Encyclopédie des sciences médicales, ou, Traité général, méthodique et complet des diverses branches de l'art de guérir / M. Bayle, rédacteur en chef. Traité des maladies des voies urinaires ; par Chopart ; avec des notes et des additions par P.-S. Ségalas.
- François Chopart
- Date:
- 1841
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Credit: Encyclopédie des sciences médicales, ou, Traité général, méthodique et complet des diverses branches de l'art de guérir / M. Bayle, rédacteur en chef. Traité des maladies des voies urinaires ; par Chopart ; avec des notes et des additions par P.-S. Ségalas. Source: Wellcome Collection.
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![4*4 TB d'une femme dont le vagin fut percé de part en part. Cctle fois le rapport de Méry ne lut pas si favorable. Frère Jac- ques avait mal réussi dans quelques opé- rations qu il avait faites depuis peu à Versailles et à Paris. Wéanmoiiis cela ne parut pas suHisant pour faire rejeter sa méthode, et il fut arrêté qu'il serait chargé de la taille dans les hô()itaux. Le nombre de ceux qui lui furent coniiés à l'Hôtel Dieu fut de quarante-deux, et à la Charité de dix huit. L'empressement à le voir opérer fut extrême. Il n'y avait pas de médecirï ni de chirurgien qui ne voulût assister à ces opérations, et il fallut des gardes pour empêcher la foule. De ces soixantes malades, vingt trois moururent. Treize seulement furent par- faitement guéris, et encore a[q)rit-on en- suite que la plaie de quelques-uns s'é- tait rouverte. Les vingt-quatre autres restèrent dans les hôpitaux, les uns avec une incontinence d'urine, les autres avec une fistule , et tous dans un état de ma- rasme et d'exténuation dont ils ne revin- rent pas. L'ouverture du cadavre de ceux qui étaient niorls ht voir qu'aux uns la vessie était ouverte dans son fond, aux autres que le col de ce viscère était entièrement séparé d'avec Turèîre; que chez les femmes le vagin était constam- ment percé en deux eiuhoits opposés; que le rectum était fréquemment ouvert dans les deux sexes, et qu'en tous il y avait un délabrement excessif, suite né- cessaire du défaut de guide pour le bis- touri et pour le conducteur avec lesquels la vessie avait été ouverte. Le frère Jac- ques assistait le plus souvent à ces examens, et ne pouvait disconvenir des conséquences qui en résultaient contre sa manière d'opérer. Celle précaution était d'autant plus utile qu'il avait accusé les religieux et les chirurgiens de la Cha- rité d'avoir fait périr les malades avec des instruments qu'ils avaient poussés dans leur vessie après l'opération ; ce qui lui fut reproclié publiquement par le prieur de la Charité, qui lui dit que de pareilles inculpations étaient indignes d'un honnêle homme. Les succès malheureux que le frère Jacques avait eus ne firent pas la même impression sur tout le monde. Félix et Façon jugèrent qu'on pouvait rec- tifier .son opération, et lui donnèrent quelques avis dont il profita. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce religieux tailla en 1CU9, à Aix-la-Chapelle, environ sois;anle personnes, dont le plus grand nombre guérit. Il revint passer l'hiver à Versailles, chez Fagon, qui le reçut dans sa maison et à sa table, i^'ndant'ce temps, il lui fit faire un grand nombre d'essais sur les cadavres. iJuverney fai- sait la dissection de ces corps ; et quoi- qu'il trouvât la méthode de frère Jac- ques fort supérieure à celle du grand ap- pareil, qui pour lors était seule en usage, il pensa, comme Méry l'avait fait avant lui, qu'on pourrait la perfectionner ea ajoutant une cannelure au cathéter, dont la forme solide et parfaitement ronde ne pouvait diriger continuelle- ment le bistouri. Frère Jacques, docile et raisonnable, saisit et approuva cette cor- rection. Il fit faire de nouveaux cathé- ters, et s'en servit pendant toute sa vie. Il parlit de nouveau pour la province, mais sans renoncer à Versailles, oii il tailla, pendant le printemps de 1701, trente-huit calculeux, qui guérirent tous. Fagon, qui avait la pierre, ne put ce- pendant se résourire à se nieltre entre ses mains. Il se fit opérer par Maréchal, qui le guérit. Alors le frère Jacques dégoûté s'en alla, à ce qu'il pensait, pour ne plus revenir, lorsqu'il fut attiré de nouveau, en 1702, par le maréchal de Lorges. Vingt-deux calculeux rassemblés dans l'hôtel de ce seigneur, furent taillés par lui au printemps de 1702, et guérirent également. Mais le maréchal, dont la vessie était ])leine de iongosilés , et qui avait sept petites pierres dont l'extrac- tion exigeait un travail long et pénible, mourut le lendemain. Cet événement détermina le frère Jacques à passer en Hollande, où ses succès durent être fort grands, ))uisque son portrait y fut gravé trois fois, et que les magistrats d'Ams- terdam lui envoyèrent à Bruxelles où il était passé, une médaille à son efl'igie avec cet inscription : Pro seri>aUs civi- bus. Une de ces gravures porte pour lé- gende ce passage de Cicéron : yEgri, quia non omîtes convalescunt, non id- circQ ars nulla medicina est ; ce qui fai- sait allusion aux critiques nombreuses qui s'étaient élevées contre lui. La plus forte, sans doute, parce qu'elle était la plus raisonnable et la plus modé- rée, fut celle que Méry publia en 1700 sous le litre d'Observations sur la ma- nière de tailler pratiquée par frère Jac- ques. Hunault, oncle de celui qui était mem- bre de l'Académie des sciences, que ce frère avait eu l'occasion de connaître à Angers, entreprit de le venger dans un](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b22272197_0482.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)