La prostitution contemporaine : étude d'une question sociale / Léo Taxil.
- Léo Taxil
- Date:
- [1884]
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Credit: La prostitution contemporaine : étude d'une question sociale / Léo Taxil. Source: Wellcome Collection.
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![Un leurre ausssi que ]a prétendue protection que les inspecteurs doivent solli- citer en faveur des tilles, et que le bureau des mœurs doit leur accorder lorsqu'elles ont des différends avec les matrones. Un inspecteur, qui a déposé devant votre Commission, Messieurs, l'a dit très nettement : « Les filles n'osent pas se plaindre aux agents chargés de visiter les maisons de tolérance; elles les regardent comme des ennemis (1) ». Si un sentiment peut s'expliquer, c'est certes bien celui-là, puisque ces filles ont sous les yeux le perpétuel spectacle de la violation des règlements, indice palpable de la bienveillance <de la police pour les matrones qui les pillent et les écorchent sans merci. Enfin, si d'aventure l'inspecteur est saisi d'une contestation, jamais la loi n'a à intervenir : c'est le bureau des mœurs qui fait comparaître, statue, juge en fait et en droit, et « fait rendre justice, » comme dit M. Coué (2). 11 demeure, en tout cas, bien établi que la police intérieure des maisons se fait sous la responsabilité presque exclusive •des matrones. Le mot de complicité a été jeté; l'accusation en a été portée, Messieurs. Quel que soit le désir du rapporteur de laisser à vos prochains débats le calme qui doit leur convenir, il faut confesser qu'il existe entre l'administration des maisons de tolérance et l'administration de la police des mœurs un accord visible. Un chef de la police de sûreté, M. Dutasta, écrivait, en 1857, aux éditeurs de la troisième édition de Parent-Duehâtelet (3) : « La surveillance des inspecteurs est une source d'abus des plus graves. Certains fonctionnaires ne se font pas scrupule de prendre en main les intérêts des dames de maison contre les filles et de les envoyer directement aux maîtresses d'autres établissements où il leur a été fait des avances. Quelquefois le caprice et l'esprit de fantaisie semblent avoir inspiré certaines mesures... Après ce que nous avons appris ici de l'arbitraire dont on use dans certains endroits envers ces malheureuses, ces faits et bien d'autres ne doivent pas nous surprendre. » A Montpellier, en 1878, le Conseil municipal révoquait un inspecteur, nommé 6..., qui se faisait de bons revenus avec sa fonction. Cet agent allait jusqu'à faire le recrutement à la porte des hospices. Le fait fut dénoncé au maire-adjoint de la ville, M. Pappas. Dans une lettre adressée à ce magistrat municipal (4), nous lisons : « Deux jeunes filles furent accostées par cet agent à leur sortie de l'hôpital, détournées du chemin qu'ehes suivaient; depuis lors, on n'en a plus entendu parler. U est coutumier du fait. » 11 avait coutume, en elfe',, d'entrer en pourparlers avec les bonnes, les jeunes domestiques, et il les expédiait aux maîtresses de maison -de tolérance de la région Un fait caractéristique, survenu en octobre i879, a jeté également une vive lu- mière sur les rapports des dames de maison avec les fonctionnaires plus ou moins élevés de la police des mœurs. Une riche et fameuse matrone de Bruxelles, morte •à cette époque, la Malvina (dame van Humbeck), instituait comme son légataire universel un sieur Lemoine. Quel était cet individu? Le commissaire de police en second près M. Schrôder, chef de la police des mœurs. Quelques mois après, en 1880, un procès en police correctionnelle, provoqué par l'initiative courageuse au moyen des marcheuses et des bonnes indicatrices qui stationnent sur le pas de la porte. Les marcheuses ne sont autorisées que pour les maisons des quartiers excentriques. M. Gigot avait supprimé les domestiques indicatrices, M. Camescasse les a rétablies. (1) Procès-verbaux, 6° séance, p. 84 : déposition de M. Lasne. (2) Procès-verbaux, 3 séance, p. 20 : déposition citée. (3) V. Parent-Duchâfcelet, documents et annexes, t. II, p. 402. (4) Document reproduit par M. Yves Guyot, p. 111.](https://iiif.wellcomecollection.org/image/b20442403_0393.jp2/full/800%2C/0/default.jpg)