur finissait ordinairement par ces mots : « Tels sont. Messieurs, les |irincipes et la théorie « de cette opération, ainsi (pie M. le démonstrateur va vous le montrer par ses expériences. » Mais le plus souvent. Rouelle se plaisait à démentir, au contraire, les doctrines du professeur par des démonstrations complètement opposées à scs principes, et, malheureusement pour Rourdelin, le démenti de Rouelle était ordinairement fondé et sans répliijuo. C’est dans une de ces leçons qu’eut lieu un incident, raconté par Crimm d’une manière assez piipiante. 11 s’agissait d’une expérience alors nouvelle, et qui consistait à enllammer l’huile essentielle de térébenthine par l’esprit de nitre. Rouelle exiiliquait que, « pour le succès de t( l’opération, il suffisait d’un tour do main fort .simple et si peu apparent, qu’on pouvait « l’exécuter en présence de beaucoup de monde, sans (jue personne s’en aperçât. » Il avait alors pour préparateurs son frère. Hilaire Marin Rouelle, et l’un de ses neveux , dont le pre- mier soin était de prévenir les accidents auxquels sa distraction habituelle pouvait donner lieu et dont il faillit plus d’une fois devimir la victime. Ce jour-là. Rouelle demeuré seul, expliquait la théorie et le procédé de son expérience. Tout en agitant avec un tube de verre le mélange inflammable, il disait comment il avait découvert ce tour de main, (d ajoutait que, si l’on cessait un seul moment d’agiter la li(|ueur, le produit ferait une sorte d’explosion; puis, se tournant brusiiuement vers l’auditoire, il abandonne un moment l’expérience ])Our achever l'explication. Tout à coup l’inllammation éclate et brise le vase avec fracas, en remplissant l’amphithéâtre d’une fumée éi>aisse et suffocante. Aussitôt, les auditeurs épouvantés de fuir et de se répandre avec effroi dans le Jardin, tandis que l’opérateur étonné, mais impassible, en est quitte pour la perte de sa pen-uque et de ses manchettes. On trouve dans les Mémoires du temps plusieurs traits qui peignent d’une manière assez piquante l’irritabilité, la pétulance et la distraction de cet homme de génie. Sa préoccupation habituelle le suivait ju.sque dans le monde, dans ses cours, à l’Académie. 11 arrivait ordinai- rement dans son amphithéâtre en grande tenue, habit de.velours, perruque bien poudrée et](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b24879460_0062.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)