Volume 1
Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Barnard].
- Pierre Le Brun
- Date:
- 1733-1736
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Credit: Superstitions anciennes et modernes: prejugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages et à des pratiques contraires à la religion / [d'après le Pierre le Brun et l'abbé J.B. Thiers, avec des remarques par J.F. Barnard]. Source: Wellcome Collection.
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![Martyrs lorsque ni leurs corps , ni leurs Reliques ne s’y trouveront point ; & en cas qu’ils n’en puiffent ve¬ nir à bout à caufe des oppositions que le peuple y pou- roit faire , d’avertir au moins les Fideles de ne pas fré¬ quenter davantage ces lieux-là , s’ils ne veulent pas s’en¬ gager dans la Superftition. Il blâme enfuite tous les au¬ tres qui pouroient avoir été battis fur les fonges & fur les Révélations de certaines perfonnes. L’Empereur Charlemagne dans fes Capitulaires abré¬ geant les paroles de ce Concile, dit feulement, Ça) qu’il a ordonné qu’on ne rendroit aucun honneur aux faux noms des Martyrs ni aux Saints dont la mémoire eft in¬ certaine. Le 2. Concile Romain fous le Pape Zacharie en 745. Çb) condamne comme facrilege l’Oraifon de Clement & d’Adalbert, qui invoquoient Vriel & quelques au¬ tres Diables, comme de bons Anges. Enfin le Concile de Francfort en 794. (c) défend d’honorer ou d’invoquer les nouveaux Saints , & de leur drelfer des Autels dans les Eglifes & dans les che¬ mins ; & veut que l’on n’honore que ceux qui auront été choifis, ou à caufe de l’autorité de leur martyre, ou à caufe du mérité de leur vie. Il y a aufli de la Superftition à fuppofer de faulîes in¬ dulgences. Nous parlerons amplement de cette fuppofi- tion dans la fuite de cet Ouvrage. Au refte' la reflexion que fait Godeau , Evêque de Vence, fur le faux culte des Saints eft trop belle & trop judicieufe pour n’être pas rapportée ici tout au long. Il n’y a point (dit-il) Çd) de crime plus nuifible au bien du commerce dans un Etat que celui de la faillie monnoye , aufli eft-il compté entre ceux qu’on apelle de Leze-Majefté & toutes les loix l’ont toujours puni très-rigoureufement. En effet n’eft-ce pas faire une ex¬ trême outrage au Prince que d’employer fon image, qui doit être le fceau & l’aflurance du trafic & de la focie- té , pour fervir d’inftrument à la tromperie , & pour ruiner les particuliers & le public en même temps? Mais v comme la Religion eft fans comparaifon plus fainte que toutes les Polices du monde , y a t’il alteration plus cri¬ minelle & fuppofition plus puniffable que celle qui fe fait dans les chofes qui la regardent, je ne dis pas feule¬ ment en fes dogmes , mais en fa difeipline ? Quelques pieufes que foient ces fraudes, quelques bons effets qu’el¬ les produifent , ne’ méritent elles pas que toutes les fou¬ dres de l’Eglife en exterminent les Auteurs ? La foule du Peuple qui vient dans une Chapelle , les Commu¬ nions & les Confeflions qui s’y font , les facrifices qui s’y offrent , les aumônes qui s’y donnent, les conver- fions de cent mille pécheurs , fi on veut, peuvent elles exeufer ceux qui fs fervent d’un moyen fi peu propor¬ tionné à la fin qu’ils fe propofent ? C’eft pour cette raifon que les Canons anciens defen- doient le culte des Martyrs & de leurs Reliques , avant qu’ils euffent été déclarés tels par les Evêques. Si quel¬ que Clerc ou quelque autre eut-été fi ofé que de faire la moindre fourbe en ce fujet, la rigueur de la penitence qu’on lui impofoit montroit bien clairement que cette faute paffoit pour une des plus grandes qui fe pût com¬ mettre contre l’honneur de celui qui fe nomme la vérité, & contre la gloire de fon époufe, qui en eft la colomne inébranlable. L’efprit des peuples eft très-mobile à la Superftition & fe laiffe aifement emporter à croire les chofes extraor¬ dinaires. Les plus fages même s’y laiffent quelquefois furprendre , parce que dans tous les hommes il y a un principe d’erreur , à favoir la curiofité , qui eft une des branches de la concupifcence generale fous la captivité de laquelle nous naiffons en l’Etat du péché. (a) L. 1. a. 41. Ut falfa nomina Martyrum 8c incertce Sanéto- rum memoriæ non venerentur. (è) A€t. 3. (c) Can. 41. Hi foli, dit-il, in Ecclefia venerandi funt qui ex auttoritate paflionum 8c vitæ merito eledti funt. (d) Dans l’idée du bon Magiftrat, pag. 489. 8c fuiyantes du Tome I. de fes œuvres Chrétiennes. Les tendreffes mal réglées & peu fpirituellcs quê les ' perfonnes devotes ont eu pour quelques Saints, ou pouf quelques Ordres* ou pour quelque Confrairie’ font en¬ core caufe que l’on reçoit bien legerement ce qui fe trou ve conforme à fes inclinations , qu’on le publie * qu’ori l’augmente* qu’on l’ajufte, & qu’on s’en rend ledefen- feur avec des chaleurs qui caufent dè très-grands fon¬ dâtes* • CHAPITRE II. T>u Culte fuperflu. Ce que c'eft. Qièit eft fuperftitieux. Qu'il n'y q point de pechê mortel dans ce Culte à moins qu'il ne foit ’ accompagné de mépris ou de fcaudale. Exem* pies de ce Culte* ON peut honorer Dieu d’une maniéré indue * nori feulement en lui rendant un Culte faux, ou per¬ nicieux, mais aufli en lui rendant un Culte fuperflu. Je fçai bien qu’abfolument parlant, on ne fcaurôit trop honorer Dieu , & que quelque honneur que les créatures lui rendent, il eft toûjours extérieurement dis¬ proportionné à celui qu’elles lui doivent légitimement* Neanmoins il eft vrai de dire, que lorsqu’en penfant l’ho- norer entièrement , on fait des chofes qui n’ont point de rapport à la vénération intérieure qui lui eft due s qui ne concernent point fa gloire, qui ne contribuent nullement à élever l’efprit vers lui, qui ne peuvent fer¬ vir à modérer la concupifcence de la chair ; en un mot qui ne font ni ordonnées de lui , ni preferites par l’E¬ glife , le culte qu’on lui rend , eft un culte fuperflu ÿ dans la penfée de S. Thomas Çe) , & du Cardinal Ca- jetan fon Commentateur (f). Voila l’idée generale que l’on peut donner du Culte fuperflu, qui n’eft ordinairement qu’une faute venielle* & qui n’eft péché mortel que quand il s’y rencontre quelque mépris ou quelque fcandale , amfi que l’affu- rent unanimement les Théologiens, (g) Et cette idée nous fait aifément comprendre que le Culte extérieur que l’on rend à Dieu, à la Sainte Vierge & aux Saints> eft fuperftitieux , lorsqu’il eft accompagné de certaines circonftances qui ne font inftituées ni de Dieu , ni dô l’Eglife. C’eft pourquoi le Cardinal de Cufa remarque (h) fort judicieufement, qu’il n’eft permis à perfonne de fon au¬ torité privée , de rien ajouter au Culte de Dieu * ni d’en rien diminuer contre l’ordre de l’Eglife. Suivant cette Réglé , il y a de la Superftition à ne vouloir point entendre la Melle , fi elle n’eft dite par lin Prêtre nommé Jean y ou Pierre. A la vouloir dire avec 9 ou 15 Cierges, ni plus ni moins , ou avec un Cierge de telle longueur , de telle figure & de tel poids. A dire deux fois Alleluya, Pater nojler, ou quelques autres Prières, lorsqu’on ne les doit dire qu’une feule fois. A ajoûter aux Ceremonies ou aux Rubriques apprôu-' vées par l’Eglife des chofes qui ne font pas preferites dans ies Livres Ecclefiaftiques, comme par exemple à faire plus de lignes de Croix & de Bénédictions * en ce« lebrant la Mette , qu’il n’eft ordonné, ou à dire le Glo¬ ria in exceljis ou le Credo , lorsqu’on ne les doit pas di¬ re (i). A rechercher les plus beaux ] & les plus précieux Ornemens , & l’Autel le plus propre 8c le mieux paré d’une Eglife, pour dire la Mette, fous pretexte de plus grande dévotion. A (e) i. a. q. çr. a. i. . ^ . . _ ., , (f) In hune loc. S. Thom. 8c in Sum. V. Superfhtio. (g) Cajetan ibid. Tolet. 1. 4. Inftruét. Sacerd. cap. 14. num. i* (h) Non licet cuiquam , propria lùa autoritate, a^dere vel fub- trahere in divino cultu ab inflitutis ab Ecclefia , To. 2. Exercit; Ex ferm. Ibant Magi. (») Radulph. de Rivo, de Obfervat. Canon. Propof. 7. G](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b30454347_0001_0037.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)


